Mauvaise surprise pour les abonnés Disney+ Premium en Europe. Depuis quelques jours, le Dolby Vision a de nouveau disparu de la plateforme dans plusieurs pays de l’Union européenne, dont la France.

Les contenus restent disponibles en 4K UHD et en HDR10 statique, mais le format HDR dynamique de Dolby n’est plus proposé sur les téléviseurs et appareils compatibles. Même constat pour les films en 3D sur Apple Vision Pro, eux aussi retirés de l’offre. Le HDR10+, déjà concerné lors du précédent épisode, reste à surveiller selon les pays, les appareils et les contenus.
Derrière cette régression apparente, il ne faut pas chercher un simple bug d’application. Disney+ est rattrapé par un litige de brevets vidéo qui l’oppose à InterDigital, une entreprise américaine spécialisée dans la R&D et la valorisation de technologies sous licence. Ses détracteurs la rangent volontiers parmi les détenteurs de brevets les plus procéduriers du secteur ; InterDigital, elle, rejette cette lecture et met en avant ses investissements en recherche.
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Dolby Vision et 3D disparaissent, mais vous avez encore le droit à la 4K !
Le retrait concerne d’abord le Dolby Vision, principal format HDR dynamique proposé par Disney+ sur les téléviseurs compatibles. La 4K UHD reste disponible, tout comme le HDR10 statique, qui redevient de fait le format HDR de référence sur la plateforme dans les pays touchés. Autrement dit, les films et séries Disney+ ne repassent pas brutalement en Full HD SDR, mais perdent l’un de leurs marqueurs premium les plus visibles.
Le Dolby Vision permet d’adapter le rendu HDR de manière plus fine, grâce à des métadonnées dynamiques qui varient scène par scène. Sur un téléviseur haut de gamme, l’écart avec le HDR10 peut parfois rester subtil, mais il devient plus significatif dans les scènes sombres, les hautes lumières ou les séquences très contrastées. Le HDR10+, autre format HDR dynamique déjà concerné lors du précédent épisode, rappelle aussi que ces technologies avancées reposent sur une chaîne technique et juridique plus fragile qu’il n’y paraît.
C’est donc moins une panne qu’une dégradation ciblée, d’autant plus frustrante que Disney continue de mettre en avant la 4K UHD et les formats HDR avancés comme arguments de son offre Premium à 15,99 €/mois. Par ailleurs, la communication officielle de Disney sur ce sujet évoque de simples « difficultés techniques temporaires », sans mentionner explicitement le litige.
Une bataille judiciaire en plusieurs actes
L'origine du problème remonte à début 2025, quand InterDigital a lancé des actions en justice contre Disney sur plusieurs fronts simultanément : aux États-Unis, au Brésil et en Europe. Dès novembre 2025, le tribunal régional de Munich accordait deux injonctions distinctes à InterDigital : l'une sur la superposition dynamique de flux vidéo (utilisée notamment pour les sous-titres), l'autre sur le streaming de contenus en HDR dynamique.
Ce premier épisode avait déjà contraint Disney à retirer le Dolby Vision et l'HDR10+ dans plusieurs pays à partir de fin 2025, avant un rétablissement partiel en mars 2026. La décision qui explique le retrait actuel est plus récente et plus large : la Juridiction unifiée du brevet (JUB), juridiction paneuropéenne dont la division locale siège à Mannheim, a statué le 16 juin dernier qu'InterDigital est en droit d'obtenir une injonction contre Disney pour violation d'un brevet lié à certaines techniques d'encodage HEVC. Cette fois, l'injonction s'étend à onze pays de l'UE.
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Le litige ne vise pas directement Dolby Vision ou HDR10+ en tant que marques. Il porte sur des briques techniques sous-jacentes, dont le codec HEVC, massivement utilisé pour diffuser de la 4K HDR en streaming.
InterDigital indique que l'injonction de la JUB couvre onze pays de l'UE. La liste complète n'a pas été publiée officiellement, mais les signalements couvrent la France, l'Allemagne, les Pays-Bas, la Belgique, le Portugal, la Pologne et plusieurs pays nordiques. Cette incertitude ajoute à la confusion : pour l'utilisateur, un contenu qui apparaissait hier en Dolby Vision n'est désormais proposé qu'en HDR10, sans explication lisible dans l'interface.
Disney peut faire appel de la décision de la JUB, ou chercher un accord amiable. Mais les procédures d'appel sont longues, et aucun calendrier de retour n'a été communiqué.
Amazon a choisi la voie de la négociation
Le cas Amazon éclaire la situation d'une manière un peu cruelle pour les abonnés Disney+. Le 11 juin, soit quelques jours avant la décision de Mannheim, InterDigital a annoncé un accord de licence avec Amazon, couvrant ses services et appareils, dont Prime Video et Fire TV. Les litiges en cours ont été soldés, et les termes financiers définitifs seront déterminés par arbitrage contraignant : c'est davantage un armistice qu'une paix totalement signée, mais c'est suffisant pour qu'Amazon continue à proposer ses formats HDR sans interruption.
La comparaison place Disney dans une position délicate. Si un concurrent direct a choisi de négocier, les abonnés Disney+ ont du mal à comprendre pourquoi leur service perd une fonctionnalité premium sans baisse de prix ni perspective claire de retour.
Le streaming rattrapé par ses dépendances invisibles
Cette affaire rappelle une réalité rarement perceptible pour le grand public : le streaming repose sur un empilement complexe de technologies licenciées. Derrière un simple bouton lecture, il y a des codecs, des formats HDR, des systèmes de protection, des normes de compression et des accords commerciaux parfois très fragiles.
Tant que tout fonctionne, ces couches techniques restent invisibles. Mais lorsqu'un conflit de brevets surgit, l'impact devient très concret. En l'occurrence, il se traduit par la disparition de formats que Disney+ mettait jusqu'ici en avant comme marqueurs de son offre haut de gamme… et par une communication officielle qui choisit de ne pas appeler les choses par leur nom.
Pour Disney, l'enjeu n'est donc pas seulement juridique. Il est aussi commercial : difficile de vendre une expérience premium lorsque ses attributs les plus visibles peuvent disparaître du jour au lendemain, sans garantie de retour rapide.