Cou penché, doigts marqués, main plus faible. Des chercheurs et des médecins observent des effets concrets de l’usage intensif des écrans sur le corps, en marge des débats sur l’attention et la concentration.

Le phénomène porte un nom informel, le « tech neck », littéralement le cou de la technologie - ©aleks333 / Shutterstock
Le phénomène porte un nom informel, le « tech neck », littéralement le cou de la technologie - ©aleks333 / Shutterstock

Une callosité peut apparaître sur l’auriculaire, à l’endroit où le téléphone repose en permanence. Le signe est mineur, mais il annonce des effets plus larges, recensés par plusieurs spécialistes interrogés par la BBC. Penchée vers l’avant, la tête impose au cou jusqu’à vingt-sept kilogrammes de pression. Une montre connectée portée en continu entretient un environnement humide propice aux levures et donc bactéries sur la peau. Chez les enfants, le risque de myopie augmente avec le temps passé devant un écran. La force de préhension, soit la capacité à serrer la main avec vigueur, décline dans plusieurs pays et inquiète désormais les chercheurs en santé publique, qui y voient un indicateur précoce de l’état physique des jeunes générations.

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La nuque supporte le poids d’une tête penchée vers l’écran

Cette pression peut endommager les disques de la colonne vertébrale, dégrader les articulations et réduire la capacité pulmonaire, selon les experts interrogés sur le sujet. Le phénomène porte un nom informel, le « tech neck », littéralement le cou de la technologie. Plusieurs professionnels de santé recommandent de positionner l’écran à hauteur des yeux, à une longueur de bras du visage environ, et de multiplier les pauses toutes les demi-heures.

Justine Hextall, dermatologue consultante et membre du Royal College of Physicians, envisage un lien entre cette posture répétée et l’apparition de rides sur le cou. Aucune étude n’a pourtant confirmé cette hypothèse pour l'’instant.

Sous une montre connectée portée en permanence, la peau du poignet réagit également. Justine Hextall observe que l’obscurité et l’humidité sous l’accessoire entretiennent la prolifération de levures, une source d’irritations voire d’eczéma. Elle recommande de retirer régulièrement l'accessoire et de nettoyer la peau en profondeur. Les bracelets en fluoroélastomère de certaines montres connectées contiennent par ailleurs des composés PFAS, que la transpiration peut faire pénétrer dans la peau lors d’un usage sportif intensif.

Plusieurs professionnels de santé recommandent de positionner l'écran à hauteur des yeux, à une longueur de bras du visage environ, et de multiplier les pauses toutes les demi-heures - ©Mike_shots / Shutterstock

Les mains et la vue subissent aussi la pression numérique

Donald Mutti, professeur d’optométrie à l’université d’État de l’Ohio, a suivi le développement oculaire de plusieurs milliers d’enfants pendant plus de vingt ans pour mesurer un lien entre myopie et travail de près, comme la lecture sur téléphone. Son équipe n’a trouvé aucun lien direct. Le temps passé à l’extérieur, en revanche, protège la vue. La lumière naturelle stimule une libération de dopamine par la rétine, un mécanisme qui influence le développement de l’œil. En France, une heure d’écran supplémentaire par jour accroît le risque de myopie chez les enfants, selon une méta-analyse récente. Ce risque grimpe encore chez les enfants qui jonglent entre plusieurs appareils au cours de la journée.

Le chirurgien orthopédiste Aurélien Aumar, de l’unité SOS Mains du CHU de Lille, observe un rajeunissement de l’âge des patients souffrant d’arthrose du pouce, une pathologie qu’il associe à l’usage répété de l’écran tactile avec les deux pouces face à face.

Mais selon Johannes Beller, professeur de sociologie médicale à l'université de Lausitz, en Allemagne, le glissement vers un travail sédentaire, centré sur les écrans, contribuerait à un déclin généralisé de la force de préhension, capacité qui prédit mieux le risque de décès prématuré que la tension artérielle. Pour évaluer la sienne, un test simple consiste à serrer une balle de tennis aussi fort que possible pendant quinze à trente secondes.

Sebastian Suggate, professeur de psychologie du développement à l'université de Ratisbonne, en Allemagne, étudie les effets des écrans sur la motricité fine chez l’enfant. Ses recherches établissent une corrélation entre un temps d'écran élevé et des compétences motrices plus faibles. Le neuropsychologue Fabrice Pastor, interrogé par Clubic sur les risques des écrans chez les jeunes, pointe également un risque accru de fatigue oculaire et de troubles de la coordination en cas d’exposition prolongée.

Sebastian Suggate conseille d'intégrer consciemment des activités manuelles au quotidien, comme la cuisine, le bricolage ou l’apprentissage d’un instrument. Lui-même pratique la menuiserie pendant ses temps libres.

Source : Slate