P2P : vent de panique sur les serveurs eDonkey ?

Alexandre Laurent
18 septembre 2007 à 19h10
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Les adeptes du téléchargement l'auront sans doute déjà remarqué : il se passe des choses inhabituelles sur le réseau eDonkey et les principaux serveurs européens utilisés pour la mise en relation des différents utilisateurs apparaissent hors ligne ou ne répondent plus aux requêtes des utilisateurs. Pour certains, la cessation d'activité de grands noms du P2P comme les DonkeyServer, BigBang ou BytesDevil sonne le glas d'eMule tandis que d'autres tempèrent, et rappelle l'efficacité du protocole décentralisé Kademlia. Certains, enfin, tirent la sonnette d'alarme et évoquent un possible blocage généralisé du réseau par les fournisseurs d'accès à Internet au niveau européen. eDonkey dans la tourmente ? A défaut de réponses définitives, voici un tour de la question.

Concrètement, que se passe-t-il ?

Contrairement à ce que certains laissent entendre, il n'existe à l'heure actuelle aucune coalition européenne visant à barrer définitivement la route au trafic à destination du réseau eDonkey et si certains fournisseurs d'accès à Internet brident effectivement le P2P, ils ne le font à notre connaissance pas plus sévèrement aujourd'hui qu'ils ne le faisaient hier.

Historiquement, le réseau eDonkey repose sur une série de serveurs, chacun étant capable d'accueillir un nombre donné d'internautes. Ces serveurs centralisent les fichiers disponibles et les utilisateurs connectés au réseau. A partir de ces données, ils mettent en relation les différents clients eMule pour que A puisse télécharger chez B pendant que B récupère lui-même un fichier chez C.

Depuis une quinzaine de jours, il est avéré que certains de ces serveurs, parmi les plus importants en termes de capacité (plusieurs centaines de milliers de clients simultanés), ne répondent plus correctement aux requêtes des internautes : ils ne renvoient plus de résultats de recherche, n'assurent plus la mise en relation entre les clients ou sont tout simplement inaccessibles.

Bien que les performances globales du réseau eDonkey souffrent de la baisse de régime de certains de ses plus solides piliers, la machine ne s'arrête pas de tourner, notamment parce qu'il reste de nombreux serveurs en activité. De plus, le client eMule intègre en effet depuis plus de deux ans un nouveau protocole, baptisé Kademlia, qui présente la particularité de changer chaque utilisateur en un mini serveur capable de gérer des mises en relation et d'accueillir des recherches de fichiers. Kademlia fonctionne de façon parfaitement décentralisée : couper une tête ne servirait à rien puisque chaque entité du réseau est une tête en puissance. Le réseau est donc virtuellement indestructible, à moins qu'une décision radicale soit imposée aux fournisseurs d'accès.

Pourquoi ces quelques serveurs ne fonctionnent-ils plus correctement ?

Chacun de ces serveurs est administré par une petite équipe, qui se charge de récolter les fonds nécessaires à l'achat ou à la location des machines, ainsi que de la gestion de ces dernières. Le statut de ces administrateurs vis à vis de la loi est relativement flou car les serveurs eDonkey n'hébergent pas les contenus qu'ils servent à faire circuler, à l'exception des oeuvres et programmes libres de droit. De fait, ils ne diffusent aucun fichier illégal au sens strict du terme, même s'il parait difficile de réfuter leur rôle dans la circulation de contenus soumis au droit d'auteur.

Différents associations telles que l'Ifpi (Fédération internationale du disque) tentent régulièrement d'intimider les administrateurs de ces serveurs. L'une d'elles, basée aux Pays-Bas et baptisée Brein - pour Bescherming Rechten Entertainment Industrie Nederland - affirme dans une note datée du 14 septembre être à l'origine de la mise hors ligne de douze serveurs eDonkey. La Brein indique avoir fait parvenir un avertissement aux hébergeurs utilisés par certains de ces serveurs. Bien qu'elle reconnaisse ne pas forcément détenir l'identité des administrateurs qui se cachent derrière ces machines, elle suppose que ces avertissements ont porté leurs fruits. « Parfois, les sites ou les serveurs disparaissent sans prévenir. Les responsables ne veulent jamais admettre que cela a à voir avec nous », déclare Tim Kuit, en charge des destinées de la Brein.

D'autres auraient pris le parti de réduire leurs activités par crainte de futures représailles. Ce serait par exemple le cas des administrateurs des fameux « Donkey Server ». Cette marque de prudence pourrait être rapprochée de récentes décisions prises en Allemagne et visant à intensifier la riposte contre ceux qui administrent des serveurs dédiés aux échanges de fichiers, puisque l'on parle maintenant d'une amende de 20.000 euros par morceau de musique. De quoi faire réfléchir les plus audacieux, même s'il faut en théorie que les fichiers soient stockés sur le serveur pour que la responsabilité de l'administrateur soit engagée.

Non, eMule n'est pas mort, et les quelques phénomènes constatés ces derniers jours ne signifient pas que le réseau eDonkey va s'éteindre. Bien qu'imparfait, Kademlia pallie en partie le manque de serveurs, et certains ne tarderaient pas à remettre sur pied de nouvelles machines dans des pays laxistes si la fermeture des poids lourds était avérée. Mais n'en déplaise aux partisans de la libre circulation des oeuvres de l'esprit, des mesures visant à étouffer les réseaux P2P finiront sans doute par être mises en place. De l'arsenal judiciaire utilisé pour lutter contre les pirates à la petite semaine au filtrage qui pourrait être imposé aux FAI, les moyens de riposte contre le P2P ne manquent pas.
Modifié le 01/06/2018 à 15h36

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