Le gouvernement a annoncé lundi soir le remplacement de Parcoursup par un nouveau système d’admission dans l’enseignement supérieur, attendu pour la campagne 2028. La session 2027 servira de transition, avec des refus désormais clairement expliqués aux candidats.

Parcoursup ne sera bientôt plus qu'un souvenir. Les ministres Édouard Geffray et Philippe Baptiste ont acté ce lundi 26 octobre le remplacement de la plateforme d'admission dans l'enseignement supérieur, à compter de la campagne 2028. Il y a une semaine à peine, tout laissait pourtant penser qu'elle serait seulement retouchée, pas débranchée. Entre-temps, la colère lycéenne n'est pas retombée, plus de 100 000 contributions (difficilement traçables) ont afflué en dix-huit jours de consultation, et le gouvernement a fini par changer de braquet, avec une piste qui va forcément faire parler : un outil d'orientation dopé à l'intelligence artificielle.
L’après-Parcoursup se dessine déjà, intelligence artificielle comprise
Que la promo 2027 du lycée se rassure. Les élèves de terminale passeront bien par Parcoursup en 2027, et les règles ne changeront pas en cours de procédure. Le nouveau système annoncé lundi par les ministres de l'Éducation nationale et de l'Enseignement supérieur, concernera ceux qui sont aujourd'hui en première et en seconde. Pour le concevoir, un comité de réforme réunissant les lycéens et enseignants autour des ministres va s'installer dès maintenant, et ses premières recommandations sont attendues d'ici la fin novembre. L'urgence n'est pas feinte en tout cas, puisque 22,3 % des contributions à la consultation pointaient le stress causé par l'orientation et la plateforme.
Alors, à quoi ressemblera l'héritier ? Le gouvernement évoque un outil d'orientation enrichi par l'intelligence artificielle, nourri des résultats des campagnes passées, pour aider chaque lycéen à viser des formations cohérentes avec son parcours et ses envies. La place du contrôle continu sera elle aussi rediscutée, tout comme la mention du lycée d'origine, dont les lycéens réclament la suppression. Pour y parvenir, un groupe d'experts devra d'abord trouver comment comparer équitablement des notes attribuées dans des établissements différents, afin de préparer des décisions pour 2028. En ce qui concerne l'IA, aucun détail technique n'a été donné, il est encore tôt. La question des données sera pourtant scrutée de près, après la fuite ayant touché 705 000 anciens candidats, fuite révélée au printemps.
Les députés et sénateurs auront de quoi faire. Un débat dédié doit se tenir « très rapidement » au Parlement pour recueillir les propositions de chaque groupe politique, et si la réforme impose de modifier la loi, un texte spécifique sera déposé. Car il faut préciser que Parcoursup est en effet encadré par la loi du 8 mars 2018, qui fixe notamment les priorités accordées aux boursiers et aux résidents de l'académie, priorités que la plateforme promet d'ailleurs de mieux expliquer. Tourner la page d'un système qui a brassé plus d'un million de candidats en 2026 prendra forcément un peu de temps. Et le chemin pourrait être laborieux.

En attendant, Parcoursup 2027 devra jouer la carte de la transparence
Pour sa dernière campagne avant la relève, Parcoursup devra davantage justifier ses décisions. Le gouvernement annonce ainsi onze mesures de clarification, dont neuf dès la session 2027. Chaque formation affichera les critères et pondérations utilisés l'année précédente pour examiner les dossiers. Surtout, chaque refus sera accompagné d'éléments d'explication à partir de juin 2027, et les formations devront motiver leur décision si un candidat le demande. Le « non » sans un mot, reçu un bouillant soir de juin, devrait appartenir au passé. Pour ouvrir un peu la boîte noire, des enseignants de lycée et des élus lycéens pourront aussi siéger dans les commissions d'examen des vœux des établissements volontaires, tandis qu'une commission dite CLAIRE (pour Commission locale d’accès aux informations sur la réussite étudiante) verra le jour dans chaque académie pour décortiquer les résultats des procédures, lycéens compris.
La lettre de motivation, peaufinée jusqu'à l'épuisement par des générations de candidats, ne sera plus exigée que par les formations qui en ont réellement l'usage. Les cursus volontaires pourront se présenter en vidéo dès 2027, avant que toutes les formations s'y mettent en 2028, année très importante où sont aussi attendus un simulateur et la présentation des profils admis. Chaque lycée organisera un accompagnement à l'orientation dès la seconde, les parents auront leur propre parcours sur la plateforme Avenir(s) de l'Onisep début 2027, et une journée d'immersion dans le supérieur sera proposée aux élèves de première et de terminale, partout où c'est possible. Autre promesse faite par le gouvernement ce soir, un droit à l'erreur. Se réorienter dès le premier semestre deviendra en théorie plus simple, grâce à des plateformes académiques qui recenseront les places disponibles en première année.
Une plateforme plus lisible ne suffira toutefois pas si les places manquent. Le gouvernement en promet 15 000 de plus entre 2027 et 2028, en ciblant d'abord l'Île-de-France, qui concentre plus de 90 % des difficultés d'affectation. Le dossier de presse transmis à la rédaction nous dit qu'en 2025, il y a eu 8 780 admis en BUT pour 8 802 places. Faute de places, les bacheliers technologiques doivent se rabattre sur les BTS, au détriment des bacheliers professionnels. D'où 10 000 places en BTS, 4 000 en BUT et 1 000 pour accompagner la licence accès santé, qui remplacera les PASS et LAS à la rentrée 2027. Pour les encadrer, le gouvernement proposera par amendement au budget 2027 la création de 1 264 postes d'enseignants en BTS et de 204 en IUT et en licence accès santé. Un algorithme, aussi transparent soit-il, ne crée pas de places assises. C'est sur ce terrain que la réforme sera en partie jugée.