SwitchBot quitte le terrain de la domotique pour s’attaquer à la décoration avec l’AI Art Frame, un cadre numérique à encre électronique qui promet de passer pour un vrai tableau. Après plusieurs mois accroché chez moi, le constat est contrasté et je ne peux m’empêcher de me poser cette simple question : « Tout ça pour ça » ?

Le SwicthBot AI Art Frame veut réinventer le cadre photo ©Mathieu Grumiaux pour Clubic
Le SwicthBot AI Art Frame veut réinventer le cadre photo ©Mathieu Grumiaux pour Clubic
7  / 10

Meilleurs prix

Les plus
  • L'illusion du vrai tableau fonctionne réellement
  • Dalle E Ink sans reflet ni lumière bleue
  • Aucun câble apparent, pose libre
  • Programmation des images
  • Génération d'images IA de qualité
Les moins
  • Prix très élevé
  • Abonnement mensuel pour la génération IA
  • Seulement 10 images stockables en local
  • Styles IA génériques et répétitifs
  • Autonomie de deux ans basée sur un changement hebdomadaire

Le cadre photo numérique traîne derrière lui une longue histoire d’échecs esthétiques. Trop brillant, trop plastique et disposant d’un écran de trop mauvaise qualité, il finissait invariablement relégué au fond d’une étagère poussiéreuse plutôt qu’accroché au mur. Près de vingt ans après la fin de cette mode, SwitchBot prend le problème par l’autre bout avec l’AI Art Frame : plutôt qu’une dalle LCD rétroéclairée, la marque mise sur de l’encre électronique couleur, la technologie E Ink Spectra 6, pour imiter la texture d’une véritable impression.

Le cadre existe en trois formats, du 7,3 pouces de bureau au 31,5 pouces qui vise les grands murs. J’ai vécu plusieurs mois avec la version intermédiaire, de 13,3 pouces et vendue 349,99 euros, sans doute la plus équilibrée de la gamme. Voici ce que ça change, et ce que ça coûte vraiment.

Test réalisé sur un exemplaire prêté par le constructeur.

La version 13 pouces, idéale pour habiller le mur d'une maison ©Mathieu Grumiaux pour Clubic

L’illusion du vrai tableau, enfin réussie

C’est la première chose qui frappe, et elle est décisive : ça marche. Accroché au mur, le SwitchBot AI Art Frame ne ressemble pas à un écran. Pas de reflet, pas de halo lumineux, pas cette impression de tablette oubliée sur un clou. L’encre électronique restitue les images avec une matité qui évoque vraiment le papier imprimé, et le cadre en alliage d’aluminium fait le reste du travail. Évidemment la photo ou l’image est invisible dans le noir, du fait de l’absence de rétroéclairage. J’ai vu certains s’en plaindre. C’est au contraire pour moi une vraie qualité. L’objet s’intègre à la décoration et se fait oublier rapidement. Plusieurs visiteurs ont mis un moment avant de comprendre qu’il s’agissait d’un objet connecté, jusqu’à ce que l’image change durant la journée. Cela reste le meilleur compliment qu’on puisse faire à ce genre de produit.

Cette réussite a une contrepartie technique qu’il faut connaître. La dalle affiche 1600 x 1200 pixels pour 150 ppp, une densité très éloignée de ce qu’on trouve sur n’importe quel écran moderne, et les pixels de la technologie E Ink sont physiquement plus larges. À trente centimètres, le grain se voit. Mais un tableau ne se regarde pas en mettant son nez dessus, et à distance normale de contemplation, la question ne se pose plus.

Même de près, l'illusion apportée par l'écran e INK est parfaite ©Mathieu Grumiaux pour Clubic

L’autre atout, c’est l’absence totale de câble apparent. Le cadre fonctionne sur une batterie de 2000 mAh rechargeable en USB-C, ce qui permet de le poser ou de l’accrocher sans se soucier d’une prise à proximité. SwitchBot pousse même la logique décorative jusqu’à rendre le produit compatible avec les cadres Rödalm d’Ikea, pour ceux qui veulent l’assortir à leur intérieur.

Pour l’installation enfin, le constructeur a pensé à tout. Vous pouvez le poser sur un meuble, grâce au pied en carton situé derrière l’objet. Pour l’accrocher au mur, la marque fournit plusieurs supports adhésifs qui permettent de le placer sans sortir la perceuse. Un gain de temps pour les moins bricoleurs, dont je fais partie.

