Snapchat supprime 10 % de ses effectifs mondiaux, soit environ un millier de salariés. Pour Evan Spiegel, fondateur et P-.D.G du groupe, il s'agit de confier l'automatisation de tâches répétitives à l'intelligence artificielle qui peut désormais les accomplir sans accroc. L’entreprise cherche surtout une rentabilité rapide pour tenir la dragée haute à Meta et TikTok et de conserver la confiance des fonds activistes.

Snap va vite en besogne. La maison mère de la messagerie instantanée Snaphat prépare une grosse charrette de licenciements, 16 % de son effectif, soit 1 000 salariés. Cette décision sans concessions gèle également 300 recrutements prévus. De nombreux services subissent cette coupe franche alors que la direction exige une méthode de travail plus véloce. Les outils algorithmiques remplacent dorénavant la main-d’œuvre humaine sur des missions de support et de gestion.
Pour Derek Andersen, directeur financier, il s'agit avant tout d'alléger les coûts annuels de 500 millions de dollars. Malgré un chiffre d'affaires de 1,53 milliard de dollars au premier trimestre, la firme de Santa Monica subit la méfiance des marchés. Ce plan social d'urgence est peut-être également la conséquence de la chute de l'action de 31 % depuis le début de l'année. Evan Spiegel a d'ailleurs souligné que les progrès technologiques permettent à ses équipes de réduire le travail répétitif.
Une dépendance technologique accrue envers des prestataires tiers
Ces suppressions de postes vont plus particulièrement léser les profils juniors chargés jusqu'ici du traitement manuel de l'information. À l'inverse de Meta ou Google, Snapchat utilise à foison des prestataires extérieurs pour ses solutions d'intelligence artificielle. Cette dépendance technologique a donc un coût, celui du besoin d'ingénieurs généralistes en interne.
Sans intervention humaine constante, les programmes tiers gèrent désormais les flux de données. Ainsi, le salarié n'est plus qu'un superviseur de modèles mathématiques loués à des géants de la Silicon Valley. Ce choix comporte pourtant des risques pour la souveraineté technique de l'entreprise.
Aucun algorithme acheté sur étagère n'égale la sensibilité créative nécessaire pour fidéliser les adolescents. Pourtant, le P-.D.G martèle que ces progrès logiciels autorisent une cadence supérieure avec des équipes réduites. L'organisation écarte « simplement » les collaborateurs dont les missions basculent dans le champ de l'automatisation pure.

- Photos et vidéos éphémères.
- Filtres et effets créatifs.
- Messagerie instantanée privée.
Des licenciements dictés par les exigences des fonds activistes
Mais le prétexte de l'innovation logicielle et les progrès de l'IA ne sont pas à eux seuls les coupables de cette coupe sombre dans les effectifs de Snap. Il faut y voir également une histoire de rentablité.
Le fonds activiste Irenic Capital Management a récemment exigé des changements rapides pour redresser le cours de bourse. Dans une lettre, cet investisseur reprochait à la direction des embauches excessives par rapport à la concurrence.
« Comme beaucoup de vos concurrents, vous avez embauché en excès » [….] « Contrairement à eux, vous n'avez pas rectifié le tir » - Extrait de la lettre d'Irenic Capital Management à Snap
Snap économisera des sommes importantes en simplifiant sa structure hiérarchique mais la tâche s'annonce complexe. Les régulateurs mondiaux menacent l'accès des mineurs à la plateforme, ce qui fragilise les revenus publicitaires. Tandis que les machines assurent la maintenance quotidienne et la modération, Evan Spiegel projette ses dernières ressources vers les lunettes de réalité augmentée. Charge aux survivants de ce troisième plan social en quatre ans de Snap de piloter ces nouveaux produits.
Source : Bloomberg (accès payant)