Carl Pei, cofondateur et P.-D.-G. de Nothing, a déclaré que les applications smartphone vont disparaître, remplacées par des agents IA. En septembre 2025, Nothing avait levé 200 millions de dollars pour bâtir une plateforme IA dite « native », valorisant l'entreprise à 1,3 milliard de dollars.

Quatre applications pour prendre un café. Une de messagerie pour convenir du rendez-vous, Maps pour choisir l'endroit, Uber pour y aller, Calendrier pour bloquer le créneau. C'est l'exemple que Carl Pei a choisi sur scène à Austin, car il résume vingt ans d'immobilisme. Depuis l'iPhone original, l'écran de verrouillage, la grille d'icônes et la boutique d'applications n'ont pas bougé dans leur logique fondamentale. « L'utilisation qu'on fait des téléphones est très archaïque. L'expérience utilisateur est restée quasiment la même depuis vingt ans », a-t-il dit.
L'agent IA, pour lui, est la rupture que le smartphone attendait. Pas celui qui réserve un vol quand on lui demande, que le P.-D.-G. qualifie de « super ennuyeux ». Ce qui l'intéresse, c'est l'étape d'après : un système qui apprend vos intentions à long terme, anticipe, suggère sans qu'on lui pose de question. « Quand le système nous connaît si bien, il proposera des choses dont nous n'avions même pas conscience », a-t-il expliqué, en comparant ce concept à la mémoire de ChatGPT, mais appliquée à l'ensemble du fonctionnement du téléphone.
L'interface doit changer de destinataire
Certaines entreprises entraînent aujourd'hui leurs agents à naviguer dans des interfaces conçues pour des doigts humains : l'agent tape, fait défiler, attend un chargement d'écran. Carl Pei refuse cette logique. « L'avenir, ce n'est pas un agent qui utilise une interface humaine. Il faut créer une interface que l'agent pourra utiliser », a-t-il dit à Austin.
Autrement dit, reconstruire les apps de zéro, avec des API structurées pensées pour des machines, pas pour des pouces. Des widgets allégés sans code, programmables directement depuis Nothing OS : c'est déjà ce que propose l'entreprise avec ses « Essential Apps », un premier pas vers des expériences pilotables par des agents.
Car Pei s'est adressé aux fondateurs de startups dont la valeur repose sur une seule application: « Si votre application représente l'essentiel de votre valeur ajoutée, elle sera bouleversée, que vous le vouliez ou non ». Il leur recommande d'ouvrir des API ou des connecteurs MCP dès maintenant, pour que les agents puissent s'y brancher sans friction.
Ce que ça implique pour Apple et Google
Entre sept et dix ans : c'est le délai que Carl Pei donne avant que cette bascule soit réelle, tout en précisant que le smartphone survivra au moins cinq ans sous sa forme actuelle. Pourtant, c'est maintenant qu'Apple et Google, dont une part substantielle des revenus provient de leurs boutiques applicatives, devraient s'emparer de la question. Apple prélève jusqu'à 30 % sur les achats in-app de l'App Store. Google fait de même sur le Play Store. Si des agents IA court-circuitent les applications pour appeler directement des services back-end, ces deux plateformes perdent leur rôle de passage obligé, et avec lui une mécanique de revenus bâtie sur deux décennies.
La voix deviendra le principal mode de saisie, a aussi précisé Carl Pei, mais l'écran restera la sortie principale. Un détail qui compte, car le smartphone physique survit à la disparition des apps, tandis que son système d'exploitation doit être repensé de fond en comble.
Nothing pèse moins de 1 % du marché mondial. Pour le moment, pas de quoi affoler la concurrence, mais avec l'IA, tout va vite. Très vite.
Source : TechCrunch