Live Japon : Tablettes numériques, n'en jetez plus !

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Le 11 décembre 2010
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« 2010 : an 1 des livres électroniques », titrent régulièrement les médias nippons. Comme l'illustre l'ami mangaka japonais Taku Nishimura (alias Jean-Paul Nishi), en ce mois de décembre, les fabricants dégainent leurs armes, à la façon des imprévisibles ninja.

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Sharp, Sony, Onkyo, NEC, Dell, Samsung: quasi simultanément, les grands noms de l'électronique nippons et géants de l'informatique mondiaux lancent au Japon leurs tablettes multimédias et liseuses électroniques, espérant donner un brusque coup d'accélérateur au marché des livres numérisés.

Sony propose depuis ce vendredi deux modèles de son appareil "Reader", Pocket Edition et Touch Edition, dans quelque 300 magasins nippons.
« Pour Sony, la lecture est le quatrième divertissement après la musique, les films/vidéos et les jeux », insiste Fujio Noguchi, responsable de l'activité des livres électroniques du groupe.
Selon lui, les terminaux de type Reader, exclusivement dédiés aux ouvrages numérisés, sont préférés par les gros lecteurs. « L'absence de rétroéclairage et l'affichage en noir et blanc, comme sur du papier, limitent la fatigue visuelle, sans compter que l'autonomie est bien plus longue que celle des tablettes multimédias. », argue-t-il.

Concomitamment, Sharp a mis en vente ses deux ardoises baptisées Galapagos, très proches esthétiquement des iPhone et iPad de l'américain Apple, mais présentant des spécificités précisément pensées pour les modes d'écriture (idéogrammes, syllabaires) et les habitudes de vie Japonais (longs trajets quotidiens en transports en commun). La nouvelle gamme d'appareils Galapagos et les services attenants sont d'abord proposés au Japon, mais ils devraient ensuite être commercialisés à l'étranger. Sharp vise les Etats-Unis en premier lieu où il est en discussions avancées avec l'opérateur de télécommunications Verizon Wireless.

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Sony avait déjà lancé en 2004 au Japon un appareil proche du Reader, baptisé Librie, mais qui était fastidieux à utiliser et fut un échec. Les Japonais n'avaient alors d'yeux que pour leur téléphone portable, terminal de poche pour lequel s'est développée depuis un déjà importante bibliothèque dématérialisée.

Selon le cabinet spécialisé Impress R&D, les ventes au Japon de livres numérisés à lire directement sur un écran (ordinateur ou téléphone portable) ont déjà atteint plus de 500 millions d'euros sur la période d'avril 2009 à mars 2010, contre respectivement moins de 450 millions et 350 millions les deux années antérieures. Il s'agissait essentiellement de mangas téléchargés et lus sur mobiles.
La période prise en compte n'avait cependant pas encore vu apparaître les tablettes multimédia de type iPad du groupe américain Apple. Désormais, les technologies de liseuses et ardoises, ainsi que les infrastructures, sont plus abouties, plus adaptées. L'offre d'ouvrages, mangas et périodiques numérisés devrait s'élargir notablement avec l'arrivée de ces nouveaux supports de lecture, leur lancement étant accompagné de l'ouverture d'espaces de téléchargement via des réseaux plus performants.

Le rapport précise que le marché devrait continuer de croître à bonne vitesse grâce à ces nouveaux outils, pour atteindre plus de 130 milliards de yens (1,20 milliard d'euros) en 2014-2015, dont la moitié provenant de la lecture sur iPad ou autres ardoises numériques similaires.
Les spécialistes de l'imprimerie, les libraires, les éditeurs, les groupes de presse, les opérateurs de télécommunications et les industriels de l'électronique nippons ont donc fourbi leurs armes en ce sens.

