L'ère numérique pourrait bien ne rien laisser à la postérité

01 juin 2018 à 15h36
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Jamais dans l'histoire de l'humanité l'information disponible n'a été aussi abondante. Paradoxalement, il se peut que nous laissions très peu d'informations sur nous à nos descendants.

L'homme moderne produisant la quasi-totalité des informations sur sa vie quotidienne sous une forme exclusivement numérique, rien ne permet d'affirmer que nos descendants auront les moyens techniques de lire ces informations.

Une grande partie des documents du 20ème siècle ont déjà été perdus

Nous vivons à une époque où l'information est partout. Nos photos Instagram, nos statuts Facebook, nos messages WhatsApp / Messenger et nos échanges sur les forums Internet constitueront de précieux témoignages pour les historiens qui, des décennies voire des siècles plus tard, s'intéresseront à nos modes de vie... à condition de pouvoir consulter ces informations bien sûr. Car sur ce point, rien n'est moins sûr.

En ce début de 2018, Lauren Young a produit pour Science Friday un webdocumentaire très fourni sur les difficultés de conservation des documents produits depuis le début du 20ème siècle. Il se trouve que de nombreuses bobines de films, malgré l'assez bonne conservation de ce support, ont été perdues. Leur faute : elles contiennent de l'argent, un métal précieux que certains ont préféré récupérer en les brûlant. Les cassettes vidéo, que de nombreux foyers possèdent encore, deviennent de plus en plus inutilisables, faute de lecteurs VHS sur le marché et de professionnels capables d'en réparer.

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Même sur Internet, l'information se perd sans que le commun des mortels ne s'en rende compte

Le webdocumentaire raconte aussi l'histoire d'une ancienne bibliothécaire devenue professeur, qui évalue le degré d'intérêt pour la postérité de différents sites américains ayant couvert la campagne présidentielle de 2016. Étant donné les vélléités de l'administration actuelle de « réécrire l'histoire », elle a peur que certaines informations ne soient sciemment détruites à jamais. On y lit également sur Brewster Kahle, le fondateur du Internet Archive, cette initiative consistant à créer poctuellement une copie de chaque site Internet existant. L'archive est sur Internet et accessible à tout un chacun, telle la bibliothèque d'Alexandrie du monde moderne, à la différence près qu'elle est accessible depuis n'importe où dans le monde. Selon Brester Kahle, la durée de vie moyenne d'une page web est de 100 jours, après elle est soit supprimée, soit mise à jour.

Le webdocumentaire se termine sur un entretien avec Vinton Cerf, vice-président de Google, pour qui l'époque actuelle pourrait très bien être « un trou noir numérique ». « Tout ce que nous avons pu créer en ce début du 21ème siècle ne sera plus accessible au début du 22ème siècle », affirme-t-il. À méditer...

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