Sous pression de Bruxelles, Google s'apprête à tester une nouvelle présentation de son moteur de recherche en Europe. Le géant souhaite laisser davantage de visibilité aux comparateurs concurrents… et, surtout, éviter une sanction au titre du Digital Markets Act.

Google ajuste sa formule en Europe, et ce n'est pas qu'un simple détail d'interface. Selon Reuters, le groupe prévoit de tester dans les prochains jours une nouvelle organisation des résultats de recherche pour certaines requêtes dites transactionnelles, comme les hôtels, les vols, les restaurants ou les transports. Derrière ce changement, une réalité plus politique, à savoir répondre aux critiques de la Commission européenne et réduire le risque d'une amende potentiellement massive.
Une page de résultats plus ouverte… sur le papier
Concrètement, Google pourrait moins mettre en avant ses propres modules et afficher par défaut des services spécialisés concurrents, les fameux vertical search services, directement dans les résultats. Les premiers tests concerneraient l'hébergement, avant un éventuel élargissement à d'autres catégories.
Toujours selon Reuters, Google envisagerait aussi d'intégrer des flux d'informations en temps réel (hôtels, transports, réservations), placés au-dessus ou au-dessous des services tiers. Une manière de rester présent dans l'expérience utilisateur, tout en donnant davantage de visibilité à la concurrence.
Une réponse directe aux pressions du DMA
Depuis 2025, la Commission européenne reproche à Google de favoriser ses propres services au sein de Search, un point central du Digital Markets Act. Et les enjeux financiers sont loin d'être symboliques. En cas d'infraction avérée, l'amende pourrait atteindre jusqu'à 10% du chiffre d'affaires mondial du groupe.
Après avoir défendu ses premiers ajustements, Google semblerait désormais privilégier une stratégie plus pragmatique en multipliant les tests et documentant leur impact pour arriver face aux régulateurs européens avec des preuves concrètes d'ouverture.
Reste à savoir si ces nouvelles mises en avant permettront vraiment aux utilisateurs de sortir de l'écosystème Google, ou s'il ne s'agira que d'une navigation entre alternatives soigneusement intégrées à son interface. Réponse dans les prochaines semaines.
Le Digital Markets Act (DMA) est un règlement européen qui vise à limiter les pratiques anticoncurrentielles des grandes plateformes numériques considérées comme des « gatekeepers ». Il impose notamment de ne pas favoriser ses propres services au détriment de concurrents lorsque la plateforme contrôle un point d’accès majeur, comme un moteur de recherche. Dans le cas de Google Search, l’enjeu porte sur la mise en avant de services maison (modules, encarts, résultats enrichis) qui peuvent détourner le trafic des comparateurs tiers. En cas de non-conformité, le DMA prévoit des amendes pouvant aller jusqu’à 10% du chiffre d’affaires mondial de l’entreprise concernée.
Que signifie « vertical search services » et en quoi ces services sont-ils différents d’un moteur de recherche généraliste ?Les « vertical search services » sont des moteurs ou comparateurs spécialisés sur un domaine précis, comme les hôtels, les vols, les restaurants ou les transports. Contrairement à un moteur généraliste qui indexe une grande variété de pages, un vertical structure les résultats autour de données métiers (prix, disponibilités, horaires, avis) et d’outils de tri. Ils sont souvent alimentés par des catalogues et des flux partenaires, ce qui leur permet d’afficher des résultats transactionnels directement exploitables. La question clé, côté concurrence, est de savoir à quelle place ces services apparaissent par rapport aux modules et formats privilégiés du moteur dominant.
Que sont des « flux d’informations en temps réel » dans les résultats de recherche, et quelles données cela implique ?Un flux d’informations en temps réel correspond à des données qui évoluent fréquemment et doivent rester à jour dans l’interface, comme les prix, les disponibilités, les retards de transport ou les créneaux de réservation. Techniquement, ces informations proviennent souvent de feeds normalisés fournis par des partenaires (agrégateurs, compagnies, plateformes de réservation) via des API ou des fichiers de flux mis à jour en continu. L’intérêt est d’afficher des informations actionnables sans renvoyer immédiatement vers un site tiers, ce qui peut améliorer la rapidité pour l’utilisateur. En contrepartie, cela pose des enjeux de concurrence et de répartition de la visibilité, car la plateforme qui affiche le flux contrôle l’entrée dans le parcours d’achat.