30% des licornes européennes ont perdu leur statut. C'est le bilan d'une étude publiée par le cabinet Mighty Nine, lequel a passé 199 startups européennes au crible pour mesurer ce qu'elles valent vraiment aujourd'hui.

Ces 123 milliards d'euros qui résument tout ce qui cloche dans la tech européenne
Ces 123 milliards d'euros qui résument tout ce qui cloche dans la tech européenne

Une licorne, dans le jargon du capital-risque, c'est une startup valorisée à plus d'un milliard de dollars. Sur les 199 répertoriées en Europe, 60 sont repassées sous ce seuil. Elles n'ont pas disparu, mais leurs valorisations ne correspondent plus à la réalité du marché.

Quand le marché reprend ce qu'il avait donné

Ces 60 entreprises totalisaient 91,9 milliards d'euros de valorisation lors de leur dernier tour de table. Leur valeur cumulée aujourd'hui : 27,6 milliards d'euros, soit un recul de 70%. La valorisation médiane de ces anciennes licornes tombe à 480 millions d'euros, bien loin du milliard.

Pour comprendre ce chiffre, il faut saisir ce que l'on appelle le "mark-to-market". Plutôt que de s'en tenir aux dernières valorisations officielles, Mighty Nine a recalculé la valeur de chaque entreprise en appliquant les multiples de revenus pratiqués sur les marchés aujourd'hui. Un peu comme réévaluer un bien immobilier au prix actuel plutôt qu'au prix d'achat d'il y a trois ans.

Au niveau de l'ensemble de l'écosystème, le résultat est préoccupant. Pour chaque euro investi lors du dernier tour de table, l'écosystème ne restitue que 78 centimes. La destruction nette de valeur atteint 122,7 milliards d'euros, sur un total de 566,9 milliards affichés lors des derniers tours.

La répartition géographique des licornes et levées de fonds ©Mighty Nine
La répartition géographique des licornes et levées de fonds ©Mighty Nine

Un problème de prix, pas un problème d'entreprises

La concentration des pertes sur la fintech est particulièrement marquée. Ce secteur englobe 52 entreprises sur 199 et représente à lui seul 53% de la destruction de valeur totale. Beaucoup de ces startups avaient été valorisées à 15-30 fois leurs revenus, des ratios habituellement réservés aux éditeurs de logiciels à forte marge. Or une néo-banque ou une plateforme de paiement reste une société de services financiers, qui se négocie généralement à 5-8 fois ses revenus. Et c'est bien cet écart qui constitue l'essentiel du problème.

Parmi les 5 entreprises classées "en détresse" nous retrouvons Improbable (métaverse, -99%), Blockchain.com (crypto, -98%), Sorare (NFT/gaming, -94%), Getir (livraison rapide, -86%) et Jellysmack (creator economy, -78%). Ces sociétés n'ont pas toutes cessé leurs activités. Cependant, leurs modèles économiques ou leurs marchés se sont révélés incapables de soutenir les valorisations auxquelles elles avaient levé des fonds.

La distribution de capitaux dans les 199 licornes européennes ©Mighty Nine

La baisse est principalement marquée au le Royaume-Uni qui recense 17 licornes déchues et 28,6 milliards d'euros de valeur détruite. C'est plus que la France (10 cas, 11 milliards) et l'Allemagne (8 cas, 5 milliards) réunies. La Suède et le Danemark sont les seuls pays "multi-licornes" à ne recenser aucune perte. Selon Mighty Nine leur valorisation a été plus stricte lors des levées de fonds. Soulignons au passage que parmi les licornes nées après 2023, aucune n'est aujourd'hui classée sous pression ou en détresse.

Retrouvez l'étude dans son intégralité sur cette page.