Critique Hellbound : Netflix et la Corée, un enfer qui marche du feu de Dieu

20 novembre 2021 à 12h12
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Hellbound © Netflix
© Netflix

Le phénomène Squid Game ralentit à peine que Netflix dévoile sa nouvelle série sud-coréenne : une adaptation du webtoon Hellbound. Univers fantastique, noirceur à tous les étages et créatures divines… le service de streaming tient-il son nouveau carton ?

Hellbound
  • Vous aimez les univers sombres
  • Vous appréciez les séries courtes mais denses
  • Vous êtes en manque de dramas coréens depuis Squid Game
  • La violence vous fait horreur
  • Vous avez du mal avec le "sur-jeu" à la coréenne
  • Les questions religieuses vous donnent de l'urticaire

Fiche technique Hellbound

Informations

Genre
Fantastique
Réalisation
Yeon Sang-ho
Plateforme
Netflix
Date de sortie
19 novembre 2021
Nombre de saisons
1
Nombre d'épisodes (Total)
6
Classification
Déconseillé / interdit aux moins de 18 ans

Anges et démons

De mystérieuses créatures apparaissent en plein cœur de Séoul pour condamner à mort certains individus, accusés d'avoir péché, et les envoyer directement en Enfer. La police enquête sur ces phénomènes tandis qu'émerge dans l'actualité Jung Jinsu et son groupe religieux La Nouvelle Vérité. Celui qui se présente en prophète annonce que ces meurtres sont l'œuvre de Dieu pour remettre les humains sur le chemin de la vertu. Face aux forces surnaturelles, le monde plonge progressivement dans le chaos.

Les yeux du monde sont tournés vers la Corée du Sud après le giga-méga-supra carton de Squid Game, rapidement devenue la série la plus regardée de Netflix, et de très loin. Pas le temps de se reposer sur ses lauriers, la plateforme enchaîne en cette fin d'année avec Hellbound, une nouvelle série fantastique prenant place dans la mégalopole de Séoul.

Au départ, Hellbound a été publiée sous la forme d'une bande-dessinée en ligne. Ecrite par Yeon Sang-ho, le réalisateur du Dernier train pour Busan, elle a rencontré un certain succès public et critique, poussant le metteur en scène à rempiler pour l'adaptation de son œuvre pour le petit écran.

Hellbound © Netflix
© Netflix

Alors que les premières images diffusées par Netflix laissaient déjà entrevoir une transposition fidèle, les six épisodes de 50 minutes confirment tout le bien que l'on pensait du projet.

And Justice for all…

Malgré de nombreux personnages à introduire et une intrigue à la frontière du mysticisme à mettre en place, Yeon Sang-ho ne perd pas de temps et adopte pour sa série un rythme soutenu. Le spectateur rentre ainsi dans le vif du sujet en quelques minutes seulement, notamment grâce à une introduction sèche et brutale qui pose la menace en une poignée de plans et effusions de sang bien senties.

Durant les 6x50 minutes qui composent cette (première ?) saison, le scénario se déroule donc tambour battant, rythmé par de nombreux twists et une attention toute particulière portée aux différents protagonistes.

Du flic veuf et désabusé à l'avocate intègre qui défend une jeune femme condamnée à l'Enfer, en passant par le prédicateur Jung Jinsu, probablement le personnage le plus intéressant de toute la série, tous les personnages ont suffisamment d'espace scénaristique pour susciter l'empathie et exister dans le récit. Le public occidental, encore peu habitué, devra tout de même faire montre d'une certaine tolérance vis-à-vis du jeu très expressif des acteurs coréens, même s'il est ici moins ostentatoire que dans certaines productions récentes.

Hellbound © Netflix
© Netflix

Dans son propos, la dimension fantastique de Hellbound n'est jamais remise en question, mais l'auteur s'en sert davantage comme une porte d'entrée pour déployer une critique féroce de la religion, et du fanatisme qui peut l'accompagner. De façon implacable et avec un remarquable sens du crescendo, chaque épisode décrit par le menu la peur panique qui s'empare des habitants de Séoul et la montée d'un mouvement sectaire qui utilise leurs craintes pour manipuler les esprits, quitte à faire basculer une population toute entière dans la violence. Glaçant…

La série fait aussi quelques clins d'œil à Orange Mécanique de Stanley Kubrick avec le groupe La pointe de Flèche composée de jeunes fanatisés recrutés sur les réseaux, et formant le bras armé de La Nouvelle Vérité en jouant de la batte de base-ball pour faire taire les « hérétiques ».

