La 5G se déploie à toute vitesse et les chantiers s'enchaînent, comme les conflits. La cour d'appel de Paris vient de confirmer que laisser ses techniciens attendre sur un chantier sans pouvoir travailler, ça a un prix.

Painhas Énergie, un prestataire télécom mandaté pour moderniser des antennes SFR et Huawei, avait confié une partie des chantiers 5G à un sous-traitant, FLKore. Un choix qui a débouché sur cinq années interminables de procédure judiciaire. Le 30 janvier 2026, la cour d'appel de Paris a rendu un arrêt, consulté par Clubic, par lequel elle condamne définitivement Painhas Énergie à payer une lourde somme à FLKore, dont les techniciens se retrouvaient régulièrement sur site sans pouvoir travailler.
Quand le déploiement 5G vire au casse-tête pour les sous-traitants télécom
En 2019, la France s'emballe pour la 5G. L'opérateur SFR et l'équipementier Huawei lancent de vastes chantiers pour moderniser leurs réseaux, et ils font appel à Painhas Énergie, spécialisée dans l'installation électrique, le câblage et les systèmes télécom, qui sous-traite une partie de ses interventions à FLKore. Le contrat, signé le 22 mai 2019, porte sur des missions de migration d'antennes de la 4G vers la 5G.
Sur le terrain, le déploiement de la 5G ressemble rarement à un long fleuve tranquille. Qu'il s'agisse des retards, du matériel qui manque ou d'un accès à un site impossible au dernier moment, les imprévus font partie du quotidien. C'est justement pour protéger FLKore de ces aléas que le contrat qui pose problème intégrait une clause spécifique à son article 10, sobrement intitulée « charge de travail ».
La clause dit que si les techniciens de FLKore se retrouvent à attendre sur un chantier pour des raisons qui ne dépendent pas d'eux (donc matériel en retard, site inaccessible ou mauvaise organisation de Painhas Énergie), cette dernière leur doit une compensation de 900 euros par jour et par équipe. Une règle du jeu claire, posée noir sur blanc, et qui va peser lourd dans la suite de notre histoire.
La facture à 45 000 euros qui a tout déclenché entre les deux sociétés
En avril 2020, FLKore tire la sonnette d'alarme. Pendant près de cinq mois, ses équipes ont été régulièrement bloquées sur pas moins de douze chantiers différents, sans pouvoir travailler, pour un total de dix-huit semaines précisément. Le 22 avril 2020, le sous-traitant émet une facture de 45 683,35 euros au titre de l'indemnité de temps d'inactivité expressément prévue dans le contrat, facture envoyée à Painhas Énergie.
Painhas Énergie refuse de régler la note. FLKore envoie alors deux mises en demeure, les 29 avril et 29 mai 2020, sans obtenir le moindre règlement. Le 28 janvier 2021, le sous-traitant saisit le tribunal de commerce de Paris. C'est le début d'une procédure longue, qui va s'étirer cinq ans avant que les juges ne rendent leur verdict définitif.
Le 21 septembre 2022, le tribunal de commerce tranche en faveur de FLKore. Il condamne Painhas Énergie à verser 41 530,32 euros (un montant qui correspond à la facture, déduction faite d'un supplément de 10%), plus 3 000 euros de frais de procédure. La demande de dommages et intérêts formulée par Painhas Énergie est, elle, balayée.
Absent à l'audience, le sous-traitant obtient quand même gain de cause
Mais Painhas Énergie ne s'avoue pas vaincue et fait appel en décembre 2022. Devant la cour, la société conteste la réalité des temps d'inactivité et affirme que certains techniciens de FLKore n'auraient pas été présents sur les chantiers. Elle réclame aussi un délai de 24 mois pour payer et 10 000 euros de dommages et intérêts.
À l'audience du 7 janvier 2026, les juges découvrent que FLKore a bien mandaté un avocat, mais l'entreprise ne se présente pas et ne fournit aucun argument écrit à la cour, qui statue malgré tout. Elle conclut d'ailleurs que Painhas Énergie n'a apporté aucune preuve capable de contredire la facture de FLKore, qui détaillait pourtant précisément chaque temps d'attente, site après site.
La cour d'appel, dans son arrêt du 30 janvier 2026, a ainsi confirmé le jugement de première instance de 2022, et condamné définitivement Painhas Énergie à verser 41 530,32 euros à FLKore, et à supporter l'ensemble des dépens. La morale de l'histoire, c'est que dans les chantiers 5G comme ailleurs, une clause bien rédigée vaut parfois mieux qu'un long discours devant les juges.