Une vaste étude menée par Geolab dévoile un taux de dégradation des batteries des véhicules électriques de 2,3% par an. Si la recharge ultra-rapide accélère l'usure, les performances demeurent remarquablement solides dans la durée.

Les batteries de véhicules électriques se dégradent de 2,3% par an en moyenne, selon une étude. © Karolis Kavolelis / Shutterstock
Les batteries de véhicules électriques se dégradent de 2,3% par an en moyenne, selon une étude. © Karolis Kavolelis / Shutterstock

Faut-il avoir peur de brancher son véhicule électrique sur une borne rapide ? La question taraude les conducteurs depuis l'explosion des infrastructures de recharge. Geotab, référence des solutions de gestion d’actifs connectés, apporte enfin des réponses chiffrées avec une étude monumentale parue mardi en ligne et portant sur 22 700 véhicules. Et surprise, les batteries encaissent plutôt bien, même si l'usage intensif des bornes rapides laisse quelques traces.

Des batteries qui vieillissent, mais pas si vite

Le premier constat que l'on peut faire en lisant l'étude, c'est que les batteries perdent en moyenne 2,3% de leur capacité chaque année. C'est légèrement plus qu'en 2024, où Geotab avait mesuré cette perte à 1,8%. La hausse s'explique notamment par la multiplication des bornes rapides, les conducteurs qui roulent davantage et les usages qui s'intensifient. Bref, les véhicules électriques sortent de leur niche pour devenir des outils du quotidien.

Concrètement, qu'est-ce que ça change pour vous ? Prenons une batterie standard de 60 kWh. Après plusieurs années d'utilisation, son « état de santé » descend à 80%. Elle se comporte alors comme une batterie de 48 kWh. Votre autonomie diminue progressivement, mais vous restez largement dans les clous pour vos trajets habituels. Rien de dramatique, donc.

Charlotte Argue, senior manager pour la mobilité durable chez Geotab, le martèle : « Nos dernières analyses montrent que les batteries conservent des performances satisfaisantes bien au-delà des cycles de remplacement généralement anticipés par les flottes. » L'étude couvre pas moins de 21 marques et modèles différents, analysés sur plusieurs années grâce aux données télématiques récoltées.

Il faut parfois être un brin stratégique avec la recharge de son véhicule, pour préserver sa batterie le plus longtemps possible. © Electra
Il faut parfois être un brin stratégique avec la recharge de son véhicule, pour préserver sa batterie le plus longtemps possible. © Electra

La recharge rapide devient le facteur numéro un de dégradation des batteries

Maintenant, parlons du nerf de la guerre, à savoir ces fameuses bornes ultrarapides qui se multiplient sur les axes routiers. Elles changent la donne, c'est indéniable. Les véhicules qui y recourent principalement, avec des puissances supérieures à 100 kW, affichent une dégradation pouvant grimper jusqu'à 3% annuels de la baterrie électrique. À l'opposé, ceux qui privilégient la recharge douce, en courant alternatif à domicile, plafonnent autour de 1,5%.

Faut-il pour autant fuir les bornes rapides comme la peste ? Pas vraiment. Pour les flottes professionnelles et les gros rouleurs, la recharge rapide compte vraiment, car elle représente moins de temps perdu, une meilleure rotation des véhicules, et au final une productivité à la hausse. Des gains opérationnels qui compensent largement l'usure légèrement supérieure et réduisent même le coût par kilomètre sur la durée de vie complète du véhicule.

Le climat et l'utilisation intensive comptent aussi, mais avec un impact moindre. Rouler dans une région chaude ajoute seulement 0,4% de dégradation supplémentaire par an, l'usage intensif 0,8%. Autrement dit, la puissance de recharge reste de loin le facteur le plus important. Et bonne nouvelle, il suffit d'adapter un peu ses habitudes pour garder le contrôle. Rien d'insurmontable.

Trouver le bon équilibre pour préserver sa batterie

L'étude démonte au passage quelques mythes tenaces. Utiliser toute la plage de charge, du quasi-vide au quasi-plein, n'abîme pas spécialement votre batterie, par exemple. Ce qui la fatigue vraiment, c'est de laisser son véhicule stagner longtemps et répétitivement au-dessus de 80% ou en-dessous de 20%. En clair, utilisez votre véhicule normalement sans vous prendre la tête avec des règles trop strictes.

Charlotte Argue le résume bien. « Pour les flottes, l'enjeu est avant tout de trouver le bon équilibre. Utiliser la puissance de recharge la plus faible possible tout en répondant aux exigences opérationnelles peut avoir un impact mesurable sur la santé des batteries à long terme, sans pour autant limiter la disponibilité des véhicules. » Mieux vaut donc faire preuve de pragmatisme, en rechargeant doucement dès que l'on peut, et vite quand nécessaire.

Les données de votre véhicule sont plus que précieuses, car en surveillant l'état réel de votre batterie, vous pouvez adapter vos habitudes de recharge sans vous compliquer la vie. Le message à retenir ? Arrêtez de culpabiliser chaque fois que vous branchez votre voiture sur une borne rapide. Les batteries actuelles sont conçues pour tenir le coup.