Hellbound © Netflix
© Netflix

Hellbound ne se prive pas non plus pour tirer à boulets rouges sur la place délirante que prennent les chaines d'info et les réseaux sociaux, qui contribuent à créer des phénomènes de masse pour engranger plus d'audience.

Sans vous révéler quoi que ce soit, on apprécie également qu'Hellbound quitte rapidement un récit balisé pour prendre une toute autre direction et rebattre les cartes de son univers, déstabilisant allègrement le spectateur. Il est dès lors impossible de savoir où l'histoire veut nous emmener, jusqu'à la toute fin de la série.

Des Hommes et des Dieux

D'un point de vue visuel, Hellbound nous a toutefois parue moins enthousiasmante. Pour placer le récit dans un univers contemporain, la photographie ou les décors ne sont pas particulièrement inventifs. L'image est désaturée, conforme aux standards actuels, avec une teinte grise, verte ou jaune selon les scènes. Les décors, urbains, versent dans le 100 % béton. Bref, du grand classique qui a bien du mal à nous exciter la rétine.

Hellbound © Netflix
© Netflix

La mise en scène est à l'avenant, avec une réalisation qui ne cherche jamais à être esthétique, simplement efficace. Le découpage est clair, les plans toujours lisibles et bien cadrés mais là encore, on aurait aimé un petit soupçon de folie pour que quelques images nous restent après la fin de la série.

Les trois démons exterminateurs en sont un parfait exemple. Leur corps brumeux est une chouette idée de design mais leur visage, sorte de Thanos du pauvre, est totalement générique. Si la première attaque surprend par sa violence et sa sauvagerie, on finit par se lasser et bailler au bout de la sixième, tant elles sont toujours composées, filmées et montées de la même manière.

Heureusement le générique, très léché, et la musique, discrète mais jolie comme tout, apportent un peu de cachet à cette adaptation parfois un peu morne.

Hellbound © Netflix
© Netflix

Pour finir sur les reproches, on aurait bien aimé également que l'auteur fasse un peu plus confiance à notre compréhension et évite quelques dialogues balourds qui surlignent inutilement les thématiques de la série.

Ces menus défauts n'empêchent pas d'apprécier Hellbound de la première à la dernière image, et pour cause : son intrigue, chapitrée à la perfection, est brillamment exécutée et la série se montre bien plus riche que son postulat de départ ne le laissait présager.

Hellbound n'est pas le nouveau Squid Game, car elle reste moins accessible pour le grand public, mais c'est une vraie réussite qui montre que la Corée du Sud a décidément bien des histoires à nous raconter.

Hellbound

8

Hellbound est une nouvelle réussite venue de Corée du Sud. Derrière son postulat fantastique, la série révèle une réflexion habile et très pertinente sur le fanatisme religieux et les dérives de notre société de l'image. Le discours est un peu lourdaud par moments mais le rythme infernal et les nombreux rebondissements réussissent à maintenir l'intérêt jusqu'à la dernière seconde.

Cette œuvre est pour vous si

  • Vous aimez les univers sombres
  • Vous appréciez les séries courtes mais denses
  • Vous êtes en manque de dramas coréens depuis Squid Game

Cette œuvre n'est pas pour vous si

  • La violence vous fait horreur
  • Vous avez du mal avec le "sur-jeu" à la coréenne
  • Les questions religieuses vous donnent de l'urticaire

La première saison de Hellbound est disponible sur Netflix.

Besoin d'une nouvelle série à regarder ? Retrouvez toutes nos chroniques et critiques séries .