L'intérêt pour les appareils dédiés à plus grand écran est revenu au Japon grâce au succès rencontré par Sony à l'étranger avec les Reader (proposés depuis plusieurs années en Occident), et du fait de l'attrait suscité par les tablettes électroniques de type iPad de l'américain Apple. Sony dit cette fois viser le marché des lecteurs voraces, ceux qui dévorent au moins trois livres par mois, évalué à 20 millions de personnes au Japon.Le groupe espère écouler 300.000 Reader en son pays la première année, et escompte une part de 50% de ce marché à horizon 2012 lorsque, selon le groupe, les ventes totales de terminaux électroniques spécifiques pour la lecture dépasseront un million d'unités par an, sans compter les tablettes ou smartphone. Sharp veut vendre pour sa part un million de tablettes Galapagos le plus rapidement possible. Elles ne sont toutefois pas immédiatement disponibles dans les magasins d'électronique. Elles y sont exposées, peuvent y être testées mais doivent être commandées selon un formulaire spécial. Le produit est ensuite livré à domicile au client. Sharp a prévu de dépêcher quelque 500 personnes dans les plus grandes enseignes pour évangéliser les premiers acheteurs. Certaines supérettes multiservices ouvertes 24 heures sur 24 (les surnommés "konbini") prennent également les commandes, sachant que les lecteurs de magazines s'y rendent souvent pour se procurer des périodiques.

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L'un des points saillants du lancement des appareils de Sharp et Sony et le fait que les deux mettent davantage en avant les contenus associés.
Sharp propose au départ au Japon près 30.000 titres (livres, journaux, magazines), un catalogue qui grossira au fur et à mesure des accords passés avec les acteurs de la chaîne du livre et de la presse.
Ultérieurement, le service sera aussi étendu à d'autres contenus (musiques, vidéos, films, jeux) et ouvert à d'autres terminaux, y compris ceux de tiers. Dans un troisième temps, des documents scolaires et manuels d'études seront aussi mis en ligne.

Pour se distinguer, Sharp met notamment en avant des fonctions de distribution automatique des journaux et magazines numériques auxquels un lecteur est abonné, « tout comme le quotidien arrive le matin dans la boîte à lettre de la plupart des foyers japonais ». Il a ajouté aussi une fonction de "conseiller" de lecture.
« Nous voulons offrir des services qui s'inscrivent dans la culture particulière de l'édition japonaise, mais nous pensons que nous avons aussi en main les technologies pour toucher le marché étranger », soulignent les dirigeants de Sharp.

Sharp est déjà un acteur important du monde des livres numérisés au Japon, puisqu'il est le créateur d'un format, XMDF, qui s'est imposé comme standard pour les oeuvres proposées sur téléphones portables au Japon, un marché qui croît rapidement depuis 2006. La nouvelle version XMDF, qu'exploitent les Galapagos, autorise la manipulation séparée des différentes couches (photos, textes, vidéos) d'une page de magazine ou livre numérique, de sorte que l'on peut ponctuellement agrandir un élément sans affecter les autres (exemple: zoomer sur un graphique sans élargir la page de texte).

Le groupe Sharp a acquis une bonne expérience avec sa gamme d'assistants numériques personnels Zaurus qui présentait déjà des fonctions de lecture de livres et autres contenus, le tout avec un écran tactile et un stylet. D'ailleurs, ce sont des personnels affectés au développement des Zaurus qui sont aujourd'hui chargés des Galapagos.

Sharp, qui bat nettement Apple sur le volet de l'offre littéraire au Japon, promet en outre un large éventail de contenus autres (journaux, magazines, vidéos, musiques, jeux), grâce à son association avec Tsutaya, une importante chaîne de boutiques de location et ventes de CD, DVD, magazines et manga .

Sony, qui aligne pour sa part 20.000 titres au départ, a créé récemment une coentreprise avec le deuxième opérateur de télécommunications nippon, KDDI, le groupe de presse Asahi et la firme de techniques d'impression japonaise Toppan, afin de proposer des services pour une diversité de terminaux, et pas uniquement ses Reader. Pressé de lancer son service alors que la concurrence s'agite, l'offre de Sony sera limitée dans un premier temps, mais le groupe a promis de rapides évolutions.

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Parallèlement, le premier opérateur de télécommunications cellulaires japonais, NTT Docomo, établira à la fin du mois une société de distribution de livres numériques avec le groupe d'impression japonais Dai Nippon Printing (DNP). Cette nouvelle coentreprise baptisée 2Dfacto, à laquelle sera aussi associé le groupe de librairies CHI, lancera ses services commerciaux à compter de début janvier 2011.

