Aux États-Unis, des agents IA personnels épluchent les relevés bancaires de leurs utilisateurs à la recherche d’abonnements oubliés ou en double, puis discutent directement avec les services clients pour faire baisser les factures. Assureurs et opérateurs télécoms, qui profitaient de la passivité de leurs clients, ont désormais affaire à un interlocuteur infatigable. En France, ces agents pourraient parfois négocier avec l’IA du service client d’un opérateur.

Noah Shinn dirige l’agent IA Instinct. Invité du podcast « Invest Like the Best », il a expliqué que son outil passe en revue les transactions bancaires de l’utilisateur, repère les abonnements oubliés, les doublons ou ceux qui sont inutiles puis les annule. « Il renvoie simplement le montant de l’économie réalisée », a-t-il résumé. Cet argument d’économies est aussi celui de Meta qui vend Muse, mais les Européens devront encore patienter avant de pouvoir l’utiliser.
Imaginons que 5 % des assurés auto et habitation américains passent par un agent et décrochent un tarif inférieur de 10 %. Les assureurs perdraient alors 2,8 milliards de dollars de primes par an, d’après les calculs de Business Insider. Pour arracher ces économies, un agent lit les comptes de son utilisateur puis dialogue avec le service client, par écrit ou par téléphone. En France, selon l’opérateur contacté, il dialoguerait avec un conseiller ou avec une IA.
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Comment un agent repère et décroche une économie
Muse a besoin d’un accès étendu pour mener ces tâches. Meta fait tourner chaque agent dans une machine virtuelle dédiée, hébergée dans le cloud. Un second agent, Sentinel, y valide chaque action envoyée vers Internet. Pour les achats, Muse paie avec une carte à usage unique générée par Link, le service de paiement de Stripe, et Meta assure que l’agent ne voit jamais les vrais moyens de paiement de l’utilisateur.
AJ Stuyvenberg est ingénieur chez Datadog. Il a confié à ChatGPT la renégociation de son abonnement internet chez Verizon, après avoir reçu de Comcast une offre fibre plus rapide à 50 dollars par mois. Au terme d’un peu plus d’une heure de discussion en direct avec le service client, l’agent a obtenu un forfait à 69,99 dollars au lieu de 94,99 dollars, et un crédit fidélité de 47,50 dollars. Sur un an, l’ingénieur a économisé 347,50 dollars. « C’est agréable d’utiliser l’IA pour me débarrasser de certaines choses inutiles dans ma vie », a-t-il raconté à nos confrères.
David Pawlan travaille sur la croissance de Merit Systems, l’entreprise qui édite AgentCash. Il a d’abord demandé à Instinct de surveiller le prix de ses vols United. Après une baisse des tarifs, il a lancé StablePhone depuis Claude Code pour réclamer des avoirs à la compagnie. Avec ce service d’AgentCash, les appels sont passés par une IA, qui en fournit ensuite la transcription. David Pawlan a récupéré 73 dollars en trois appels d’environ cinq minutes. « L’avenir des assistants personnels résidera dans leur capacité à effectuer les tâches fastidieuses et proactives à votre place », a-t-il prédit.
En France, les opérateurs déploient leurs agents IA
Bien sûr, on se demande si un tel service est accessible en France et si demain, un agent IA pouvait négocier à notre place nos abonnements. On le rappelle, ni Muse ni Instinct ne sont proposés en France à l’heure où on écrit ces lignes. Meta réserve son agent au marché nord-américain, et Instinct fonctionne sur invitation, en version de test privée.
Mais admettons ! Un agent pourrait pourtant lire techniquement les relevés d’un client français. En vertu de la directive européenne sur les services de paiement (DSP2), les banques doivent ouvrir des interfaces de programmation (API) aux services d’information sur les comptes enregistrés. Les éditeurs d’applications d’agrégation de comptes récupèrent par ce canal les soldes et les transactions de leurs utilisateurs. Pour lire à son tour ces données, l’éditeur d’un agent devrait être enregistré auprès de l’ACPR, ou dans un autre pays de l’Union grâce au passeport européen. Il pourrait aussi passer par un prestataire enregistré. Son agent consulterait alors les comptes sans demander à l’utilisateur ses identifiants bancaires.
Côté négociation, l’agent pourrait avoir affaire à un conseiller ou à une autre IA. Bouygues Telecom a annoncé en décembre 2025 le déploiement d’agents IA conçus avec ILLUIN Technology, une scale-up française, et fondés notamment sur les modèles Gemini de Google. Ces agents sont branchés sur la facturation, le CRM et la téléphonie de l’opérateur. L’opérateur prévoit d’éviter 2,5 millions d’appels pour cette année et d’automatiser la moitié de ses échanges avec les clients d’ici trois ans. Des conseillers prendraient donc toujours en charge l’autre moitié. Bouygues Telecom avait lancé dès 2024 un assistant de vente conversationnel avec Google Cloud.
Les marchands exigent aussi de savoir à qui ils parlent. Amazon a bloqué Muse sur son site en lui reprochant de naviguer sans révéler sa nature d’agent automatisé. « Les entreprises ont toujours une longueur d’avance pour rendre ces processus plus difficiles », a observé Ben Winters, directeur de l’IA et de la protection de la vie privée à la Consumer Federation of America.
Tony Soloman, directeur de l’analyse des assurances chez JD Power, s’attend à une bataille entre IA. « Je m’attends également à ce que les opérateurs utilisent l’IA pour mieux gérer les risques liés à certains de ces clients, en étant plus proactifs pour tenter de conserver les activités les plus rentables », a-t-il prévenu.
Quoi qu’il en soit, en France, nous en sommes encore au stade de la théorie.
En Europe, la directive DSP2 impose aux banques de proposer des API permettant à des services tiers autorisés d’accéder aux données de compte avec le consentement explicite de l’utilisateur. Concrètement, l’accès passe par un parcours d’authentification forte (SCA) côté banque, puis l’application récupère soldes et transactions via des jetons d’accès plutôt qu’un mot de passe. Ces services sont typiquement des AIS (Account Information Service), utilisés par les apps d’agrégation de comptes. Cela limite le partage d’identifiants et réduit certains risques, mais n’élimine pas les enjeux liés au périmètre d’accès, à la durée du consentement et à la sécurisation du prestataire.
En France, un acteur qui fournit un service d’information sur les comptes doit être enregistré (ou agréé selon le cas) et supervisé, notamment par l’ACPR, pour opérer légalement. Une fois autorisé dans un pays de l’Union européenne, il peut généralement proposer ses services dans les autres États membres via le mécanisme de passeport européen, sans refaire toute la procédure dans chaque pays. Ce cadre vise à harmoniser la conformité (sécurité, gouvernance, protection des données, gestion des incidents) et à identifier un responsable en cas de manquement. Dans la pratique, un agent IA pourrait soit obtenir ce statut, soit s’appuyer sur un prestataire déjà enregistré qui fournit l’accès aux API bancaires.
Une machine virtuelle dédiée sert à isoler l’agent et sa navigation du reste du système, afin de réduire les risques de fuite de données et de limiter l’impact d’un comportement indésirable. Ce type de “sandbox” permet aussi de tracer précisément les actions (clics, formulaires, requêtes) et de rejouer un scénario en cas d’audit ou d’incident. Ajouter un second agent de contrôle (validation avant envoi sur Internet) revient à mettre une couche de garde-fous : vérification de l’intention, détection d’actions sensibles, blocage de tentatives d’exfiltration. Cela ne garantit pas l’absence d’erreur, mais c’est une architecture courante pour encadrer des agents capables d’agir, pas فقط de répondre.