Depuis ce jeudi, la France est officiellement le 14e État membre de l'Observatoire SKA. Emmanuel Macron a signé les documents d'adhésion en mars, finalisant l'entrée du pays dans le plus grand projet de radiotélescope au monde.

Ce 4 juin 2026, la France est entrée dans le club très fermé des 14 pays membres de l'Observatoire SKA, l'organisation internationale qui pilote la construction des deux plus grands réseaux de radiotélescopes jamais imaginés, répartis entre l'Afrique du Sud et l'Australie. Il aura fallu cinq ans pour transformer la promesse d'Emmanuel Macron, faite lors d'une visite d'État à Pretoria, en adhésion concrète. Et la France ne débarque pas comme simple observatrice.
La France a décroché sa place dans le projet astronomique du siècle
En mars dernier, Emmanuel Macron avait apposé sa signature sur les documents officiels qui lui avaient permis de boucler un long processus de ratification nationale, celui-là même qui avait notamment nécessité un passage devant le Sénat. De façon assez symbolique, avec l'arrivée de la France, le SKAO a littéralement doublé de taille depuis sa fondation en 2021. En à peine cinq ans, l'organisation est passée de sept à quatorze membres.
Un petit rappel s'impose pour ceux qui découvrent le projet. Le SKA, pour Square Kilometer Array, c'est deux gigantesques oreilles pointées vers le ciel, sur deux continents. En Afrique du Sud, 197 grandes paraboles capteront les ondes radio de moyenne portée ; en Australie, pas moins de 131 000 antennes se chargeront des fréquences plus basses, celles qui voyagent le plus loin dans l'Univers. Ensemble, pour plus d'un milliard d'euros, ils formeront dès 2027 le radiotélescope le plus grand et le plus puissant jamais construit, capable de remonter jusqu'aux premières étoiles, ou d'ausculter les pulsars, ces étoiles mortes qui battent comme des métronomes cosmiques.
L'adhésion française fait suite, il faut le dire, à des années de travail discret. Depuis 2018, le CNRS coordonne SKA-France, une coalition de neuf établissements académiques, parmi lesquels l'Inria, le CEA, et plusieurs grandes universités, qui ont progressivement construit l'expertise et le réseau nécessaires pour peser dans le projet. Un investissement de long terme qui n'est pas passé inaperçu : « Après de nombreuses années de contributions au projet SKA, c'est un grand plaisir d'accueillir la France en tant que membre de l'Observatoire », a salué le Dr Filippo Zerbi, président du Conseil du SKAO.
La France va peser dans le traitement des données astronomiques, 1 milliard de Go par jour
Sur le terrain industriel, la France n'a pas attendu l'adhésion officielle pour se mettre au travail. Dès 2025, Bull, le spécialiste français du calcul haute performance racheté auprès d'Atos et sauvé par le gouvernement en début d'année, a décroché le premier contrat de construction SKA attribué à la France, qui doit fournir le matériel du Science Data Processor. On parle ici du cerveau numérique des télescopes, chargé de transformer les torrents de signaux captés par les antennes en véritables images du ciel. Les premiers équipements seront d'ailleurs déployés en Australie avant la fin de l'année.
Pour se rendre compte de l'ampleur du défi, imaginiez que SKA produira chaque année plus de données (1 milliard de Go par jour) que l'ensemble d'internet aujourd'hui. Pour absorber ce déluge numérique, la France a cofondé l'ECLAT (Extreme Computing Lab for Astronomical Telescopes), un laboratoire qui réunit chercheurs et industriels autour des défis du calcul intensif. Elle s'implique également dans SCOOP, un groupe de travail international dont la mission est de faire tourner les supercalculateurs du projet en consommant le moins d'énergie possible.

Sur le plan scientifique enfin, les chercheurs français siègent dans 13 des 14 groupes de travail du SKA, et pas comme de simples participants. Ils coprésident notamment les groupes dédiés à la cosmologie et aux origines de la vie dans l'Univers. La France dispose aussi d'un atout géographique précieux puisqu'à Nançay, dans le Cher, elle abrite NenuFAR, un radiotélescope conçu comme un avant-goût du SKA, ainsi qu'un instrument plus ancien qui a déjà prouvé sa valeur en participant à la détection du fond d'ondes gravitationnelles, ces infimes vibrations de l'espace-temps repérées en chronométrant avec une précision extrême les signaux émis par les pulsars.
Des déserts australiens aux savanes sud-africaines, 131 000 antennes et 197 paraboles vont bientôt scruter les confins de l'Univers avec, quelque part dans les lignes de code qui feront tourner tout ça, une petite empreinte française.