Plutôt que d'attendre la fermeture annoncée d'Android, plusieurs applications open source ont pris les devants. Quitte à transformer chacun de leurs utilisateurs en objecteur de conscience numérique.

Le sideloading, soit l'installation d'applications via des fichiers APK en dehors du Play Store, est un pilier d'Android depuis bientôt deux décennies. Google a entrepris de le compliquer au nom de la lutte contre les logiciels malveillants, et la communauté du logiciel libre n'a pas attendu pour organiser sa riposte. Selon Android Authority, plusieurs applications populaires affichent désormais des avertissements internes pour préparer leurs utilisateurs au durcissement à venir.
NewPipe ouvre le bal, pop-up à l'appui
NewPipe, l'un des clients open source les plus utilisés pour regarder YouTube sans publicité, a commencé à glisser un message d'alerte à ses utilisateurs. Le pop-up détaille la restriction qui se prépare, renvoie vers des explications hébergées sur le site militant keepandroidopen.org, et liste surtout des solutions de contournement, dont le recours à l'outil ADB pour continuer à installer des APK. Les développeurs y annoncent sans détour qu'ils ne se plieront pas aux nouvelles règles de vérification.
Le mouvement ne se limite pas au lecteur vidéo : whoBIRD, une application d'identification d'oiseaux appréciée des ornithologues amateurs, affiche un avertissement comparable. Deux profils que tout oppose, réunis par la même crainte.
À partir de septembre 2026, Google exigera que chaque développeur s'enregistre, prouve son identité avec une pièce officielle et règle 25 dollars, sous peine de voir ses applications refusées à l'installation. La mesure ne touchera d'abord que quatre pays, le Brésil, l'Indonésie, Singapour et la Thaïlande, avant un déploiement mondial annoncé pour 2027. Pour les utilisateurs avertis, un parcours alternatif baptisé « Advanced Flow » subsistera, au prix d'une attente de 24 heures avant d'installer une application non vérifiée. Le principe rappelle le délai de réflexion imposé pour certains achats : la porte reste ouverte, mais on vous force à patienter, comme l'expliquait déjà le fonctionnement détaillé de ce nouveau parcours d'installation.
Une bataille qui se joue surtout à Bruxelles
La fronde, elle, remonte à l'automne 2025, quand développeurs indépendants et défenseurs du logiciel libre avaient monté une campagne pour garder Android ouvert face au tour de vis sur les APK. Google avait ensuite fait marche arrière devant les protestations, avant de confirmer ses intentions quelques mois plus tard. La nouveauté de 2026 tient à la forme : on ne proteste plus seulement entre développeurs, on instruit directement l'utilisateur final, à l'intérieur même des applications.
Le procédé retenu par Google ne consiste pas à interdire techniquement le sideloading, mais à le décourager par une succession d'avertissements et de frictions. C'est la stratégie qu'Apple avait déjà adoptée pour se conformer, du bout des lèvres, au Digital Markets Act européen. La manœuvre n'a pas échappé aux régulateurs. La Commission européenne a justement lancé en mars 2026 un appel à contributions pour évaluer la compatibilité de cette vérification avec le DMA. La première grande revue du règlement était attendue pour le 3 mai 2026, et une coalition de plus de trente-sept organisations de défense des droits numériques, rejointe par le Parti Pirate européen, y a déposé ses objections.
F-Droid, le dépôt d'applications libres qui compile et signe lui-même les programmes qu'il héberge, est sans doute le plus exposé. Son modèle est frontalement incompatible avec l'obligation de rattacher chaque application à un développeur identifié, dernier épisode en date d'un resserrement méthodique d'un écosystème longtemps présenté comme ouvert.
En attendant, le lecteur français peut souffler : l'Europe ne sera concernée qu'en 2027, et rien n'est encore joué. D'ici là, Google aura au moins réussi une chose, faire de NewPipe et d'une poignée d'applications d'ornithologie les professeurs particuliers du sideloading.
