La biométrie ridiculisée par une enquête de Cash Investigation

Nos frontières automatisées sont des passoires. C'est en substance ce que révèle la dernière enquête de Cash Investigation, qui dénonce l'« illusion sécuritaire » qu'est la biométrie.

Parafe valide les empreintes d'un tiers

C'est le dernier coup de Cash Investigation. Dans leur enquête sur « le business de la peur », diffusée lundi soir sur France 2, Jean-Pierre Canet et Arthur Bouvart montrent comment ils ont traversé la frontière à l'aéroport après avoir interverti leurs passeports.

Ils ont déjoué le contrôle automatisé aux frontières des aéroports, appelé Parafe, encore plus facilement qu'ils ne le pensaient. Les fausses empreintes digitales qu'ils avaient fabriquées artisanalement n'ont pas fonctionné, mais elles n'ont pas déclenché l'intervention de douaniers comme elles auraient dû. Pire, le sas s'est ouvert avec les véritables empreintes des deux journalistes, alors qu'elles ne correspondaient pas à celles attendues, c'est-à-dire à celles enregistrées sur les passeports biométriques intervertis.

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Le détecteur d'empreinte digitale utilisé pour Parafe est pourtant « adapté au contrôle d'accès aux zones sensibles, au contrôle aux frontières et aux transactions bancaires qui requièrent le plus haut niveau de sécurité », et il est supposé « résister aux tentatives de fraude ». Il s'agit du MSO 301, émanant d'un leader mondial de la sécurité, le français Safran Morpho. C'est le premier à recevoir la certification la plus haute du secteur.

Le capteur le plus sécurisé trompé comme un vulgaire iPhone

Un peu plus tôt dans l'enquête, l'équipe de Cash Investigation a confié ce lecteur d'empreintes digitales à Starbug, membre du célèbre Chaos Computer Club (CCC). Et la méthode avec laquelle il avait déjoué le capteur Touch ID qu'Apple intègre à ses téléphones depuis l'iPhone 5s fonctionne aussi avec ces capteurs d'empreintes digitales dernier cri. Une photo d'une empreinte digitale, une imprimante, du papier transparent et de la colle à bois suffisent donc à tromper la machine, neuf fois sur dix.

La fiabilité relative de la biométrie, du moins celle des empreintes digitales, est acceptable lorsque c'est un substitut de confort à un code à 4 chiffres verrouillant un smartphone. Elle ne l'est pas lorsqu'elle sécurise l'accès à une chambre d'hôtel, à une banque, à un aéroport ou à une centrale nucléaire...

« La biométrie prospère pour lutter contre le terrorisme, » conclut l'enquête, mais « elle affaiblit au contraire la sécurité des frontières ». Le directeur de la police aux frontières assure que la sécurité de Parafe a été renforcée suite à la démonstration des deux journalistes de Cash Investigation. Mais Safran Morpho refuse désormais de communiquer à ce sujet.

L'enquête « Le business de la peur », qui traite également de la vidéosurveillance et de l'usurpation d'identité, est disponible en rattrapage pour quelques semaines sur FranceTV Pluzz.


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Modifié le 01/06/2018 à 15h36
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