Drones et centrales nucléaires : un expert tire la sonnette d'alarme

25 novembre 2014 à 16h55
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Un rapport remis lundi à Manuel Valls et au ministère de l'écologie par un cabinet d'experts britannique pointe du doigt les risques liés au survol des centrales nucléaires par des drones.

A l'origine, c'est l'ONG Greenpeace qui a chargé le cabinet britannique Large & Associates de réaliser une étude indépendante sur la sécurité des centrales nucléaires françaises, principalement suite aux survols des lieux par des drones, ces dernières semaines. Remises lundi au premier ministre Manuel Valls, à Ségolène Royal, ou encore, aux autorités de sûreté nucléaire, les conclusions de l'étude, majoritairement secrètes aujourd'hui, font cependant état de « vulnérabilités ».

Interrogé par Le Nouvel Obs, John Large, l'expert britannique à l'origine du rapport, indique qu'il fait « état de l'extrême fragilité des centrales françaises face à la menace terroriste ». La raison est pour lui évidente : la plupart des installations datent des années 60 et 70, périodes durant lesquelles « la menace terroriste n'était pas prise en compte ». Seule la surveillance des petits avions privés est aujourd'hui gérée par les centrales, ce qui laisserait ainsi le champ libre à d'autres menaces, comme les drones.

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Pas de riposte en France ?



John Large regrette l'absence de riposte des autorités françaises, qui estiment, pour l'heure, que les drones ne sont pas dangereux. « Elles ont tort » explique-t-il au Figaro. Pour l'expert, l'attitude de la France viserait principalement à « rassurer les populations », faute de moyens efficaces pour réagir à l'heure actuelle. « Tout cela a un parfum d'accident de Tchernobyl, dont, souvenez-vous, les retombées radioactives s'étaient arrêtées à la frontière » n'hésite-t-il pas à déclarer. Un discours qui contredit celui de Ségolène Royal, qui déclarait début novembre que « le survol des centrales, même s'il est interdit, ne fait peser aucun risque sur ces centrales qui sont construites pour résister à des secousses sismiques et même aux chutes d'avion sur une centrale ».

Dans les faits, il serait, par exemple, possible de brouiller les fréquences radios utilisées par les drones. « Sauf qu'on a réalisé que ces brouillages perturbaient certaines composantes de nos centrales, qu'il n'était pas prudent de les prolonger ! Et surtout, qu'ils ne sont pas opérants si ces drones sont préprogrammés, ce qui est extrêmement facile à faire » explique l'expert. Quant à la perspective d'équiper les centrales de solutions de défense anti-aérienne, elle est jugée très coûteuse.

Selon John Large, les risques sont pourtant importants, et une attaque de drones pourrait par exemple « isoler une centrale en la privant de sa source froide », via la destruction des pompes d'alimentation, « à l'air libre et vulnérables. » « En le privant de refroidissement, on peut provoquer la fusion du cœur du réacteur, donc créer un accident nucléaire majeur. On a vu à Fukushima ce que pouvait entraîner l'impossibilité de refroidir le cœur » ajoute-t-il. Le paradoxe, pour l'expert, est de laisser à l'air libre un point névralgique de la centrale, par ailleurs capable de résister à de nombreuses perturbations. « Ces bassins sont de simples hangars protégés par des toits ordinaires ! Il faut exiger qu'EDF les mettent à l'abri dans des installations bunkérisées » estime-t-il.

Il faut néanmoins souligner que, depuis le début du mois de novembre, les gendarmes ont le droit de tirer à vue sur les drones qui s'approchent trop près des centrales nucléaires. La protection des sites à risques a, dans le même temps, été renforcée.

Vers plus de surveillance des centrales ?



Le constat est donc inquiétant, et dans la mesure où le rapport n'a pas été rendu public, on imagine que les déclarations de John Large ne sont que la face émergée de l'iceberg. L'expert espère que ce rapport va faire évoluer la situation, et que l'Autorité de sûreté nucléaire sera plus concrètement concernée par la sécurité des centrales nucléaires, et pas seulement de leur sûreté, dans un futur proche. Pierre-Patrick Chevet, président de l'ASN, indique être prêt à étudier le rapport de près. « Nous avons proposé à cet expert de faire une réunion avec lui pour aller dans le détail, mais je ne peux pas me prononcer sur un rapport qui vient d'être remis » a-t-il commenté.

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