C’est peut-être le coup de grâce pour l’Android « libre » tel que nous le connaissions. Google vient discrètement de dynamiter le calendrier de publication de son code source, laissant la communauté des développeurs indépendants totalement sur le carreau.

Android n’est pas « fermé ». Pas encore. Mais Google vient d’imposer un calendrier qui sent la barrière. © Shutterstock/Naïm BADA
Android n’est pas « fermé ». Pas encore. Mais Google vient d’imposer un calendrier qui sent la barrière. © Shutterstock/Naïm BADA

Vous pensiez que les récentes restrictions sur le sideloading étaient le pire scénario ? Détrompez-vous. Comme le rapporte Android Authority, Mountain View opère un virage brutal dans sa gestion de l’AOSP (Android Open Source Project). Ce n'est plus une simple évolution technique, c'est un changement de paradigme qui risque de décourager même les bidouilleurs les plus acharnés. Pour comprendre la gravité de la situation, il faut oublier les communiqués de presse lisses et regarder la réalité en face : le robinet du code source est en train d'être coupé.

Google impose son calendrier : l’AOSP publié deux fois par an

Jusqu'ici, la règle tacite était simple : Google sortait une mise à jour Pixel, et le code source suivait presque immédiatement sur les serveurs de l'AOSP. C'était le signal de départ pour LineageOS et consorts. Cette mécanique bien huilée appartient désormais au passé. À partir de cette année 2026, Google ne publiera le code source de sa plateforme que deux fois par an, au deuxième et quatrième trimestre.​

Concrètement, cela signifie que les mises à jour intermédiaires (les fameuses QPR) resteront exclusives aux Pixel pendant des mois. Si une faille est corrigée ou une fonctionnalité ajoutée en janvier, les créateurs de ROMs customs devront attendre le printemps pour voir la couleur du code. Google justifie ce verrouillage par une volonté d'aligner ses sorties sur son modèle de développement « trunk stable ». Une explication technique qui peine à masquer la réalité : l'accès immédiat au code n'est plus une priorité.

Un décalage de plus avec la communauté Android

Ce délai imposé n'est pas anodin ; il brise les jambes de l'écosystème alternatif. Les ROMs customs vivent de leur réactivité. En forçant les développeurs à travailler sur des versions périmées, Google rend leurs créations mécaniquement moins attractives que la version officielle. On est loin de l'époque où l'on pouvait garder Android ouvert, alors que la fronde des développeurs s'organise pour défendre leurs droits. Ici, le géant ne bloque rien légalement, il se contente d'affamer la concurrence logicielle.

Cette décision fait écho aux inquiétudes que nous soulevions déjà l'an dernier : le développement open source d'Android perdrait-il en transparence ? La réponse semble malheureusement positive. En ne livrant le code que par blocs semestriels, Google transforme l'AOSP en une simple archive historique plutôt qu'en une base de travail active. Les développeurs tiers se retrouvent relégués au rang de spectateurs, obligés de patienter pendant que Google et ses partenaires privilégiés occupent seuls le terrain médiatique et commercial.