Val Kilmer, mort le 1er avril 2025 d'une pneumonie à 65 ans, va pourtant apparaître sur grand écran en 2026. Dans « As Deep as the Grave », un film indépendant, une version générée par IA jouera le rôle qui lui avait été confié en 2020, avec l'accord de sa famille et une compensation versée à ses ayants droit.

Coerte Voorhees, réalisateur et scénariste du film, avait engagé Val Kilmer pour le rôle du père Fintan bien avant sa mort. Un prêtre catholique et spiritualiste amérindien, pensé autour de l'acteur, de ses origines amérindiennes et de son attachement au Sud-Ouest américain. Mais Val Kilmer, alors en pleine lutte contre un cancer de la gorge, n'a jamais pu se rendre sur le tournage et n'a donc pas tourné une seule scène.
Coerte Voorhees a pourtant choisi de le garder au générique. Pour y parvenir, la production a utilisé l'intelligence artificielle et des photos de l'acteur à différents âges, dont beaucoup fournies par sa famille, ainsi que des images de ses dernières années et des enregistrements de sa voix, altérée après une opération de la trachée
Mercedes Kilmer, sa fille, a apporté son soutien public au projet. Son frère Jack aussi. « Il envisageait toujours les nouvelles technologies avec optimisme, y voyant un outil pour élargir les possibilités narratives », a-t-elle déclaré dans un communiqué.
La voix abîmée par le cancer de la gorge de Val Kilmer incluse dans le scénario
Le choix de la voix mérite qu'on s'y arrête. La production a retenu la voix post-opératoire de Val Kilmer, celle des dernières années, et non la voix intacte d'avant le cancer. John Voorhees, frère du réalisateur et producteur du film, a expliqué à Variety cette convergence entre la maladie du personnage et celle de l'acteur. Pour lui, le père Fintan, atteint de tuberculose dans le film, "faisait écho à l'état de santé de Val", créant "une sorte de lien". La voix abîmée, et non la voix restaurée, servira donc la fiction.
Ce n'est pas la première fois que Val Kilmer avait accepté ce type de démarche. En 2022, pour « Top Gun : Maverick », il avait collaboré avec la startup Sonantic afin de reconstituer par IA une voix parlée à partir d'archives audio. Il avait dit à l'époque être « reconnaissant » envers l'équipe, ajoutant que « la possibilité de raconter son histoire, d'une voix authentique et familière, est un cadeau inestimable ». Pour la production, le projet est éthique. La base technologique d'un côté et le consentement explicite de l'acteur de son vivant de l'autre.

Une première dans le cinéma indépendant, et une crédibilité sous conditions
« As Deep as the Grave » n'est pas une superproduction. Six ans de tournage, des interruptions dues au Covid, des scènes du père Fintan, qui devait être interprétées par Val Kilmer mais coupées pour des raisons budgétaires puis réintégrées quand la production a réalisé que le personnage était « un élément essentiel manquant ».
Voilà qui aurait pu faire avorter le projet. Pourtant, c'est justement parce qu'il est indépendant qu'il s'agit d'une vraie performance. L'équipe de production n'avait pas de budget pour effectuer un nouveau casting de personnages, et une technologie qui, pour la première fois, permet à une production de taille modeste de faire jouer un acteur mort dans un rôle principal durant une « partie significative » du film.
Sur IMDb, le rôle est déjà crédité à un « digital performer », avec la précision « AI performance as Val Kilmer ». La production affirme avoir respecté les directives de la SAG-AFTRA et compensé financièrement les ayants droit.
Pour autant, sur les réseaux sociaux, les réactions sont partagées. Certains internautes ont écrit que la démarche « devrait être illégale », d'autres l'ont qualifiée de « malsaine et cupide ». Un commentaire a rappelé le précédent Oliver Reed, mort pendant le tournage de Gladiator, dont les scènes avaient été complétées par des doublures et de la CGI, mais à partir d'images déjà tournées, et jamais dans un rôle construit de zéro.
Certains acteurs ont pris des devants de leur vivant, comme Robert Downey Jr., qui avait déclaré en 2024 vouloir « poursuivre en justice tous les dirigeants futurs » qui autoriseraient une version IA de lui-même après sa mort. Val Kilmer, lui, avait fait le choix inverse de son vivant.
La sortie en salles de « As Deep as the Grave » est prévue pour cette année…