C'est une nouvelle qui pourrait faire très mal à Snapchat. Les régulateurs européens soupçonnent la plateforme d'enfreindre le Digital Services Act (DSA) sur la protection des mineurs, et elle risque gros.

Snapchat enregistre quelque 97 millions d'usagers au sein des 27 États membres de l'Union européenne (UE). Et, on le sait, c'est un réseau social très prisé des jeunes. En France, presque un tiers des enfants de 11 ans l'utilisent. Un facteur qui pousse forcément les régulateurs à se pencher sur la plateforme, d'autant plus depuis l'entrée en vigueur du DSA qui, justement, impose aux grandes plateformes de protéger activement les plus jeunes.
Pas assez de protection pour les mineurs
La Commission européenne vient ainsi d'ouvrir une enquête formelle ciblant Snapchat. Une décision qui succède à l'analyse de ses rapports sur l'évaluation des risques déposés au cours des trois dernières années, ainsi qu'à une demande d'informations envoyée en octobre 2025.
Dans leur viseur, notamment, le système de vérification de l'âge. Snapchat interdit certes son accès aux moins de 13 ans, mais repose uniquement sur une déclaration volontaire des utilisateurs, un dispositif jugé largement insuffisant par les régulateurs. Pire, l'algorithme classerait régulièrement des adolescents de 13 à 17 ans comme des adultes, les exposant ainsi à des contenus inadaptés à leur âge.
« Les enfants sont exposés à des contacts dangereux pour le grooming, et pire encore, ils peuvent acheter des produits interdits comme de la drogue, des vapes et de l'alcool », déplore Thomas Regnier, porte-parole de la Commission européenne. Les outils de modération de contenu sont jugés inefficaces et les mécanismes de signalement, eux, seraient trop peu accessibles et peu intuitifs pour les utilisateurs qui tomberaient sur du contenu illégal.
Enfin, des adultes pourraient se faire passer pour des mineurs afin de contacter des enfants à des fins d'exploitation sexuelle ou de recrutement criminel. « Du grooming à l'exposition à des produits illégaux, en passant par des paramètres de compte qui compromettent la sécurité des mineurs, Snapchat semble avoir négligé que le DSA exige des standards de sécurité élevés pour tous les utilisateurs », alerte la commissaire européenne au numérique, Henna Virkkunen.

Que risque Snapchat ?
Ce n'est pas la première fois que le réseau social fait l'objet de telles accusations. Dans l'État du Nouveau-Mexique aux États-Unis, une plainte dénonçait, en 2024, l'inaction de Snapchat dans des cas d'exploitation sexuelle.
« La sécurité et le bien-être de tous les utilisateurs de Snapchat sont une priorité absolue, et nos équipes travaillent depuis des années à élever le niveau de sécurité », réagit l'entreprise. « Snapchat est conçu pour aider les gens à communiquer avec leurs amis proches et leur famille dans un environnement positif et de confiance, avec la confidentialité et la sécurité intégrées dès le départ - y compris des protections supplémentaires pour les adolescents. À mesure que les risques en ligne évoluent, nous révisons, renforçons et investissons continuellement dans ces dispositifs de protection », poursuit-elle.
Si la Commission européenne la juge coupable, la firme s'expose à une amende pouvant atteindre 6 % de son chiffre d'affaires mondial annuel. Et visiblement, les décideurs semblent toujours plus enclins à sévir : en Californie, Meta et YouTube viennent d'être condamnées à verser 6 millions de dollars à une plaignante. En cause, les effets addictifs de leurs plateformes.
- Photos et vidéos éphémères.
- Filtres et effets créatifs.
- Messagerie instantanée privée.
Sources : Engadget, The New York Times