Le procès opposant Elon Musk à OpenAI révèle de nouveaux éléments inédits. Dans l'un d'eux, un e-mail de 2017, on apprend que le patron de Tesla cherchait à recruter Sam Altman, le boss d'OpenAI, pour le rejoindre chez le constructeur auto.

Elon Musk voulait recruter Sam Altman pour prendre la tête d'un laboratoire d'IA chez Tesla en 2017. © Clubic / ChatGPT
Elon Musk voulait recruter Sam Altman pour prendre la tête d'un laboratoire d'IA chez Tesla en 2017. © Clubic / ChatGPT

Au tribunal, Elon Musk joue la carte de la victime, floué par OpenAI, et trahi par ses anciens partenaires. Sauf que des e-mails versés au dossier racontent une tout autre histoire. Wired nous apprend que fin 2017, le milliardaire cherchait à faire venir Sam Altman chez Tesla pour y diriger un laboratoire d'intelligence artificielle, avec un siège au conseil d'administration à la clé. C'est Shivon Zilis, ancienne conseillère d'OpenAI et proche de Musk, qui a transmis ces courriers électroniques, et son témoignage aujourd'hui fragilise la défense de son ancien allié.

Le plan d'Elon Musk pour absorber OpenAI et dominer l'intelligence artificielle

Selon Elon Musk, il s'agit d'une histoire de trahison. Le patron de Tesla et de SpaceX poursuit Sam Altman et Greg Brockman, président d'OpenAI, devant la justice fédérale américaine. Selon lui, les deux hommes auraient détourné une organisation initialement créée sans but lucratif, en utilisant les 38 millions de dollars qu'il y avait investis pour construire ce qui est aujourd'hui une entreprise privée valorisée à plus de 800 milliards de dollars.

Parmi les documents présentés au jury, on retrouve un brouillon de FAQ rédigé en novembre 2017, à l'occasion d'un événement Tesla prévu au salon NeurIPS, la grande conférence annuelle dédiée à l'intelligence artificielle. Ce document interne affichait l'ambition de créer un laboratoire d'IA « de niveau mondial », capable de rivaliser avec Google DeepMind et Facebook AI Research, alors références absolues du secteur. Et dans la liste des dirigeants envisagés pour piloter ce projet, le nom de Sam Altman apparaissait juste à côté de celui d'Elon Musk, suivi de deux points d'interrogation.

Quelques jours plus tôt, Musk avait assuré au jury qu'Andrej Karpathy, l'un des chercheurs en IA les plus réputés d'OpenAI à l'époque, avait quitté l'organisation de son plein gré. Sauf que des SMS de Shivon Zilis remontant à juin 2017 disent l'inverse. Quand un collègue lui annonce que Karpathy vient de signer son contrat chez Tesla, elle répond « Fuck yeahhhhhhh », pas vraiment la réaction de quelqu'un qui assiste à un départ spontané. Les avocats d'OpenAI n'ont pas manqué de le relever, en qualifiant ce témoignage de « directement contraire » aux déclarations de Musk. Mais attendez la suite !

Shivon Zilis, l'embarrassant cœur du dossier

Les avocats d'OpenAI ont contre-attaqué. Ils affirment qu'Elon Musk n'est pas une victime, mais un homme aigri depuis qu'il a échoué, en 2017, à prendre le contrôle d'OpenAI, ce que les Anglo-Saxons appellent les « sour grapes », avec la rancœur et l'amertume de celui qui n'a pas obtenu ce qu'il voulait. La défense a produit un e-mail d'octobre 2017 dans lequel Shivon Zilis elle-même regrettait que les cofondateurs d'OpenAI ne voient pas l'intérêt de fondre discrètement leur organisation dans Tesla, comprenez donc de disparaître dans l'empire Musk sans faire de bruit.

En février 2018, Zilis soumettait à Musk une série de scénarios pour faire de Tesla un vrai contrepoids à Google DeepMind, alors considéré comme le laboratoire d'IA le plus avancé au monde. Le premier d'entre eux était de confier à Sam Altman la direction d'un laboratoire Tesla. Le second scénario, encore plus ambitieux à l'époque, étant de trouver « un moyen de recruter Demis. Sérieusement ». Demis Hassabis n'est autre que le fondateur et patron de DeepMind lui-même. Il apparaît difficile, à la lecture de ces e-mails, de voir en Elon Musk le simple investisseur idéaliste qu'il prétend incarner devant le jury.

Shivon Zilis, nommée au conseil d'administration d'OpenAI en janvier 2020, occupait donc une position pour le moins délicate. Elle était administratrice d'une organisation dont elle connaissait les plans de déstabilisation, et mère secrète de quatre enfants d'Elon Musk, conçus par FIV, une grossesse qu'elle avait cachée à ses collègues du conseil en vertu d'un accord de confidentialité signé avec le milliardaire. Elle a fini par démissionner en février 2023, au moment où les ambitions du propriétaire du réseau social X dans l'IA devenaient publiques. Dans un SMS envoyé à une amie ce jour-là, elle résumait les choses ainsi : « Quand le père de tes enfants lance un projet concurrent et débauche chez OpenAI, il n'y a rien à faire. »

Le procès n'en est qu'à mi-parcours puisque ce jeudi, les avocats de Musk doivent appeler à la barre un ancien doyen de la faculté de droit de Columbia, spécialiste des organisations à but non lucratif. Un témoin qui pourrait bien, une fois de plus, rebattre les cartes.