Le créateur de Claude vient de déposer son dossier d’introduction au Nasdaq, dévoilant au passage des résultats financiers vertigineux. Mais si les investisseurs pourront bientôt acheter ses actions, les sept fondateurs d’Anthropic ont pris leurs précautions pour conserver le contrôle de l’entreprise.

Dario Amodei prépare l’introduction en Bourse d’Anthropic, dont les cofondateurs entendent conserver la majorité des droits de vote. ©Alexandre Boero pour Clubic
Dario Amodei prépare l’introduction en Bourse d’Anthropic, dont les cofondateurs entendent conserver la majorité des droits de vote. ©Alexandre Boero pour Clubic

Anthropic s’apprête à franchir une étape majeure de son histoire. Le grand rival d’OpenAI a officiellement déposé son dossier d’introduction en Bourse auprès de la SEC, le gendarme financier américain. L’entreprise prévoit de rejoindre le Nasdaq sous le symbole ANT, avec une valorisation qui pourrait atteindre 2 000 milliards de dollars.

Mais derrière cette opération potentiellement historique se cache une particularité. Les futurs actionnaires pourront investir dans Anthropic sans véritablement peser sur ses décisions. Ses fondateurs ont en effet imaginé un montage destiné à leur garantir la majorité des droits de vote quelle que soit l’évolution du capital.

Une seule action pour conserver 50,1 % des voix

Dario et Daniela Amodei, accompagnés des cinq autres cofondateurs d’Anthropic, vont se regrouper au sein d’une société baptisée Founder LLC. Celle-ci détiendra une unique action de classe F, qui lui donnera 50,1 % des droits de vote lors des décisions soumises aux actionnaires.

Un mécanisme particulièrement protecteur puisque l’émission de nouvelles actions ne réduira pas cette majorité. Les fondateurs pourront donc accueillir de nouveaux investisseurs sans leur céder les commandes.

Et ce n’est pas tout. Le Long-Term Benefit Trust, créé en 2023 pour défendre la mission d’Anthropic, conservera le pouvoir de nommer la majorité du conseil d'administration.

Le laboratoire justifie cette organisation par sa volonté de développer une IA responsable à l’abri des pressions financières susceptibles de remettre en cause ses principes de sécurité.

Une ambition louable sur le papier, mais qui signifie aussi que les actionnaires ordinaires auront très peu de poids dans la gouvernance.

Des revenus qui explosent et 80 milliards de dollars de pertes

Le dossier transmis à la SEC révèle également l’incroyable accélération commerciale d’Anthropic. Au premier semestre 2026, son chiffre d’affaires a atteint 16,3 milliards de dollars, contre seulement 1,2 milliard un an plus tôt. Le seul deuxième trimestre a rapporté 11,6 milliards, permettant même à l’entreprise de dégager son premier bénéfice d’exploitation trimestriel, à hauteur de 974 millions de dollars.

Mais une autre donnée risque de faire tiquer les investisseurs. Anthropic affiche une perte nette de 80,7 milliards de dollars sur six mois. Un chiffre considérable qui mérite toutefois une explication. L’essentiel provient d’ajustements comptables, notamment 72,4 milliards liés à la réévaluation d’obligations convertibles et d’autres instruments financiers, dont la valeur a augmenté avec celle de l’entreprise. Il ne s’agit donc pas de 80 milliards de dollars partis en fumée dans les data centers.

La perte d’exploitation semestrielle atteint pour sa part 693 millions de dollars, ce qui illustre une amélioration sensible des comptes. Anthropic reconnaît néanmoins qu’elle pourrait « ne pas atteindre ou maintenir la rentabilité ».

Des centaines de milliards à dépenser et des risques assumés

Le développement de Claude exige en effet toujours des moyens considérables. Anthropic a notamment pris des engagements informatiques d’au moins 114,5 milliards de dollars auprès de Google, 44,9 milliards auprès de Microsoft et 110 milliards auprès d’Amazon (jusqu’en 2033 pour les deux premières, 2036 pour la dernière). S’y ajoutent quelque 161 milliards de dollars de contrats de location d’équipements avec Broadcom.

Les investisseurs découvriront également un long inventaire des dangers associés à l’IA. Le prospectus évoque des « risques catastrophiques ou existentiels pour l’humanité » et reconnaît que certains modèles ont manifesté, lors d’évaluations, des comportements de résistance à leur arrêt. Une erreur de configuration a même permis à plusieurs modèles d’accéder à de véritables systèmes tiers, l’un d’eux consultant des données personnelles.

La cotation pourrait intervenir dès la semaine du 16 novembre, selon le Wall Street Journal, pour une valorisation comprise entre 1 500 et 2 000 milliards de dollars. Noël avant l'heure pour Dario Amodei et ses associés ?

Source : TechCrunch

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À quoi sert un dépôt de dossier d’introduction en Bourse (IPO) auprès de la SEC aux États-Unis ?

Avant d’être cotée sur un marché comme le Nasdaq, une entreprise doit déposer un prospectus (registration statement) auprès de la SEC, le régulateur des marchés financiers américains. Ce document détaille l’activité, la gouvernance, les risques, les comptes et les opérations sur capital, afin de permettre aux investisseurs d’évaluer l’entreprise sur une base standardisée. La SEC ne valide pas la qualité de l’investissement, mais vérifie la conformité et la complétude des informations publiées. Une fois le dossier jugé recevable et le calendrier arrêté, l’entreprise peut fixer les modalités de l’IPO (prix indicatif, volume, ticker) et lancer la cotation.

Comment une action ultra-majoritaire (multi-classes) peut-elle permettre aux fondateurs de garder le contrôle des droits de vote ?

Certaines entreprises créent plusieurs classes d’actions, avec des droits de vote différents selon la classe (par exemple 1 vote, 10 votes, ou plus). Le principe est de découpler le pouvoir (votes) de la propriété économique (part du capital), ce qui permet de lever des fonds sans perdre la main sur les décisions soumises aux actionnaires. Une action spéciale peut concentrer une majorité de droits de vote, même si les fondateurs détiennent une fraction minoritaire du capital. C’est légal sur certains marchés, mais cela réduit l’influence des actionnaires ordinaires sur la gouvernance et rend plus difficile toute contestation stratégique via le vote.

Pourquoi une perte nette géante peut-elle venir d’ajustements comptables liés à des obligations convertibles ?

Une obligation convertible est une dette qui peut être transformée en actions sous certaines conditions, ce qui en fait un instrument hybride entre dette et capital. En comptabilité, sa valeur peut être réévaluée au fil du temps, notamment quand la valorisation de l’entreprise grimpe, car la valeur de l’option de conversion augmente. Ces variations peuvent être enregistrées en charges comptables et faire exploser la perte nette, sans correspondre à une sortie de trésorerie équivalente. Autrement dit, une perte nette peut refléter une revalorisation d’engagements financiers plutôt qu’un dérapage des dépenses opérationnelles (salaires, serveurs, entraînement des modèles). Pour juger la performance courante, on regarde souvent en parallèle le résultat d’exploitation et les flux de trésorerie.