Un sèche-cheveux, une sonde météo accessible depuis une voie publique, et 34 000 dollars gagnés en deux fois. Sur Polymarket, quelqu'un a peut-être joué la météo parisienne avec une arme d'une banalité désarmante. Météo-France a porté plainte.

Un microclimat suspect. Le 6 avril 2026, vers 18h30, la sonde météorologique de Roissy-CDG a enregistré une hausse de quatre degrés en douze minutes, avant de retomber cinq minutes plus tard. Pour Paul Marquis, météorologue fondateur d'E-Meteo Service, c'est tout sauf naturel. Les autres station n'ont rien relevé de tel, ni changement de vent et encore moins de variation d'humidité.
Pendant, ce temps, sur Polymarket, un utilisateur misait sur un pic à 21°C et a empoché 16 500 dollars. Neuf jours plus tard, même sonde, même résultat : le thermomètre bondit à 22°C, quatre degrés au-dessus de la veille, et un utilisateur gagne 20 000 dollars sur une mise similaire. Le compte qui a mis la pice à l'oreille porte le pseudonyme « xX25Xx » mais personne ne sait qui se cache derrière. Et à l'heure où nous écrivons ces lignes, aucune arrestation n'a eu lieu.
À Roissy-CDG, la sonde de Météo-France était accessible à n'importe qui
Sur l'aéroport de Roissy, la sonde de Météo-France est entourée d'une simple barrière d'un mètre de haut, borde la voie publique de la Zone Technique Est, sans caméra de surveillance visant la zone. Depuis les soupçons de manipulation, un petit cadenas rose a été installé sur la porte de l'abri qui dissimule le capteur. Dans la matinée du 23 avril, des jardiniers, des électriciens, mais aussi des passionnés de photographie d'avions longeaient tranquillement la station.
L'hypothèse la plus plausible selon Paul Marquis est que quelqu'un a placé un appareil chauffant, un sèche-cheveux par exemple, pour faire monter la température. D'ailleurs, au sein de l'éclectique communauté des parieurs Polymarket spécialistes de la météo, on avance aussi le séchoir, mais le rayon laser et l'eau bouillante. Autant d'hypthèse qui font bien rire sur les réseaux sociaux ou les messageries instantanées. Sur Discord, un des membres ironis sur « Le bon vieux coup du sèche-cheveux sans fil sur la station météo accessible au public ».
Plus sérieusement, Météo-France a déposé une plainte pour « atteinte au fonctionnement d'un système de traitement automatisé de données » auprès de la brigade de gendarmerie des transports aériens de Roissy. Le centre qui fait la pluie et le beau temps de nos jours se fiche bien des paris en ligne, ce qui l'importe, c'est que cette sonde fournit quotidiennement des informations sur les conditions météo aux compagnies aériennes et aux pilotes.

Polymarket a changé de sonde, mais continue de faire confiance à une source unique non vérifiée
Polymarket a déplacé sa source de résolution dès le 19 avril : les paris parisiens utilisent désormais les données de l'aéroport du Bourget plutôt que celles de CDG. Mais « Bosaurum », l'un des 18 administrateurs identifiables de Polymarket sur Discord, avait affirmé que les aéroports hébergent des stations « mieux gardées qu'ailleurs ». Raté. Notre confrère Le Monde a constaté sur place le contraire : un cadenas rose et aucune caméra. On est loin d'une station mieux protégée qu'une autre inaccessible au public.
Pour l'animateur de podcast et analyste des marchés prédictifs Aakash Gupta, il est inutile de changer de station. C'est un point de données exposé remplacé par un autre aux mêmes standards de sécurité. Quand la source primaire est corrompue, le marché n'a aucun mécanisme interne pour vérifier la réalité.
Il suffit de repérer le point de données le moins surveillé et de l'influencer physiquement pour faire basculer le marché en sa faveur.
Source : Engadget