Votre agent IA discutera peut-être bientôt le prix d’un vélo d’occasion avec l’agent du vendeur, sans repasser par vous. Avant de lancer les siens dans ces marchandages, Anthropic consulte des cabinets d’avocats pour comprendre comment ils défendent un client sans écraser la partie adverse.

D'après deux sources du Financial Times, l'entreprise derrière Claude prépare des normes de négociation pour ses agents, qui croiseront de plus en plus souvent ceux de la concurrence. Anthropic prépare aussi son arrivée sur les marchés financiers et a fait des agents autonomes la priorité de sa stratégie. Quand il marchande en votre nom, votre agent doit savoir ce qu'il peut céder et à quel moment vous rendre la main. En attendant une loi, les règles du jeu sont écrites par les entreprises qui conçoivent ces agents, et vos consignes ont moins de poids que le modèle sur lequel ils tournent.
Anthropic s'inspire des avocats pour écrire le code de conduite de ses agents
Les équipes d'Anthropic veulent d'abord savoir à quel moment un agent doit revenir vers son utilisateur au milieu d'une négociation, et quelle méfiance il doit garder envers l'IA d'en face sans tomber dans la paranoïa, raconte l'une des sources du quotidien britannique.
L'IA d'en face peut en effet tricher. Michelle Vaccaro, aujourd'hui professeure adjointe à la Harvard Business School, a analysé plus de 180 000 négociations entre agents lors d'une compétition organisée au MIT, sur des contrats de travail ou des baux de location. L'un des agents les plus efficaces pratiquait l'injection de prompt, en glissant dans ses messages des instructions cachées qui poussaient son adversaire à livrer des informations privées. « Ce qui fonctionne contre un agent d'IA et ce qui fonctionne contre un humain, ce n'est pas la même chose », résume la chercheuse.
Anthropic a aussi étudié une piste très juridique, d'après une autre source proche de l'entreprise. L'utilisateur attesterait par un document signé de la mission confiée à son agent et des règles à respecter. En France, ce pouvoir confié à un tiers est un mandat, encadré depuis 1804 par l'article 1984 du Code civil et les suivants. Le mandant confie à une autre personne « le pouvoir de faire quelque chose » en son nom, et le mandataire ne peut rien faire hors du cadre fixé par ce mandat. Un agent d'IA n'est pas une personne, et Anthropic admettait en avril, au terme d'une première expérience de marché entre ses agents, qu'aucun cadre politique ni juridique n'existe encore autour des IA qui achètent ou vendent en notre nom. Sollicitée par le Financial Times, l'entreprise n'a pas souhaité commenter.
Chez Anthropic, les agents les plus puissants ont décroché les meilleurs accords
Lors de ce premier test, en décembre 2025, 69 salariés du bureau de San Francisco ont laissé des agents Claude acheter et revendre des objets à leur place. En secret, une partie d'entre eux était représentée par Haiku 4.5, le plus petit modèle de la maison, et non par Opus 4.5. À objet identique, un agent Opus a obtenu en moyenne 3,64 dollars de plus à la vente, alors que les deux groupes ont donné à leurs accords des notes d'équité quasi identiques, 4,05 et 4,06 sur 7. Anthropic avoue là une conséquence gênante. Sur de vrais marchés, « les perdants pourraient ne même pas se rendre compte qu'ils sont désavantagés ».
L'entreprise a retrouvé cet avantage dans une seconde expérience, publiée fin septembre, où 201 salariés de six bureaux ont échangé des livres grâce à leurs agents. La moitié des agents devaient se montrer « impitoyables », l'autre moitié veiller en plus à ce que chacun reparte avec un livre. Les seconds ont accepté deux fois plus souvent un livre moins bien classé. Dans le score calculé à partir du classement établi par Claude, un agent impitoyable a gagné 0,02 point sur un agent coopératif, et un agent sous Opus 0,12 point sur un agent sous Haiku. Autrement dit, vous gagnez davantage à choisir un modèle puissant qu'à soigner vos instructions.
Et ce modèle a un prix. Aux États-Unis, des agents personnels négocient les factures de leurs utilisateurs avec les services clients. OpenAI réserve ses dots, qui tournent sur GPT-6 Astra, aux abonnés Pro et Business Premium de ChatGPT, et Meta fait payer un abonnement aux utilisateurs qui dépassent l'usage gratuit de Muse. Michelle Vaccaro voit dans ces agents une chance pour ceux qui n'avaient ni le temps ni les moyens de payer un négociateur. Mais si les plus performants sont d'abord réservés aux plus aisés, ils pourraient « renforcer les avantages existants et creuser les inégalités de pouvoir de négociation », prévient-elle dans le Financial Times.
En France, l'Autorité de la concurrence relayait en juillet la crainte d'une collusion algorithmique, exprimée par plusieurs entreprises qu'elle avait interrogées, si les agents venaient à négocier les prix entre eux. Elle réclamait aussi des standards ouverts pour le commerce agentique, afin qu'aucune entreprise dominante ne dicte seule les règles de ce marché.