Ils nous accompagnent partout. Au travail, dans les transports, à la salle de sport ou à la maison, les casques et écouteurs sont des objets qui font partie intégrante du quotidien. Une enquête européenne récente invite pourtant à regarder ces produits sous un angle rarement abordé : leur composition chimique.

Aucune marque n'est épargnée. Des substances toxiques ont été identifiées dans 81 références. © Matthieu Legouge
Aucune marque n'est épargnée. Des substances toxiques ont été identifiées dans 81 références. © Matthieu Legouge

Menée dans le cadre du projet ToxFree, cette étude révèle la présence généralisée de substances potentiellement nocives dans les matériaux utilisés pour fabriquer casques et écouteurs, sur des modèles grand public largement diffusés.

Des substances potentiellement nocives détectées dans tous les produits analysés

L’enquête repose sur l’analyse en laboratoire de 81 casques et écouteurs, dont une soixantaine commercialisés en Europe. Le constat est clair : des substances chimiques préoccupantes ont été détectées dans 100 % des produits testés, sans distinction de gamme, de prix ou de notoriété de la marque. Aucune marque n'est épargnée, ni aucun segment. Les casques gaming comme les Logitech G733 Lightspeed, Razer Kraken V3, SteelSeries Arctis Nova 5, jusqu'aux écouteurs true wireless et autres sportifs. L'étude cite notamment les Airpods Pro 2, les Airpods Max, les flagships de Sony avec les Sony WH-1000XM5 et
Sony WF-1000XM5, les Marshall Major V et Motif II ANC, le Beats Solo 4 et bien d'autres encore…

Parmi les composés identifiés figurent des bisphénols (BPA et BPS), des phtalates et différents retardateurs de flamme, connus pour leurs effets de perturbation endocrinien. Ces substances sont couramment utilisées pour rigidifier les plastiques ou améliorer leur résistance dans le temps.

Les Apple Airpods 3. © Guillaume Fourcadier pour Clubic
Les Apple Airpods 3. © Guillaume Fourcadier pour Clubic

Le point d’attention soulevé par les chercheurs concerne leur migration potentielle par le contact cutané. Casques et écouteurs sont en contact direct avec l’épiderme, parfois dans des conditions favorables à ce transfert : chaleur, transpiration, frottements répétés. Les études existantes montrent que ces composés peuvent être absorbés par voie cutanée, notamment lors d’un usage prolongé.

Les auteurs se veulent toutefois prudents : aucun danger immédiat n’est identifié. L’inquiétude porte davantage sur une exposition chronique, cumulative, susceptible de poser problème à long terme, en particulier chez les adolescents et les utilisateurs intensifs. L’étude s’appuie, en effet, sur des mesures quantitatives des concentrations présentes dans les matériaux, atteignant jusqu’à plusieurs centaines de mg/kg sur certains composants avec de larges dépassements des seuils indicatifs de référence définis par les autorités européennes. En revanche, elle ne permet pas d’évaluer l’exposition réelle des utilisateurs ni la migration effective de ces substances vers la peau en conditions d’usage courant.

Aucune corrélation avec le prix ou la qualité perçue

Autre enseignement majeur de l’étude : le prix, la réputation d’une marque ou le positionnement marketing ne constituent pas des indicateurs fiables de la composition chimique d’un casque ou d’un écouteur. Des modèles haut de gamme côtoient des produits d’entrée de gamme dans les résultats, sans hiérarchie évidente.

Parmi les écouteurs et casques que nous avons testés, les différences de restitution sonore, de signature audio ou d’ergonomie sont immédiatement perceptibles à l’usage. En revanche, rien ne permet aujourd’hui au consommateur d’évaluer la nature des matériaux utilisés, faute d’informations claires et normalisées.

C’est précisément ce manque de transparence que dénoncent les ONG à l’origine de l’enquête, qui appellent à une régulation plus stricte des perturbateurs endocriniens et à une meilleure information sur la composition des produits électroniques grand public.

Un sujet appelé à prendre de l’ampleur

À ce stade, l’enquête ne remet pas en cause l’usage des casques et écouteurs, ni leur place centrale dans nos pratiques numériques. Elle met néanmoins en lumière un aspect que l'on s'attend à voir critiqués sur bien d'autres types de produits, comme les vêtements, les jouets ou, côté produit tech, dans des produits en contact avec des aliments comme les airfryer et autres robots cuiseurs.

Pour finir, l’étude souligne la nécessité d’une meilleure transparence industrielle et pose, en filigrane, la question du cadre réglementaire appliqué aux objets électroniques en contact direct avec la peau. Un terrain encore peu exploré, mais désormais difficile à ignorer.