La start-up chinoise Moonshot AI, créatrice du chatbot Kimi, s’exporte à Singapour. Après le choc provoqué par son dernier modèle, elle veut désormais transformer l’essai en chiffre d’affaires. Au grand dam des États-Unis.

Moonshot AI s'exporte en dehors de Chine. ©Samuel Boivin / Shutterstock
Moonshot AI s'exporte en dehors de Chine. ©Samuel Boivin / Shutterstock

Fondée à Pékin en 2023 par Yang Zhilin, Moonshot AI compte parmi les « tigres de l’IA », ces jeunes pousses chinoises qui défient OpenAI et Anthropic avec des modèles moins chers et souvent ouverts à tous. Et elle peut compter sur des soutiens de poids, notamment les monstres de la tech locaux Alibaba, Tencent ou Meituan. La start-up jouit aujourd’hui d’une valorisation de 35 milliards de dollars, de quoi viser bien plus loin que son marché d’origine.

La nouvelle étape d’une expansion éclair

Moonshot AI a publié une offre d’emploi à Singapour, rapporte Reuters, où elle recherche un profil venu de la vente, du conseil, du capital-risque ou de la tech, chargé de nouer des partenariats et d’implanter la marque. Une entité du groupe y est enregistrée depuis 2023 et a été rebaptisée Novascent en juin.

Mais pourquoi une implantation dans la cité-État est un signal fort ? Car celle-ci est devenue la plaque tournante de l’IA en Asie du Sud-Est. Anthropic doit y ouvrir un bureau en octobre, et OpenAI y a annoncé en mai un laboratoire dédié. Il s’agit, en outre, d’une trajectoire déjà bien connue dans l’écosystème tech chinois : Shein y a installé son siège pour se présenter comme un groupe mondial, tandis que ByteDance, maison mère de TikTok, y a établi son quartier général pour la région.

Il faut dire que Moonshot AI dispose d’un atout de taille pour s’imposer. Lancé en juillet, Kimi K3 est le plus gros modèle ouvert jamais publié. Ses performances approchent celles des meilleurs systèmes américains, d’après la firme, pour un coût nettement plus bas. Le succès est tel que ses revenus annualisés sont passés de 300 millions de dollars en juin à plus d’1 milliard en août. Elle vise les 2 milliards d’ici à la fin de l’année.

Kimi
  • Écosystème agentique très complet
  • Contexte K3 particulièrement étendu
  • Web, mobile et desktop

Une ascension qui inquiète à Washington

Mais cette ascension fulgurante a forcément attiré l’attention de Washington. La Maison-Blanche accuse Moonshot AI d’avoir copié le modèle Fable d’Anthropic pour entraîner K3, via une technique appelée « distillation ». Elle lui reproche aussi d’avoir accédé, en Thaïlande, à des serveurs équipés de puces NVIDIA dont l’exportation vers la Chine est interdite. 

Attention tout de même, car quitter la Chine ne met pas forcément à l’abri. Manus AI en est un parfait exemple : après s’être installée à Singapour, la start-up a été rachetée par Meta pour plus de 2 milliards de dollars. Une opération qui a fait frémir Pékin, l’opération est désormais bloquée, tandis que les deux cofondateurs ont interdiction de quitter l’Empire du Milieu.

Moonshot, elle, ne semble pas vouloir rompre avec la Chine, elle prépare même une introduction en Bourse à Hong Kong. Malgré tout, son expansion risque d’être compliquée alors que la guerre technologique avec les États-Unis s’intensifie. Le gouvernement américain vient d’ailleurs d’interdire DeepSeek, autre champion chinois de l’IA, dans toutes les administrations fédérales du pays.

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