Sous le feu des critiques pour sa gouvernance, OpenAI a ouvert le feu en répliquant une contre-offensive juridique provocatrice. Dans une missive adressée aux procureurs de Californie et du Delaware, la firme de Sam Altman dénonce une coordination présumée entre Elon Musk et Mark Zuckerberg. Les deux hommes d'affaires marcheraient main dans la main pour brider son envolée technologique et financière. La barbouzerie s'invite à la table des négociations !

- OpenAI accuse Elon Musk et Mark Zuckerberg de conspirer pour nuire à son développement technologique.
- Sam Altman, PDG d'OpenAI, fait face à des critiques sur sa gouvernance et son comportement en interne.
- Des échanges entre Musk et Zuckerberg suggèrent une collaboration pour contrecarrer les ambitions d'OpenAI dans l'IA.
Depuis quelques semaines, le patron d’OpenAI (qui vient, soit dit en passant, de réaliser une levée de fonds stratosphérique) subit un bombardement médiatique plutôt rude. Acculé par des témoignages dépeignant une personnalité toxique et manipulatrice, le New Yorker a encore plus érodé l'image du messie de l'IA en le qualifiant de « sociopathe » Adepte du double-discours et de l'opacité managériale si l'on en croit plusieurs anciens collaborateurs, Altman est désormais cloué au pilori médiatique.
Ne comptant pas se laisser salir, il a choisi de porter l'estocade sur le terrain de la collusion criminelle en envoyant cette lettre, qui pointe du doigt une prétendue alliance entre Musk et le grand Zuck'.
En l'absence de preuves formelles versées au dossier, elle n'en reste pas moins un réquisitoire incendiaire : une entreprise de démolition concertée pour stopper la progression d'OpenAI vers l'AGI (Intelligence Artificielle Générale). Un projet qu'Altman nourrit depuis la création d'OpenAI à la fin de l'année 2015, mais qui concentre les efforts de la firme depuis l'année dernière. Manœuvres de déstabilisation aux méthodes de renseignement sauvage, mêlant traque de vols privés, infiltration de cercles intimes, dossiers de mœurs, surveillance physique et pressions boursières : un naufrage éthique dont personne, absolument personne, ne sortira avec les mains propres.
OpenAI sort les griffes : l'axe Musk-Meta accusé de méthodes de voyous
Le document en question a été révélé par CNBC et le Sacramento Bee, un quotidien californien situé au plus près des arcanes du pouvoir législatif. Selon les termes de la lettre, qui s'appuie sur une enquête du New Yorker, Musk aurait mobilisé des moyens dignes d'une agence de renseignement privée pour souiller la réputation de son ancien allié. Les relations Altman-Musk sont « légèrement » tendues, c'est un secret de polichinelle, mais ce que décrit OpenAI nous ferait presque penser à un thriller de bas étage.
Selon l'entreprise, Altman serait la cible d'un harcèlement pervers et protéiforme. D'abord, la plainte dénonce l'usage d'intermédiaires opaques : Musk, pour ne pas se salir les mains, financerait des agences de renseignement privées et des sociétés écrans pour masquer l'origine des fonds et des ordres qu'il leur donne. Seraient également constitués contre Altman des dossiers d'« opposition research » : des compilations de rumeurs, d'archives et de témoignages tronqués, envoyés sous le manteau aux rédactions pour saturer l'espace médiatique de contenus mensongers ou toxiques. Ses déplacements en jet privé seraient même surveillés, dans le but avoué de nuire à la mission d'intérêt général de la firme.
Encore plus sordide : des agents sous couverture auraient été dépêchés dans des bars gays avec un objectif de « pêche aux renseignements ». Le but ? Provoquer ou acheter des témoignages liant Altman à des travailleurs du sexe afin de déclencher un scandale de mœurs.
Pour Chris Lehane, responsable des affaires mondiales chez OpenAI, ces méthodes sont « hautement discutables et méritent amplement une enquête approfondie ». La firme ne mâche pas ses mots en affirmant que ces manœuvres n’ont qu’un but unique : freiner l’ascension d’un leader jugé trop puissant.
Dans cette lettre, Jason Kwon, directeur de la stratégie affirme que : « Ces attaques sont conçues pour retirer le contrôle de l'avenir de l'AGI des mains de ceux qui sont légalement obligés de poursuivre une mission au bénéfice de toute l'humanité, afin de le placer entre les mains de concurrents dépourvus de principes missionnaires et méprisant toute responsabilité en matière de sécurité ».
Une rhétorique plutôt habile, puisque, par le choix de ces mots, OpenAI se positionne devant la justice comme une espèce de dernière garante de l'éthique qui devrait se défendre face à un cartel de « voyous ». En tentant de disqualifier moralement ses concurrents et en hurlant ainsi au complot, la firme détourne l'attention et glisse un drap de velours sous les casseroles qu'elle traîne pour qu'elles ne tintent pas trop fort.
