Un ingénieur qui n'écrit plus une ligne de code depuis deux mois. Un directeur produit qui annonce que Claude se programme lui-même. Anthropic vend du rêve, mais la réalité est plus nuancée que le storytelling.

Mike Krieger a pris le micro au Cisco AI Summit pour expliquer Claude avait pris la main sur l'ensemble du code de l'entreprise. © Cisco
Mike Krieger a pris le micro au Cisco AI Summit pour expliquer Claude avait pris la main sur l'ensemble du code de l'entreprise. © Cisco

Fin janvier 2026, Boris Cherny, responsable de Claude Code chez Anthropic, déclenche un mini séisme sur X. Il affirme ne plus avoir écrit une seule ligne de code depuis plus de deux mois, tout déléguant à son propre outil. Quelques jours plus tard, Mike Krieger, directeur produit de l'entreprise, enfonce le clou lors du Cisco AI Summit en affirmant que « presque 100% » du code d'Anthropic serait désormais généré par intelligence artificielle. Comme le rapporte Fortune, cette déclaration intervient alors que le secteur tech s'interroge sur la place des développeurs dans un monde où les machines codent.

Quand les chiffres contredisent les tweets

Boris Cherny affirme avoir expédié 22 pull requests un jour, puis 27 le lendemain, chacune « 100% écrite par Claude ». Il se vante de ne même plus faire « les petites modifications à la main ». Mike Krieger renchérit en affirmant que les ingénieurs d'Anthropic envoient désormais des pull requests de 2 000 à 3 000 lignes entièrement générées par IA. Le message est clair : l'humain ne touche plus au clavier, il supervise.

Claude AI
  • Upload de fichiers pouvant aller jusqu'à 100 000 tokens (75 000 mots environ)
  • Personnalisation avancée
  • Conception éthique
9 / 10

Sauf qu'un porte-parole d'Anthropic tempère immédiatement. À l'échelle de l'entreprise, la proportion de code généré par IA se situe entre 70% et 90%. Pour Claude Code spécifiquement, environ 90% de son code est écrit par Claude Code lui-même. On est loin du « 100% » martelé par Cherny. Cette dissonance entre le discours des ingénieurs vedettes et les données officielles pose question : s'agit-il d'une exagération marketing ou d'une réalité fragmentée selon les équipes ?​

Le grand écart avec le reste de l'industrie

Anthropic n'est pas la première entreprise à automatiser sa production de code, mais elle est la seule à afficher de tels pourcentages. Microsoft, qui a adopté Claude Code au détriment de son propre GitHub Copilot, plafonne à 30% de code généré par IA selon Satya Nadella. Salesforce affiche des chiffres similaires. Une étude publiée dans la revue Science en janvier 2026 montre que seulement 29% des fonctions Python sur GitHub aux États-Unis sont générées par IA.

Cette différence massive s'explique en partie par un biais évident : Anthropic développe l'outil qu'elle utilise. Elle a tout intérêt à maximiser son usage en interne pour valider sa promesse commerciale. Cherny le reconnaît lui-même en prédisant que « la plupart de l'industrie verra des statistiques similaires dans les mois à venir ». Traduction : personne n'y est encore, mais nous oui. Plus intéressant encore, l'entreprise modifie aussi sa stratégie de recrutement en privilégiant désormais les généralistes aux spécialistes, estimant que « le modèle peut combler les détails ». Une transformation qui ressemble davantage à une adaptation forcée qu'à une évolution naturelle du métier.