©Mathieu Grumiaux pour Clubic

Mes photos et ses œuvres : un usage à deux vitesses

Le cadre accepte deux types de contenus, et je les ai utilisés à parts égales. D’un côté mes propres photos, de l’autre les œuvres générées par l’intelligence artificielle maison. Sur le papier, la promesse est séduisante : une galerie personnelle qui se renouvelle en permanence.

Le SwitchBot AI Art Frame propose deux modes IA spécifiques. Le premier consiste à remixer vos propres images en appliquant un style particulier. L’application en propose plusieurs, qui vont de la peinture à l’huile au manga, en passant par le comics américain ou le griffonnage noir et blanc. Ici, aucune commande n’est proposée. Vous ajoutez votre photo et l’IA s’occupe de l’adapter.

Le SwicthBot AI Art Frame fait aussi bien que n'importe quel modèle d'IA ©Mathieu Grumiaux pour Clubic

Les résultats sont corrects, propres, c’est suffisant pour donner un peu de relief à vos photos de vacances ou de soirée, mais les styles proposés tournent assez vite en rond. On reconnaît rapidement une esthétique générique, ce vernis lisse commun à beaucoup de générateurs d’images, qui finit par manquer de caractère quand l’objet est censé habiller un mur pendant des semaines. Mes propres photos, elles, font souvent plus d’effet, précisément parce qu’elles racontent quelque chose.

Le deuxième mode, lui, part d’une page blanche et vous invite à taper votre prompt pour obtenir le résultat que vous souhaitez. Vous pouvez partir dans toutes les directions et créer l’image la plus improbable possible. Vous pouvez également utiliser l’une de vos photos personnelles pour l’agrémenter d’éléments ou la modifier. Cette fois la créativité est poussée davantage, en fonction de votre prompt. Plus vous détaillez le style, les éléments ou l’agencement des personnes, animaux et objets, et plus vous obtiendrez un résultat personnalisé.

Remixez une photo via l'IA...©Mathieu Grumiaux pour Clubic
...ou partez d'un prompt pour vous en donner à coeur joie ©Mathieu Grumiaux pour Clubic

Le cadre photo n’étant qu’un outil de visionnage, toute l’intelligence artificielle est déportée dans le cloud, et la génération d’image, réalisée par un LLM propre à SwitchBot, prend un certain temps. Entre trente secondes à une minute pour les demandes les plus complexes. Comme je suis taquin, j’ai aussi essayé de générer des images plus suggestives, mais SwitchBot a pensé à intégrer des gardes-fous qui empêchent la génération de visuels à caractère violent ou sexuel.

Enfin, si vous n’avez aucune inspiration, vous pouvez aller piocher dans le stock d’œuvres d’art proposé par le constructeur, avec des chefs-d’œuvre comme La Jeune Fille à la Perle de Vermeer, une collection de peintures de Cézanne et des dizaines d’autres œuvres plus ou moins anciennes. Et non, il n’y a pas La Joconde dans la collection, j’ai cherché pour vous.

Entre deux photos de vos proches, votre mur devient musée ©Mathieu Grumiaux pour Clubic

Le vrai frein pratique se situe ailleurs : le cadre ne stocke que dix images en local. Autant dire qu’il faut penser sa rotation à l’avance et retourner régulièrement dans l’application pour renouveler le stock. C’est gênant, on s’organise, mais pour un produit vendu à ce prix, une mémoire plus généreuse n’aurait pas été un luxe. Aussi, l’ajout d’une image prend environ une à deux minutes. L’outil en ligne va analyser l’image pour la transformer en un fichier adapté à l’écran E-ink, puis la transférer dans l’appareil. Même chose à chaque changement d’image dans le cadre, qui fait apparaître un chargement disgracieux durant une bonne minute avant l’affichage du visuel.

L'’application SwitchBot, qui centralise tout, fait enfin globalement le travail. La programmation des changements d’image selon l’heure, le jour ou les saisons fonctionne, l’envoi de photos est simple. Elle souffre en revanche de quelques lourdeurs, avec une navigation qui gagnerait en fluidité. Comprendre la différence entre la galerie, le stockage local des photos n’a rien d’évident la première fois. Rien de bloquant, mais on sent que le logiciel n’a pas reçu le même soin que l’objet.

