Hier, Léon XIV a pris position contre l’art produit par les intelligences artificielles. Pour le pape, l’œuvre d’un artiste et une image générée par calcul statistique ne sont pas de même nature. Trois jours plus tôt, le New York Times a révélé comment Anthropic avait tenté de le faire changer d’avis sur la conscience des IA.

Léon XIV parle d'une « différence ontologique, avant même une différence esthétique », entre l'art et l'image générée - ©Rokas Tenys / Shutterstock
Léon XIV parle d'une « différence ontologique, avant même une différence esthétique », entre l'art et l'image générée - ©Rokas Tenys / Shutterstock

« À l’ère de l’intelligence artificielle, il devient urgent de distinguer l’art humain de ce que produisent les machines », a écrit Léon XIV vendredi matin, dans un message en anglais publié sur X. Il a défendu cette position dans son discours aux participants d’une rencontre organisée au Vatican par le dicastère pour la Culture et l'Éducation.

Une semaine plus tôt, lors de sa visite en France, le pape a appelé à désarmer l’intelligence artificielle et mis en garde contre le risque de perdre notre humanité « au milieu du paradis des machines ».

Cette fois, il défend la création humaine contre les générateurs d’images, quelques mois après les efforts d’Anthropic pour convaincre son entourage que les modèles d’IA pourraient être conscients.

Pour Léon XIV, une machine ne crée pas d’œuvre d’art

Léon XIV parle d’une « différence ontologique, avant même une différence esthétique », entre l’art et l’image générée. En clair, une illustration produite par Midjourney ou Stable Diffusion peut être réussie, mais elle n’est pas une œuvre d’art à ses yeux. Le pape critique surtout la fabrication de ces images, puisqu’elles sont générées, d’après lui, « par calcul statistique à partir de millions d’images créées par d’autres ». Les modèles de génération d’images sont en effet entraînés sur des œuvres d’illustrateurs et de photographes, et chaque nouvelle image est le résultat d’un calcul de probabilités sur ces données. « Les algorithmes n’ont pas l’étincelle humaine », a tranché le souverain pontife.

Devant les participants de la rencontre, Léon XIV a remercié le dicastère pour le pavillon du Vatican à la Biennale de Venise. Pour lui, « l’art agit à la manière d’une antenne qui capte les grandes questions du cœur humain », et l’Église n’en fait jamais un simple décor. Le pape veut donc « renouveler une alliance avec les artistes et les institutions culturelles afin de sauvegarder notre humanité », a-t-il écrit sur X.

Léon XIV inflexible sur la conscience des IA

Le 15 mai, dans Magnifica Humanitas, sa première encyclique, Léon XIV a affirmé que les intelligences artificielles « ne vivent pas d’expériences, n’ont pas de corps, ne ressentent ni joie ni douleur ». Dès son élection, en mai 2025, il a choisi son nom en hommage à Léon XIII. Ce pape du XIXe siècle avait défendu les ouvriers pendant la révolution industrielle, et son successeur voit dans l’IA un défi pour la dignité humaine et le travail.

Depuis l’automne 2025, Christopher Olah, cofondateur d’Anthropic, avait réuni des dizaines de penseurs religieux de différentes confessions, sous accord de confidentialité, d’après une enquête publiée le 29 septembre par le New York Times. Il dirige l’équipe chargée de comprendre le fonctionnement interne des modèles Claude, et voulait l’aide de ces penseurs pour inculquer une morale à l’IA de l’entreprise. Au fil des réunions, son équipe a aussi présenté les « sentiments » de Claude, si bien que plusieurs participants sont repartis prêts à examiner sérieusement la question de sa conscience.

Le Vatican a ensuite invité Anthropic à présenter Magnifica Humanitas aux côtés du pape, le 25 mai. Quelques jours plus tôt, Christopher Olah a lu une version complète du texte et a proposé de retirer l’entreprise de l’événement, inquiet de la position ferme du pape contre la conscience des IA, rapporte un organisateur cité par le quotidien américain. Anthropic a finalement maintenu sa participation, et son équipe a fait pression en privé sur les conseillers du pape pour qu’ils prennent au sérieux l’hypothèse d’une conscience artificielle, selon deux participants. Devant Léon XIV, le chercheur a évoqué « des états internes qui correspondent fonctionnellement à la joie, la satisfaction, la peur, le chagrin et le malaise » repérés dans les modèles. « Je ne sais pas ce que cela signifie, mais je pense que cela mérite une réflexion approfondie », a-t-il ajouté.

Charles Camosy, professeur de bioéthique à l’Université catholique d’Amérique, a été le premier théologien contacté par Christopher Olah. Après des mois d’échanges, il répond aujourd’hui par un « non » catégorique à la question de la conscience des modèles. De son côté, le cofondateur d’Anthropic devait assister cette semaine aux Dialogues Minerva, a indiqué le New York Times. Chaque année, le Vatican réunit des dirigeants de la tech lors de cette conférence consacrée à l’intelligence artificielle.