La machine à fabriquer de la musique par intelligence artificielle génère des milliards de morceaux. Mais qui a vraiment créé les mélodies à la base ? Sony a peut-être trouvé comment répondre à cette question.

Sony vient de dévoiler une technologie capable d'identifier les œuvres originales dissimulées dans des morceaux produits par intelligence artificielle. L'information, rapportée en premier par le média financier Nikkei Asia, porte encore plus loin la sophistication du bras de fer qui oppose depuis plusieurs années l'industrie musicale aux développeurs d'IA générative. Pour comprendre la portée de cette annonce, il faut revenir sur l'escalade juridique et technologique en cours depuis que des plateformes comme Suno ou Udio ont transformé la génération de musique en produit grand public, comme nous l'avions décrit dans notre article sur le deal Warner-Udio
Comment Sony traque les emprunts cachés dans la musique IA
Le système développé par Sony AI fonctionne selon deux modes distincts. Lorsqu'un développeur d'IA accepte de coopérer, Sony accède directement aux données d'entraînement du modèle concerné pour identifier les œuvres utilisées à la source. En l'absence de coopération, l'outil compare les morceaux générés avec un catalogue d'œuvres existantes afin d'estimer quelles compositions originales ont pu servir de base.
Ce n'est pas une simple reconnaissance de motifs sonores. L'approche repose sur ce que les chercheurs appellent des « empreintes neurales », une technique qui encode les éléments musicaux, mélodies, harmonies, rythmes, sous forme de représentations numériques. Cela permet de détecter non seulement les copies directes, mais aussi les reprises, les remixes et les dérivés partiels produits par un générateur, là où les systèmes traditionnels de reconnaissance audio auraient échoué. Sony AI, branche recherche et développement du groupe japonais, a vu ses travaux acceptés dans une conférence internationale spécialisée, sans toutefois annoncer de déploiement commercial à ce stade.
Une course aux armements que Sony ne mène pas seul
Cette annonce ne sort pas du vide. En septembre 2025 déjà, Sony Music et Universal Music Group avaient pris des participations dans SoundPatrol, un laboratoire issu de l'université Stanford, qui développait une technologie comparable de détection par empreinte neurale. Le fait que Sony Group mène en parallèle ses propres travaux en interne témoigne de l'urgence ressentie par l'industrie. En mars 2025, Sony Music avait d'ailleurs réclamé le retrait de plus de 75 000 contenus générés par IA imitant ses artistes, dans le cadre d'un bras de fer avec le gouvernement britannique sur la réforme du droit d'auteur.
L'enjeu dépasse la simple protection des catalogues. Sony envisage de faire de cette technologie le socle d'un mécanisme de partage des revenus : chaque créateur dont l'œuvre aurait alimenté un morceau d'IA pourrait être rémunéré proportionnellement à sa contribution. C'est précisément ce modèle que cherchait à encadrer le deal entre Warner et Udio, qui promettait « rémunération et reconnaissance » aux artistes licenciés. Pendant ce temps, OpenAI travaillerait sur son propre outil de génération musicale, ajoutant une pression supplémentaire sur un secteur qui n'a pas fini de chercher ses règles du jeu.
La technologie est là. La volonté juridique aussi. Ce qui manque encore, c'est un cadre global que les plateformes accepteront de respecter sans y être contraintes par un tribunal.