La semaine dernière, nous rapportions une plainte selon laquelle des employés de Meta seraient en mesure de lire les conversations des utilisateurs sur WhatsApp pourtant protégées par le chiffrement de bout en bout. Si Meta rejette catégoriquement ces accusations, une enquête fédérale américaine va s'intéresser de plus près à la question.

Affaire WhatsApp : suite aux accusations, une enquête est en cours sur le chiffrement des messages
Affaire WhatsApp : suite aux accusations, une enquête est en cours sur le chiffrement des messages

L'affaire prend une ampleur inattendue - et plutôt bienvenue. Selon Bloomberg une enquête du département du Commerce américain examine depuis plusieurs mois les témoignages d'anciens prestataires de Meta qui affirment avoir eu un accès direct aux conversations, pourtant censées être protégées par un chiffrement inviolable.

Des modérateurs affirment avoir consulté des messages chiffrés

Deux anciens modérateurs de contenu, employés via la société de conseil Accenture, ont témoigné devant un enquêteur du Bureau of Industry and Security. Leur récit contredit frontalement les déclarations publiques de Meta : ils assurent avoir disposé d'un "accès illimité" aux messages WhatsApp. Le rapport d'enquête, daté de juillet 2025 et baptisé "Operation Sourced Encryption", précise que ces modérateurs travaillaient depuis un bureau à Austin, au Texas, dès fin 2018.

Larkin Fordyce, l'un des deux témoins identifiés dans le document, confirme avoir été interrogé par les autorités. Il explique que les équipes de Facebook pouvaient "extraire ce qu'elles voulaient" avant même que les modérateurs obtiennent leur propre accès aux communications. Une autre source mentionne avoir vérifié cet accès auprès d'un employé de Facebook, lequel confirmait pouvoir remonter dans l'historique des messages WhatsApp chiffrés, notamment dans le cadre d'affaires criminelles.

Le Bureau of Industry and Security, qui supervise les contrôles des exportations américaines, dément pourtant mener une enquête sur WhatsApp ou Meta. Sa porte-parole Lauren Weber Holley précise que les "affirmations de l'employé concernant les pratiques de chiffrement de WhatsApp ne sont pas fondées et sortent du cadre de son autorité". Cette déclaration ne permet toutefois pas de clarifier la nature exacte de l'enquête, qui selon Bloomberg, était toujours active en janvier 2026.

Un protocole de chiffrement théoriquement inviolable

Meta balaye ces accusations. Andy Stone, porte-parole de l'entreprise, réaffirme que "ce que ces personnes prétendent est impossible, car WhatsApp, ses employés et ses prestataires ne peuvent pas accéder aux communications chiffrées des utilisateurs". L'entreprise rappelle qu'elle utilise le protocole Signal depuis 2016, un standard reconnu qui chiffre les messages sur l'appareil de l'expéditeur avec des clés numériques stockées uniquement sur les téléphones des utilisateurs.

Rappelons qu'avec le chiffrement de bout en bout, seuls l'émetteur et le destinataire possèdent les clés permettant de déchiffrer les messages. Techniquement, même les serveurs de WhatsApp ne devraient pouvoir lire que des données illisibles. Le site de la messagerie reconnaît néanmoins une exception : lorsqu'un utilisateur signale un message problématique, WhatsApp reçoit jusqu'à cinq des derniers messages envoyés, ainsi que certaines métadonnées.

Les témoignages des modérateurs décrivent un accès bien plus étendu. Ils précisent d'ailleurs que des employés étrangers affectés à la modération de contenu en Israël, en Irlande, en Inde et en Chine, disposaient du même accès aux messages via un portail interne.

Cette enquête fédérale s'ajoute donc à la plainte collective initiée par des utilisateurs de cinq pays, lesquels affirment que Meta peut "stocker, analyser et accéder à pratiquement toutes les communications" sur WhatsApp.

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