C’est fini l’époque où l’on ouvrait l’application uniquement pour se vanter de ses performances passées. Strava veut désormais dicter vos efforts futurs, et pour la première fois, ce ne sont pas seulement les marathoniens qui sont visés. Mais ce conseil a un prix.

Si vous pensiez que Strava se contenterait éternellement d’être le réseau social de la transpiration, vous avez manqué un épisode. Alors que Garmin et Apple ont depuis longtemps intégré des suggestions d'entraînement basées sur la physiologie, l'application orange accusait un retard technologique gênant pour un service facturant un abonnement mensuel. Comme le rapporte Android Central, la plateforme déploie enfin une fonctionnalité majeure : les « Instant Workouts ». Pour comprendre ce revirement, il faut oublier le simple tracking GPS et regarder du côté de la rétention d'utilisateurs : votre historique de course ne suffit plus à vous faire rester.
L’algorithme prend les commandes du lundi matin
Le principe est d’une simplicité redoutable, mais marque une rupture nette avec l'ADN passif de l'application. Chaque lundi, l'intelligence artificielle de Strava (baptisée sobrement Athlete Intelligence) analyse vos activités récentes pour générer des suggestions d'entraînement personnalisées. Là où la fonctionnalité devient intéressante, c’est qu’elle ne se limite pas à vous dire de courir plus vite. L’outil propose quatre intentions distinctes : maintenir votre niveau, construire du volume, récupérer ou explorer de nouveaux horizons.

- Suivi précis des activités sportives.
- Fonctionnalités sociales pour la motivation.
- Analyse détaillée des performances.
Ce qui frappe ici, c'est l'élargissement spectaculaire du périmètre. Après une phase de test cantonnée à la course à pied et à la musculation, ce coach virtuel gère désormais plus de 40 types de sports. C'est précisément là que Strava joue sa carte maîtresse : un cycliste peut recevoir une séance pertinente, tout comme une adepte du Pilates ou du ski de fond. Pour les activités extérieures, le système couple ces suggestions à sa fameuse « Heatmap » (carte de chaleur) pour générer automatiquement un itinéraire sécurisé et populaire dans votre zone géographique.
Néanmoins, l'intégration souffre d'une friction matérielle notable au lancement. Si l'idée est séduisante sur le papier, l'exécution reste pour l'instant prisonnière du smartphone. La possibilité d'envoyer ces entraînements directement vers une montre Garmin ou Apple Watch est promise pour « bientôt », obligeant pour l'heure les athlètes à mémoriser la séance ou à courir téléphone en main. Une limitation technique qui fait un peu tache face à la fluidité native d'un écosystème propriétaire. Et bien entendu, cette intelligence n'est accessible qu'aux abonnés payants, verrouillant encore un peu plus l'expérience derrière le paywall.
Une stratégie de survie face aux géants du hardware
Il ne faut pas s'y tromper : ce n'est pas un simple ajout de confort, c'est une manœuvre défensive indispensable. Jusqu'ici, Strava s'appuyait sur des acquisitions externes comme Runna ou The Breakaway pour fournir des plans structurés. Avec les « Instant Workouts », la plateforme tente de reprendre la main sur la valeur ajoutée du coaching, un terrain où elle se faisait dangereusement distancer par les montres connectées. Garmin propose depuis des lustres des suggestions quotidiennes basées sur la charge d'entraînement et la variabilité cardiaque, Fitbit vient de lancer son propre coach conversationnel.
L'approche de Strava se veut cependant plus flexible, visant une cible moins obsédée par la métrique physiologique pure que par la motivation. Là où une montre Garmin vous hurlera dessus parce que votre « statut d'entraînement » est improductif, Strava parie sur une approche plus ludique et moins culpabilisante. C'est une réponse directe à la « fatigue de la donnée » : plutôt que de vous noyer sous des graphiques de VO2 Max, l'application vous donne simplement quelque chose à faire.
Cette stratégie révèle aussi une volonté de capturer le sportif « hybride » qui ne possède pas forcément la dernière montre à 800 euros mais qui est prêt à payer quelques euros par mois pour qu'on lui dise quoi faire à la salle de sport. En s'ouvrant à 40 disciplines, Strava tente de devenir le coach universel, s'affranchissant de la dépendance au matériel. C'est audacieux, mais risqué : si l'IA se contente de générer des séances génériques sans prendre en compte la fatigue réelle (que seul un capteur au poignet peut mesurer précisément), le conseil pourrait vite devenir contre-productif, voire blessant.
Source : Strava