L'application échappe enfin à l'interdiction américaine. Mais entre un conseil d'administration à sept têtes et ByteDance qui garde un pied dans la porte, difficile de savoir qui tient vraiment les rênes.

La transaction est bouclée. Après des années de menaces, de sursis présidentiels et de négociations à tiroirs, TikTok a officiellement transféré ses activités américaines à une nouvelle entité contrôlée par des investisseurs non chinois. L'annonce a été faite ce jeudi 22 janvier par Shou Chew, le patron de la plateforme, dans un mémo interne. Pour comprendre ce montage financier aux allures de casse-tête géopolitique, il faut revenir sur les mois de tractations qui ont précédé cette signature. L'administration Trump avait fixé une échéance, ByteDance a plié. Reste à savoir si le résultat ressemble à une véritable cession ou à un arrangement de façade.
Oracle, Silver Lake et un fonds émirati au capital
La nouvelle structure juridique, baptisée TikTok USDS Joint Venture LLC, redistribue les cartes entre plusieurs acteurs. Oracle, Silver Lake et MGX, un fonds souverain émirati lancé en 2024, détiennent chacun 15% du capital, soit 45% à eux trois. ByteDance conserve 19,9% des parts, juste sous le seuil des 20% qui déclencherait les foudres de la législation américaine. Le reste est réparti entre d'autres investisseurs liés à ByteDance et de nouveaux arrivants, dont le family office de Michael Dell. Au total, les investisseurs non chinois contrôlent 80,1% de l'entité américaine.
Oracle hérite du rôle de gendarme technologique. L'entreprise de Larry Ellison supervisera le stockage des données américaines dans ses serveurs sécurisés et veillera au respect des règles de sécurité nationale. Un poste stratégique pour une société déjà partenaire cloud de TikTok depuis plusieurs années. Silver Lake, fonds californien spécialisé dans la tech, partage ce même pourcentage de 15%. Quant à MGX, ce nouveau venu dans le club des géants de l'investissement a déjà mis la main sur des participations dans xAI d'Elon Musk et OpenAI. La firme émiratie a également participé au projet d'infrastructure d'intelligence artificielle à 100 milliards de dollars annoncé par Trump en janvier dernier dans le cadre de l'initiative Stargate, aux côtés d'Oracle.
L'algorithme réentraîné, vraiment ?
Le point le plus sensible de l'accord concerne l'algorithme de recommandation, ce moteur de suggestion qui fait le succès de TikTok. Officiellement, la nouvelle entité va « réentraîner » cet algorithme en utilisant uniquement les données des utilisateurs américains. Oracle sera chargé de superviser cette opération et de garantir que les informations restent sur le sol américain. ByteDance, de son côté, garde la main sur la publicité et le commerce électronique, les segments les plus rentables de la plateforme.
Cette répartition des rôles soulève une question évidente : comment séparer proprement un algorithme de son créateur ? ByteDance a développé cette technologie, en maîtrise chaque rouage et conserve une participation au capital. Affirmer qu'un simple « réentraînement » suffit à couper les ponts relève de l'exercice de communication. D'autant que la Chine garde un contrôle strict sur l'exportation de ses technologies sensibles, et que Pékin doit encore valider l'accord. Le conseil d'administration de sept membres comprend quatre Américains, dont Shou Chew lui-même. Adam Presser, ancien responsable des opérations et de la sécurité chez TikTok, devient le nouveau directeur général de l'entité américaine.