L’application demande un petit temps d’adaptation, mais se révèle finalement bien pensée ©Mathieu Grumiaux pour Clubic

Deux ans d’autonomie, à condition de ne rien changer

C’est le chiffre que SwitchBot met en avant : jusqu’à deux ans de fonctionnement sur une seule charge. Impressionnant, et parfaitement exact, à une condition que la communication passe rapidement sous silence. Cette estimation repose sur un changement d’image par semaine.

Or l’intérêt d’un cadre numérique, c’est justement qu’il change. Dans mon usage, j’ai poussé le vice avec une nouvelle image affichée toutes les deux heures. On quitte évidemment le scénario promu par la marque et l’autonomie s’en ressent. Chaque rafraîchissement d’une dalle E Ink consomme, et multiplier les rotations réduit mécaniquement l’endurance du produit.

Le port USB-C est au dos pour le charger ©Mathieu Grumiaux pour Clubic

Au bout de trois mois, j’ai dû décrocher le cadre du salon pour le recharger à l’aide du port USB-C situé à l’arrière. Pour être tout à fait honnête avec vous, je ne m’en suis rendu compte qu’un mois après son extinction, en remarquant que l’image affichée au mur était toujours la même depuis plusieurs jours.

La batterie reste largement suffisante pour ne pas transformer la recharge en corvée, mais il faut aborder ce chiffre de deux ans pour ce qu’il est : un scénario théorique, pas une promesse d’usage.

Le vrai sujet, c’est l’addition

À 349,99 euros pour le format 13,3 pouces, le SwitchBot AI Art Frame n’est pas un achat anodin. Le petit modèle 7,3 pouces descend à 149,99 euros, mais le grand format 31,5 pouces grimpe à 1 499,99 euros, un tarif qui le réserve à une clientèle très particulière.

Et ce n’est pas tout. La génération d’images par IA, présentée comme l’argument central du produit, passe par un abonnement après trente jours d’essai, facturé autour de quatre euros par mois pour 400 images par mois. Aucune offre d’abonnement supérieure n’est proposée pour aller au-delà de cette limite. C’est ce qui m’a le plus agacé sur la durée (je souligne pour une totale transparence que le constructeur m’a fourni un accès à son IA pour la durée du test).

350€, c'est un peu cher pour un cadre, tout technologique soit-il ©Mathieu Grumiaux pour Clubic

On peut évidemment se contenter de ses propres photos et de la galerie gratuite fournie, mais la fonction qui donne son nom au produit, celle qui justifie le « AI » dans « AI Art Frame », se loue au mois. Après avoir déjà réglé 350 euros pour s’offrir l’appareil, la pilule passe mal.

SwitchBot AI Art Frame : l’avis de Clubic

Conclusion
Note générale
7 / 10

Le SwitchBot AI Art Frame réussit là où deux décennies de cadres numériques ont échoué : il ne ressemble pas à un écran. L'encre électronique fait des merveilles, le format sans câble se pose où l'on veut, et l'objet se fond dans un intérieur au point qu'on oublie sa nature connectée. C'est un vrai succès de design, et pour un produit dont l'unique mission est esthétique, c'est l'essentiel.

Mais il y a des compromis. Dix images seulement stockables en mémoire, une application perfectible, une IA aux styles trop lisses pour vraiment marquer, et une autonomie de deux ans qui suppose de ne changer d'image qu'une fois par semaine. Surtout, le modèle économique laisse un goût amer : payer un abonnement mensuel pour la fonction qui donne son nom au produit, après avoir déboursé 350 euros, ressemble à une double facturation.

Le SwitchBot AI Art Frame s'adresse donc à ceux qui cherchent moins un gadget qu'un objet de décoration, et qui acceptent d'en payer le prix. Il est très bien, franchement réussi même, mais il reste très cher pour ce qu'il est : un cadre qui affiche des images.

Les plus
  • L'illusion du vrai tableau fonctionne réellement
  • Dalle E Ink sans reflet ni lumière bleue
  • Aucun câble apparent, pose libre
  • Programmation des images
  • Génération d'images IA de qualité
Les moins
  • Prix très élevé
  • Abonnement mensuel pour la génération IA
  • Seulement 10 images stockables en local
  • Styles IA génériques et répétitifs
  • Autonomie de deux ans basée sur un changement hebdomadaire