Leur librairie virtuelle commune, basée sur un service existant de livres numériques de DNP (pour ordinateurs, mobiles Apple iPhone et ardoises Apple iPad), sera ainsi élargie aux clients de NTT Docomo détenteurs d'autres téléphones ou tablettes électroniques. Elle proposera par la suite des offres combinées avec les boutiques de CHI ayant pignon sur rue.

Lors de l'ouverture du nouveau service 2Dfacto, NTT Docomo et DNP pensent proposer plus de 100.000 références émanant de quelque 200 fournisseurs. En attendant, NTT Docomo a ouvert fin octobre un service expérimental dans le but de recueillir les réactions du public, avant de lancer la distribution à grande échelle début 2011. Durant la phase de test, les clients peuvent expérimenter la lecture d'ouvrages en version numérique sur des téléphones reposant sur le système d'exploitation Android de Google.

Une cinquantaine de titres sont disponibles gratuitement pendant cette période préliminaire, dont des ouvrages littéraires, des mangas, des magazines et des recueils de photos. NTT Docomo, qui compte plus de 57 millions de souscripteurs à ses services mobiles au Japon (près de 50% de parts de marché), envisage ensuite de codévelopper des appareils de lecture spécifiques en plus des téléphones et ardoises compatibles déjà présents dans sa gamme, dont le téléphone avancé ("smartphone") Galaxy S de Samsung, en version japonaise, un produit concurrent de la gamme iPhone de l'américain Apple, ainsi que l'ardoise tactile Galaxy Tab, rivale de l'iPad du même Apple.

Ces deux appareils (où la marque Samsung figure uniquement à l'arrière) ont été optimisés pour répondre aux critères d'exigence des Japonais. Fonctionnant sous le système d'exploitation (OS) Android conçu par le géant américain de l'internet Google, ils sont de facto compatibles avec la boutique d'applications et contenus "Docomo market" de l'opérateur japonais.

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Les traditionnelles grandes chaînes de librairies japonaises, dont Maruzen (groupe CHI), Junkudo et Kinokuniya, ne tentent pas de lutter contre le livre numérique, par peur d'être désertées, mais essaient de profiter de cette nouvelle façon de lire pour amplifier les achats d'ouvrages, en combinant les ventes de livres imprimés et dématérialisés.
Grâce à des programmes de fidélité, à leur solide expérience et à leur connaissance des clients, elles prévoient par exemple d'offrir des conseils de lecture ainsi que des réductions sur des ouvrages sur papier pour les clients de livres numériques, ou l'inverse.

Toute la question est de savoir désormais vers quels produits vont se diriger les clients: liseuses simples (type Reader de Sony), tablettes multimédias (type iPad d'Apple ou Galapagos de Sharp)? Eh bien la réponse est peut-être bien... aucun des deux, mon capitaine. En effet, on peut très bien imaginer que les lecteurs préfèrent utiliser un seul et même appareil pour tout faire et que celui qui leur apparaisse dans ce cas le plus pratique soit... le téléphone portable, éventuellement avec un écran plus grand que les modèles les plus courants actuellement, autrement dit un "smartphone". Bref un type d'appareil qui combine les fonctions très avancées des mobiles nippons et l'ouverture plus large apportée par les modèles sous OS de Google ou Apple.

Rappelons qu'au Japon, plus de 95% des 116,5 millions de clients des services mobiles ont un terminal de troisième génération ou équivalent et que les opérateurs gagnent désormais presque plus d'argent avec les flux d'échanges de données qu'avec les communications vocales.

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Le lancement des offres 3,9G dès cette fin d'année (norme LTE), d'abord sous forme de carte pour PC et routeurs Wi-Fi mobiles, va par la suite s'étendre aux smartphones, ce qui, compte tenu des débits accélérés, incitera à télécharger encore plus de contenus. C'est du moins le nerf de la guerre dans laquelle se lancent les ninja nippons.
Modifié le 01/06/2018 à 15h36

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