Plus de 100 pays délivrent désormais des eVisas, des visas numériques. Sauf que les compagnies aériennes peinent toujours à vérifier leur authenticité. L'IATA, qui représente les transporteurs du monde entier, propose une solution standardisée.

Contrôle aux frontières à l'aéroport d'Heathrow, à Londres. Passeports biométriques et eVisas ne se vérifient pas encore avec la même simplicité. © 1000 Words / Shutterstock
Contrôle aux frontières à l'aéroport d'Heathrow, à Londres. Passeports biométriques et eVisas ne se vérifient pas encore avec la même simplicité. © 1000 Words / Shutterstock

Un eVisa authentique en poche, mais impossible à vérifier au comptoir d'enregistrement, c'est un peu le casse-tête que rencontrent aujourd'hui les compagnies aériennes. Chaque jour, des milliers de voyageurs se présentent à l'aéroport munis d'un visa entièrement dématérialisé, obtenu en quelques clics chez soi ou ailleurs. Le problème, c'est que côté compagnie aérienne, confirmer que ce document est bien valide relève du parcours du combattant, faute de méthode commune entre les pays. Et une erreur peut coûter cher, en moyenne 9 000 dollars par passager refoulé, ce qui pousse ce mercredi l'IATA, l'association du transport aérien international, à réclamer un vrai standard mondial de vérification.

Ce que révèle l'IATA sur la vérification des visas électroniques dans les aéroports

La simplicité du eVisa n'est en fait qu'apparente. Car s'il est devenu facile d'en obtenir un en ligne, prouver son authenticité à l'aéroport l'est beaucoup moins. Selon les pays, ce sésame numérique peut se présenter sous la forme d'un simple e-mail, d'un PDF ou d'un QR code à scanner. Reste ensuite à en vérifier la validité, et là, tout dépend du pays. Certains proposent une simple recherche sur un site officiel, d'autres exigent une connexion directe à leur base de données gouvernementale, et quelques-uns en sont encore au bon vieux contrôle manuel d'un document imprimé. Il n'existe aucune règle commune d'un pays à l'autre, et on a souvent un agent d'enregistrement sommé de jongler avec autant de procédures différentes qu'il existe de destinations.

Plus de 100 pays délivrent désormais ces visas électroniques. C'est une chance pour les voyageurs, qui règlent tout en deux clics, mais une vraie patate chaude pour les compagnies aériennes, qui sont en première ligne. Car c'est bien à elles, et non aux autorités, que revient la responsabilité de vérifier, avant l'embarquement, que chaque passager détient les bons documents pour entrer sur le territoire visé, escales et transits compris d'ailleurs.

Et en cas d'erreur, la facture peut être très élevée. Si un passager embarque sans les bons documents, c'est la compagnie aérienne qui trinque à l'arrivée, car le pays de destination peut lui infliger une amende, et parfois même lui facturer le rapatriement du voyageur refusé à la frontière. Au total, la note grimpe en moyenne à 9 000 dollars par passager mal renseigné. On comprend donc pourquoi les équipes au comptoir redoutent particulièrement ces contrôles, surtout lorsqu'un même trajet cumule plusieurs escales, chacune avec ses propres exigences de visa à vérifier. C'est comme un jeu de piste administratif, mais sans le droit à l'erreur.

© ABB Photo / Shutterstock

Comment l'IATA veut simplifier la vérification des visas numériques

L'IATA mise sur deux outils complémentaires. Son groupe de travail sur les autorités de contrôle a publié un guide de bonnes pratiques, « Non-Physical Authorizations to Travel », qui s'appuie sur les travaux déjà menés par l'OACI, qui coordonne les normes et les politiques de l'aviation civile mondiale. Le premier outil, baptisé iAPI (interactive Advance Passenger Information), permet à la compagnie d'envoyer les données du passager au gouvernement de destination dès l'enregistrement, et d'obtenir une réponse instantanée sur la conformité de son visa. Les compagnies aériennes elles-mêmes rapportent des taux de conformité documentaire jusqu'à 20 fois plus élevés dans les pays équipés d'un iAPI complet, comparés à ceux qui s'en remettent encore aux vérifications manuelles.

Le second outil, le DTA (Digital Travel Authorization), équivaut à une « autorisation numérique de voyager ». Concrètement, il s'agit d'un document électronique avec signature numérique (comme un certificat infalsifiable) qui atteste qu'un visa a bien été délivré, avec toujours la même présentation quel que soit le pays émetteur. On met fin aux formats disparates, puisque chaque gouvernement affiche l'information essentielle de la même manière, ce qui permet à n'importe quelle compagnie aérienne, où qu'elle soit dans le monde, de l'authentifier d'un coup d'œil. Son atout par rapport à l'iAPI, c'est qu'il ne nécessite aucune connexion en temps réel avec le pays de destination : le DTA fonctionne donc aussi comme filet de sécurité, y compris là où l'iAPI n'est pas encore disponible.

Le bémol, c'est que moins de 30 pays disposent aujourd'hui d'un système iAPI opérationnel, et l'adoption universelle prendra du temps, questions de sécurité nationale obligent. Mais l'IATA se veut rassurante sur ce point sensible. Elle explique qu'adopter ces standards communs ne retire strictement rien aux gouvernements en matière de politique migratoire. Ils restent seuls maîtres de décider qui a besoin d'un visa, selon quels critères, et avec quelles règles de contrôle aux frontières. L'organisation invite donc les États à avancer sans attendre une adoption mondiale parfaite, en alignant dès maintenant leurs procédures sur les standards internationaux et en associant les compagnies aériennes à la conception de leurs futurs outils, plutôt que de les mettre devant le fait accompli.