Cinq ans de développement collaboratif, des centaines d'ingénieurs mobilisés et le soutien d'Apple, Google, Amazon et Netflix : le codec AV2 vient d'être officiellement finalisé. Et c'est une organisation française qui a publié le premier décodeur.

Difficile d'imaginer ce qui se passe dans les coulisses quand une vidéo YouTube démarre sans accroc sur un réseau 4G surchargé. Un codec fait une grande partie du travail : il compresse les données vidéo à l'émission, les décompresse à la réception, de façon totalement transparente. Pensez-y comme à un service d'emballage ultrarapide qui réemballe les colis à mi-chemin pour les faire tenir dans des camions deux fois moins grands.
L'AV1 joue ce rôle depuis 2018. Développé par l'Alliance for Open Media (AOMedia, un consortium réunissant Apple, Google, Netflix, Amazon, Meta, Microsoft, Intel et Samsung, entre autres), ce codec équipe aujourd'hui la quasi-totalité des plateformes de streaming et des navigateurs modernes. L'organisation vient de finaliser son successeur, l'AV2, dont la spécification v1.0.0 a été publiée le 28 mai 2026.
VideoLAN au premier rang, une deuxième fois
La promesse chiffrée de l'AV2 : une réduction de débit d'environ 30 % par rapport à l'AV1, mesurée sur des configurations d'encodage standard. Pour Netflix, dont les coûts de bande passante se comptent en centaines de millions de dollars annuels, l'équation est immédiate. Pour vous, cela se traduira par des vidéos de même qualité qui consomment moins de données. Moins de buffering sur les connexions limitées, une facture réseau allégée pour les opérateurs.
VideoLAN, l'organisation française derrière VLC et basée à Paris, n'a pas attendu la finalisation officielle : l'équipe a publié dav2d 0.0.1 « Merbanan » début mai 2026, soit trois semaines avant la spec elle-même. Ce décodeur AV2 prend la suite de dav1d, le décodeur AV1 que VideoLAN avait lui aussi écrit en premier et qui est aujourd'hui embarqué dans Chrome, Firefox, Edge, Safari et Android. VLC 4.0 avait déjà démontré la lecture AV2 sur un portable standard au CES 2026.
VideoLAN est membre fondateur d'AOMedia depuis ses débuts. Que l'organisation à but non lucratif, avec son équipe réduite de permanents, se retrouve pour la deuxième fois consécutive à fournir le décodeur de référence d'un standard mondial dit quelque chose sur l'écosystème open source francophone. Pour comprendre d'où vient ce rapport de force entre codecs ouverts et propriétaires, notre dossier de fond sur AV1, H.265 et VP9 reste le meilleur point d'entrée.
« Libre de redevances », et après ?
L'AV2 se présente, comme l'AV1 avant lui, comme un format ouvert et libre de droits. La réalité est plus nuancée. La société luxembourgeoise Sisvel conteste ce cadre depuis des années. Elle gère déjà un pool de brevets sur l'AV1 (tarif publié : 0,32 € par appareil avec écran) et a annoncé qu'elle prépare un équivalent pour l'AV2. Son argument : les membres d'AOMedia ne peuvent pas effacer, par accord de consortium, les droits de brevets détenus par des tiers. Cette dynamique brevets-codecs était déjà à l'œuvre sur l'AV1, avec VideoLAN en première ligne. Côté AOMedia, la réfutation reste tout aussi ferme.
La Commission européenne avait ouvert une enquête préliminaire sur la politique de licence d'AOMedia, qu'elle a classée en mai 2023 (sans grief, sans amende, sans trancher le fond).
Reste un frein concret que VideoLAN elle-même n'esquive pas : l'AV2 est environ cinq fois plus lourd à décoder que l'AV1. Lire une vidéo AV2 en temps réel sur un smartphone ou une télévision grand public supposera une accélération matérielle dédiée que les fabricants de puces n'ont pas encore inscrite sur leurs feuilles de route. Ni Netflix ni YouTube n'ont annoncé de calendrier de déploiement.
Le gain de compression est réel et mesurable. Son arrivée sur vos écrans est, elle, affaire de quelques années.