La Commission européenne a publié en fin de semaine dernière son paquet de souveraineté technologique. Ce dernier combine un Chips Act 2.0, une législation sur le cloud et l'IA, une feuille de route sur l'énergie et une stratégie open source inédite. Et il était temps. Aujourd'hui, l'UE achète plus de 80% de ses technologies numériques à des fournisseurs non européens.

Les Big Tech contrôlent plus de 70 % du cloud européen : l'UE vient d'allouer 2 milliards d'euros à l'open source
Les Big Tech contrôlent plus de 70 % du cloud européen : l'UE vient d'allouer 2 milliards d'euros à l'open source

L'Union européenne dépense 264 milliards d'euros par an en produits et services IT, principalement auprès d'éditeurs américains. Sur le Vieux Continent, le logiciel open source est en passe de devenir un levier central pour remédier à la situation.

Chips, cloud, IA : les dépendances chiffrées et plus de 400 milliards pour les réduire

En janvier dernier, nous rapportions que la Commission ouvrait une consultation publique sur les "écosystèmes ouverts numériques européens". Le paquet du 3 juin est l'aboutissement de ce processus, avec une portée bien plus large.

Les fournisseurs cloud européens ne représentent plus que 15% du marché continental, contre 29% en 2017. Plus de 70% du marché revient à trois géants américains du cloud que nous connaissons bien : Amazon, Microsoft et Google. Du côté des puces électroniques, l'UE n'est responsable que de 10% de la production mondiale. Elle dépend des États-Unis et de l'Asie de l'Est pour les composants alimentant les systèmes d'IA.

Face à ce constat, le paquet se divise en quatre initiatives. Le Chips Act 2.0 vise une production européenne de puces à 3 nanomètres, un niveau de finesse de gravure qui correspond aux composants utilisés dans les serveurs d'IA. Une production pilote est prévue entre 2030 et 2033. Le Cloud and AI Development Act (CADA) introduit quatre niveaux d'assurance de souveraineté cloud que les administrations publiques devront appliquer pour évaluer leurs prestataires. Les investissements nécessaires sont estimés à 120 milliards d'euros pour les semi-conducteurs, 200 milliards pour tripler la capacité des centres de données d'ici 2036, et 100 milliards supplémentaires pour le cloud et l'IA.

2 milliards sur 7 ans : Bruxelles veut faire briller l'open source

Plus d'un tiers des 29 pages du document est consacré au logiciel libre. Selon la Commission, de nombreux composants open source critiques sont maintenus par des bénévoles sans financement pérenne. Cela inclut des distributions de systèmes d'exploitation, des serveurs web, des outils VPN, ou encore des conteneurs logiciels. Il suffit qu'un projet soit abandonné ou qu'une faille reste non corrigée pour engendrer des répercussions en cascade sur des millions de systèmes.

La stratégie prévoit plusieurs outils concrets. Un "Open Source Maintenance Instrument" financera la maintenance des composants essentiels. L'initiative NGI, qui soutient des projets libres depuis plusieurs années, est relancée sous le nom "Open Internet Stack". Des accélérateurs d'entreprises open source accompagneront les développeurs sur les plans juridique, commercial et marketing. Le budget global est de 2 milliards d'euros sur sept ans, mobilisés entre secteurs public et privé.

La Commission adopte également le principe "l'argent public, le code public" pour ses propres achats et développements logiciels. Elle déploie en interne une messagerie basée sur le protocole Matrix, l'environnement collaboratif openDesk, et teste un système d'exploitation alternatif à Windows sur ses machines. Selon les objectifs fixés, d'ici 2030, les outils open source devraient rassembler 30 millions d'utilisateurs actifs. L'Open Source Initiative, qui avait soumis des recommandations en amont du texte, salue l'ensemble mais signale quand même des lacunes. Pour des raisons de sécurité, la Commission souhaite que les contributeurs aux projets open source s'identifient clairement, une demande perçue comme un frein par l'OSI. Les standards techniques requis par la loi doivent par ailleurs être en accès libre. Les propositions législatives devraient être examinées par le Parlement européen d'ici l'automne 2026.