En se posant en victime, Altman évite d'avoir à justifier son propre passif : le flou entourant son éviction éclair par son conseil d'administration en 2023 pour son manque de « franchise », ou encore la mutation de la firme en 2024, passée d'une association à but non lucratif à une machine à cash vorace valorisée à plus de 800 milliards de dollars. Altman, le martyr ; une posture de saint séculier permettant d'étouffer les questions concernant ses méthodes de gouvernance byzantines et son tempérament de manipulateur. Après tout, pourquoi répondre aux doutes sur sa probité quand on peut dénoncer la fange d'une union de crapules prête à fouiller les draps de son plus grand rival ?

Musk et Zuckerberg : les Borgia de la tech ?
Comme si cela ne suffisait pas, le média Engadget a mis les mains sur des SMS échangés entre Zuckerberg et Musk, qui laissent clairement à penser les deux rivaux ont enterré la hache de guerre pour la retourner contre Altman. La discussion commence sur le terrain de la politique ; Zuckerberg aurait proposé, par le passé, son aide à Musk pour l'assister dans sa direction de l'ancien département du D.O.G.E.
Mais très rapidement, la conversation dérape. « Es-tu ouvert à l'idée d'enchérir sur la propriété intellectuelle d'OpenAI avec moi ? », lance Musk. Loin de s'offusquer de cette proposition, le patron de Meta a mordu à l'hameçon, proposant de peaufiner les détails de ce « casse du siècle » lors d'un appel privé.
Alors OpenAI, la grande victime des deux grands méchants loups ? Analysons avec un peu de recul avant de nous lancer dans un jugement trop hâtif. Nous pouvons voir dans cette lettre une inverersion de la charge de la preuve, un document qui pointe du doigt la « prédation » de ses rivaux permettant de s'exonérer de ses propres dérives. Instrumentalisation du droit à la concurrence ? Espoir de sous-traiter sa défense juridique à l'État ? Opération de diversion pour que personne ne s’intéresse aux conflits d’intérêts de la firme ? Stratégie pour transformer des accusations de manipulations internes en une croisade contre des « ennemis de l’AGI » ? Selon la grille de lecture que l'on plaque sur cette affaire, nombres d'analyses sont possibles et il n'y a certainement pas une seule qui fasse office de vérité absolue. S'il y en a une, elle est en tout cas bien planquée entre les délires de persécution d'Altman et l'obsession revancharde de Musk.
Source : Gizmodo
L’AGI désigne une IA capable de comprendre, apprendre et résoudre des problèmes sur une très grande variété de tâches, avec une flexibilité comparable à celle d’un humain. À l’inverse, les modèles actuels (même très performants) restent spécialisés dans des familles de tâches et dépendent fortement des données, de l’entraînement et du cadre d’usage. Dans l’industrie, le terme AGI n’a pas de définition unique ni de test standard universellement accepté, ce qui rend les annonces et calendriers difficiles à comparer. En pratique, on parle souvent d’AGI pour qualifier un objectif de R&D plus qu’un produit clairement mesurable.
Que signifie “opposition research” et comment cette pratique peut-elle influencer l’information publique ?L’“opposition research” consiste à collecter et organiser des éléments défavorables sur une personne ou une organisation (archives, témoignages, incohérences, rumeurs) afin de les exploiter dans un rapport de force. Ce n’est pas forcément illégal en soi, mais la méthode devient problématique si elle s’appuie sur la désinformation, l’usurpation, le harcèlement ou des atteintes à la vie privée. Diffusée via des canaux indirects (intermédiaires, fuites, briefings anonymes), elle peut orienter l’agenda médiatique et multiplier les récits difficiles à vérifier. Le résultat recherché est souvent moins de “prouver” que de créer un climat de soupçon durable.
À quoi servent les procureurs généraux (attorneys general) en Californie et au Delaware dans des affaires impliquant des entreprises tech ?Un procureur général d’État peut enquêter et engager des actions civiles (et parfois pénales) liées à la protection des consommateurs, aux pratiques commerciales trompeuses, à la concurrence ou à certaines fraudes. La Californie est un État clé car beaucoup d’acteurs tech y opèrent, et ses autorités sont régulièrement saisies sur des sujets mêlant marché, données et transparence. Le Delaware est central pour une autre raison : une grande partie des entreprises américaines y sont constituées, et le droit local pèse lourd sur la gouvernance (devoirs des dirigeants, litiges d’actionnaires, opérations de restructuration). Saisir ces autorités peut donc viser soit l’ouverture d’enquêtes, soit une pression réglementaire et judiciaire sur des pratiques jugées abusives.