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Felaz
Je m’attendais à beaucoup aimé, et bien non, ca a pas fonctionné chez moi. Le rythme, les personnages, l’histoire… bref pas accroché plus que ça…
Ccts
Comme toujours c’est une question de goût. Les séries coréennes sont à la mode et certaines vraiment sympa. Testez my name si vous aimez l’ambiance gangster et combats au couteau. J’ai bien aimé.
AlexScan
Je met ça dans ma liste «&nbsp;à voir&nbsp;»… le Dernier train pour Busan c’était sympa, alors je suis curieux de voir une série du même réalisateur.<br /> Quand à la mode «&nbsp;Squid Game&nbsp;», perso j’ai bien aimé, mais je ne comprend pas l’engouement incroyable autour de cette série, j’ai vu mieux en production coréenne (Old Boy par exemple).
Pipotron
Je pense que l’engouement en question vient surtout du fait que des gosses de 10 ans aient vu cette série… même quelques minutes peuvent être traumatisantes. A cet âge, aucun recul sur les images.
pecore
Je vais regarder je pense, même si en général que n’aime vraiment pas les mini-séries. Le problème avec les séries coréennes c’est qu’elle sont souvent fleuves avec de grosses longueurs et des épisodes assez long : 1 heure, une heure 10 et parfois même plus. L’excès inverse de la mini-série ultra condensée.
AlexScan
Pipotron:<br /> Je pense que l’engouement en question vient surtout du fait que des gosses de 10 ans aient vu cette série… même quelques minutes peuvent être traumatisantes. A cet âge, aucun recul sur les images.<br /> Je pense que clairement on a une partie de la réponse… c’est surtout chez les collégien et lycéen que le buzz à éclaté…
Stellvia
Série pas mal, mais il y a de gros défaut de rythme, les épisodes d’une heure sont vraiment trop long. A la fin j’en avais marre tellement ca n’avance pas.<br /> Il y a aussi un gros soucis au niveau de l’action, quand tu vois quelqu’un se faire tabasser a coup de pied/poing/ batte de baseball une fois ca passe, 2 ca va… 3 tu commence a en avoir marre, mais quand ca fait la 6 ou 7 ème fois que tu vois la même scène et que t’arrive au dernier ep et que ca recommence puisque c’est tout ce que savent faire les " méchants " de l’histoire et bien ca devient carrement lassant. Au final la série est assez moyenne a cause de ces 2 gros défaut à mon gout.
tangofever
«&nbsp;Vous avez du mal avec le «&nbsp;sur-jeu&nbsp;» à la coréenne<br /> Les questions religieuses vous donnent de l’urticaire&nbsp;» ( Le catholicisme ayant fait beaucoup de dégâts dans ce pays, en Afrique comme ailleurs dans le monde)<br /> Les raisons pour lesquelles après 20m j’ai décroché et l’ai viré de ma playlist, pourtant le cinéma coréen j’adore, ça nous change tellement de l’univers US, les dramas chinois ne sont pas non plus en reste, le karaté j’ai donné durant mon adolescence avec les ping et pong, etc…<br /> AlloCiné<br /> Ping et Pong<br /> La rencontre de deux orphelins, Ping et Pong, qui vont monter ensemble un numéro d'acrobates.<br />
moa
Moi j’ai bien accroché, scénario original avec les trois «&nbsp;bestiaux&nbsp;»…<br /> petit spoiler<br /> et à la fin la surprise… (comme dans nombre de série)<br />
jcc137
«&nbsp;Le catholicisme ayant fait beaucoup de dégâts dans ce pays, en Afrique comme ailleurs dans le monde&nbsp;»<br /> Ce genre de pensée spirituelle n’engage que vous. Ce serait bien de le préciser si vous ne voulez pas insulter des millions de personnes respectueuses de leurs traditions, comme le chamanisme pour la Corée.
pecore
Autant j’ai calé au bout de quatre épisodes de Squid Game, la faute à une narration beaucoup trop mollassonne, autant ici j’accroche vraiment. Je n’ai pas ressenti cette lassitude devant les scènes de «&nbsp;damnation&nbsp;», que je trouve d’ailleurs violentes mais bien faites et de toutes façons elles sont très courtes. Les personnages sont attachants, les rebondissements et twists scénaristiques habillement distillés pour nous tenir en haleine.<br /> Bref, tout à fait d’accord avec la note.
benben99
C’est à croire que Netflix est contre la religion. Ils essaient d’influencer la jeunesse pour se révolter contre l’église?
Harlock
J’espère bien.
jcc137
Regardez «&nbsp;Le retour du mal&nbsp;» (série coréenne aussi) pour vous en convaincre un peu plus.
Bombing_Basta
D’une part cette série n’est pas «&nbsp;contre la religion&nbsp;» mais dénonce les fanatiques religieux et le tartufisme de beaucoup d’entre eux.<br /> Et d’autre part, les fanatiques présentés ne sont pas d’une religion établie, mais une secte dérivée de l’une d’elles.
bennukem
Une religion est une secte qui a réussi.<br /> Le principe est toujours le même : on fait peur avec un soi-disant enfer et on récompense avec le paradis ou 40 vierges.
Bombing_Basta
Ce n’est pas vraiment le sujet ici et c’est plus complexe que ça mais soit.
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