Il y a les grandes ambitions spatiales, les missions Artemis et les systèmes de bord dernier cri. Et puis il y a aussi cet astronaute obligé d’expliquer que ses deux (!) Outlook ne fonctionnent plus. Microsoft en orbite, en somme.

Même dans l'espace, les logiciels Microsoft plantent. © QINQIE99 / Shutterstock
Même dans l'espace, les logiciels Microsoft plantent. © QINQIE99 / Shutterstock

Deux Outlook sur la même machine, c’est déjà une épreuve de caractère. Les voir lâcher en même temps dans un contexte spatial, c’est presque de la littérature technique. Dans une vidéo relayée sur X par Marcus House, youtubeur très suivi sur l’actu spatiale, on entend en effet un astronaute, a priori à bord d’Artemis II, signaler calmement au sol qu’aucun de ses deux clients de messagerie ne fonctionne. La scène prête à sourire, évidemment, mais elle rappelle aussi quelque chose de plus terre à terre. Microsoft n’a jamais été un corps étranger dans l’univers spatial. Pendant des années, ses logiciels et ses systèmes ont accompagné une partie des usages informatiques liés aux vols habités, avant que les exigences de maintenance, de stabilité et de maîtrise ne rebattent progressivement les cartes.

Artemis II, ou la bureautique en orbite

La scène amuse parce qu’elle télescope deux imaginaires. D’un côté, celui des missions lunaires, des architectures critiques et des procédures millimétrées. De l’autre, celui d’un problème de parc informatique presque banal, avec un logiciel de messagerie qui refuse obstinément de coopérer. L’image peut sembler incongrue, mais elle l’est moins qu’on pourrait le croire. L’informatique spatiale n’a jamais reposé uniquement sur des systèmes ésotériques conçus dans des laboratoires fermés, loin de tout ce qui ressemble à un ordinateur ordinaire. À bord comme au sol, les missions ont aussi eu besoin de machines bien plus familières, capables d’afficher de la documentation, de faire tourner des outils de travail classiques, de gérer des échanges ou d’accompagner certaines opérations du quotidien.

Dans le cas d’Artemis II, ce lien avec une informatique beaucoup plus terrestre est même parfaitement documenté. La NASA mentionne ainsi, parmi les équipements embarqués, un PCD, pour Portable Computing Device, qui n’est autre qu’une Microsoft Surface Pro. L’appareil doit notamment servir pour des visios avec la famille ou le personnel médical, à des usages bureautiques plus classiques, ainsi qu’au stockage et à la consultation d’images et de vidéos. Bref, derrière les systèmes de bord et les communications avec le sol, on trouve aussi des usages qui ressemblent étonnamment à ceux d’un bureau très, très éloigné, avec les mêmes contrariétés logicielles qu’ici-bas. Et parfois, manifestement, les mêmes pannes Outlook.

De Windows à Linux, la leçon de l’ISS

Le plus intéressant, dans cette anecdote, n’est finalement pas tant qu’un produit Microsoft apparaisse dans le décor, mais ce que cela dit de la maintenance en environnement spatial. Sur Terre déjà, un bug de messagerie se règle rarement dans la joie. Mais en mission, avec des systèmes embarqués, des contraintes de validation autrement plus strictes et une marge d’erreur réduite à presque rien, on ne parle plus tout à fait du même genre de problème. Il ne s’agit plus seulement de relancer une application capricieuse, mais de pouvoir comprendre, corriger et maîtriser un environnement logiciel dans la durée.

C’est d’ailleurs pour ces raisons que certaines habitudes ont fini par évoluer. Car, le saviez-vous, avant que Linux ne s’impose sur une partie des laptops utilisés dans l’espace, Windows y avait bel et bien sa place. Pas question, évidemment, de confier les systèmes les plus sensibles à un banal PC de bureau envoyé en orbite. Mais pour toute une série d’usages plus ordinaires, l’écosystème Microsoft faisait partie du voyage, notamment sur l’ISS, qui a elle aussi connu sa part de fenêtres, au sens propre comme au figuré. À bord de la station, les portables du réseau OpsLAN – en gros, le parc de laptops utilisé pour les opérations du quotidien – servaient ainsi à des tâches très concrètes comme le suivi de position, la gestion de l’inventaire ou l’interface avec les caméras.

Mais à mesure que les besoins de fiabilité, d’adaptation et de contrôle se sont renforcés, les environnements ouverts comme Linux ont progressivement gagné du terrain sur certains usages. Pas par goût du folklore technique ni par posture anti-Microsoft, mais pour une raison beaucoup plus sobre. Quand il faut garder la main sur les correctifs, limiter les dépendances et intervenir au plus près du système, les solutions trop verrouillées perdent vite de leur attrait.

Si bien qu’en 2013, à l’approche de la fin du support de Windows XP, les équipes en charge de l’OpsLAN ont engagé une migration vers Debian 6. Keith Chuvala, alors responsable des laptops et de l’intégration réseau sur l’ISS chez United Space Alliance, expliquait avec une simplicité presque désarmante avoir besoin d’une plateforme stable, éprouvée et suffisamment maîtrisable pour que ses équipes puissent la patcher, l’ajuster ou l’adapter si nécessaire.

Comme quoi, même dans l’espace, il arrive un moment où l’interface compte moins que la capacité à reprendre le contrôle sans supplier un redémarrage de faire un miracle.

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