WebXfrance veut fédérer les sites internet roses

Par Jérôme Bouteiller
le 14 octobre 2001 à 00h00
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Samedi 13 Octobre s'est tenue la deuxième édition de WebXfrance, une conférence visant à structurer l'internet rose.

Samedi 13 Octobre s'est tenue la deuxième édition de WebXfrance, une conférence visant à structurer l'internet rose.

Il n'y a pas que les FirstTuesday qui attirent les entreprenautes. Lancée en Juin 2001 par Yannick DESLANDES, un informaticien de 25 ans, l'internet rose dispose désormais chaque semestre de WebXfrance, une conférence visant à réunir tous les acteurs professionnels du secteur.

Ayant dès sa création opté pour l'accès payant, l'internet rose constitue certainement un exemple à suivre pour l'ensemble de la NetEconomie. Visiblement très rentable, ce secteur connait néanmoins quelques problèmes.

En simplifiant, la chaîne financière est la suivante : un webmaster oriente un internaute vers un site rose payant, dont l'accès se fait via une connexion internet surfacturée (jusqu'à 9.70 francs la minute). L'opérateur de boucle locale (France Telecom) surfacture l'internaute, une partie de cet argent est reversé à l'intermédiaire "télécom", qui fournit le kit de connexion, qui reverse encore à un "sponsor" qui édite le site rose, qui reverse enfin une partie de sa marge au webmaster, apporteur d'affaire, selon le principe de l'affiliation.

Premier problème : France Telecom a décidé de supprimer le 31 octobre le palier T70 à 9.70 francs la minute, suite à un certain nombre de plaintes d'internautes. Selon Eric L. et Stéphane BOIVIN, respectivement directeurs de CarpeDiem et Divertissements Cyber2000 Inc. (société opérant FaitduFric.com), les intermédiaires "Télécom" comme CreaNet, Gre ou NeoCom auraient trouvé une solution alternative mais celle ci reste encore secrète.

Les kits d'accès surfacturés ne sont toutefois pas le seul moyen de facturer l'internaute puisque de nombreux sites ont recours à la carte bancaire. Mais comme l'indique Eric L. avec une certaine ironie, "il faut bénéficier d'un certain poids financier pour que les banques acceptent d'activer des comptes de commerce électronique dans ce secteur". La conséquence est que les webmasters doivent se tourner vers des intermédiaires pour la facturation, qui réduisent encore leur marge.

Second problème : l'illégalité. Bien que l'accès par carte bancaire soit en mesure de constituer un filtre, une très grande majorité des sites reste accessible aux mineurs et certains webmasters redoutent une éventuelle réaction des pouvoirs publics à ce sujet, qui font pour le moment preuve de "tolérance". Autre point illégal : le travail au noir. Les millions de francs collectés chaque mois par les webmasters sont majoritairement cachés au Fisc, qui risque lui aussi de s'intéresser à ce point, au risque de fragiliser la pyramide financière. Troisième problème : l'usage de "contenus" volés.

Ex-Star du Porno, l'actrice hollandaise Zara WHITE, présente lors de WebXfrance pour son site ErosDelight.com souligne le préjudice : "J'ai horreur qu'on utilise mes photos sans mon autorisation. Je refléchis à une action juridique avec mon avocat mais ce sera difficile". Face à ce point précis, Yannick DESLANDES propose la création d'une charte "éthique", obligeant les webmasters à s'acquitter des droits sur les images.

Ces problèmes ne doivent toutefois pas masquer l'extraordinaire vitalité économique de l'internet rose. Directeur de AWE.fr, une régie publicitaire spécialisée dans le X, Alexandre G. souligne la rentabilité de ce secteur. "Nous avons des annonceurs internationaux qui acceptent de payer des CPM supérieurs à 100 francs pour apparaître sur des sites roses. Si ils le font, c'est parce qu'ils savent qu'ils gagneront parfois le double grâce à l'accès payant. Dans le X, la pub est très rentable !".

Particulièrement rentable, le X business est toutefois à la recherche de respectabilité. Yannick DESLANDES anticipe un web rose plus sérieux, plus capitalistique, respectant la législation fiscale et les droits d'auteurs. Preuve de cette "normalisation", des sites comme SexyAvenue.com, sexshop en ligne déjà présent sur des portails comme M6net.

Conservant le modèle qui a fait son succès, CarpeDiem devrait aussi lancer dans quelques jours Ludorama, une plate-forme de jeux à accès payant, afin de proposer une alternative au X pour ses milliers de webmasters partenaires. L'idée est de s'ouvrir à une population féminine ou plus jeune, et surtout de séduire les portails grand public et les communautés virtuelles, disposant de centaines de milliers de "petites mains", pouvant faire la promotion de Ludorama moyennant des commissions. Ancien ingénieur, Eric L., directeur général de CarpeDiem, évoque même l'usage du SMS surtaxé, de l'IP surtaxé, de l'audiotel ou même la répartition des revenus sur GPRS ou UMTS pour les prochains mois ou les prochaines années.

La prochaine édition de WebXfrance devrait avoir lieu en Février 2002 et nul doute qu'elle devrait intéresser une population bien plus large que les seuls amateurs de sites érotiques. Observatoire fabuleux pour l'internet payant, le secteur démontre une fois de plus son caractère indispensable dans l'adoption et la rentabilité des nouvelles technologies.
Modifié le 18/09/2018 à 14h09
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