Un jeune parisien de 25 ans, qui se targue d'être très à l'aise avec l'informatique, est soupçonné d'avoir usurpé l'identité de magistrats et de policiers pour escroquer notaires et entreprises. Le préjudice pourrait atteindre un million d'euros.

Un jeune Parisien a été mis en examen pour avoir usurpé l'identité de magistrats et de policiers afin d'escroquer notaires et entreprises. © izzuanroslan / Shutterstock
Un jeune Parisien a été mis en examen pour avoir usurpé l'identité de magistrats et de policiers afin d'escroquer notaires et entreprises. © izzuanroslan / Shutterstock

L'escroquerie aux faux magistrats fait des victimes en France. Une nouvelle affaire d'usurpation d'identité vise cette fois des notaires et entreprises, avec un préjudice qui pourrait grimper jusqu'à un million d'euros. Pendant plusieurs semaines, un Parisien de 25 ans expédiaient des e-mails frauduleux, envoyés depuis d'authentiques adresses gouvernementales tombées en désuétude, directement dans les boîtes de notaires, d'entreprises et de salles de ventes. En invoquant une prétendue enquête de police, l'individu se faisait passer pour un faux procureur ou un faux commissaire et réclamait des virements bancaires et documents d'identité. Interpellé chez sa mère, l'individu a fini par tout avouer aux enquêteurs, avant d'être mis en examen pour escroquerie et blanchiment en bande organisée, puis écroué vendredi.

Comment un jeune Parisien a arnaqué notaires et entreprises en se faisant passer pour un procureur et un commissaire

Selon les informations du Parisien, tout a débuté assez discrètement, entre mai et juillet 2025. Plusieurs sociétés, associations, offices notariaux et salles de ventes reçoivent sur cette période des e-mails et des appels provenant, en apparence, de commissaires de police, de magistrats financiers, parfois présentés comme le procureur national financier ou celui de Versailles, voire de banquiers. Ces adresses, tombées en désuétude mais toujours actives, affichent bel et bien des noms de domaine en « interieur.gouv.fr » ou « justice.fr ».

Le message type envoyé fait tout pour plonger son destinataire dans l'angoisse, on connaît la chanson. Ici, le malfrat lui dit qu'il serait visée par une enquête pour soupçon de réception de fonds illicites, tout en lui demandant de le rappeler dans les plus brefs délais. Au bout du fil, des numéros dits « on/off » (des lignes activées puis coupées au gré des besoins, pour ne jamais laisser de trace durable) sont reliés à des standards téléphoniques virtuels. Ces derniers redirigent discrètement l'appel vers des cartes SIM localisées en Israël, ce qui brouille un peu plus les pistes et complique la tâche des enquêteurs.

Vient alors le moment fatidique : le faux magistrat exige des documents d'identité et des coordonnées bancaires, avant de réclamer des virements vers des comptes étrangers, notamment au Portugal et en Espagne. Parmi les victimes, certaines études notariales se voient même sommées de reverser des fonds sur un compte de séquestre présenté comme celui de l'AGRASC, l'organisme public qui gère réellement les biens saisis lors d'enquêtes judiciaires, dont l'escroc usurpe ici le nom pour donner un vernis officiel à sa demande. L'une d'elles y verse ainsi plus de 88 000 euros. Un dirigeant d'entreprise en a lui aussi fait les frais, puisqu'une ponction frauduleuse sur ses comptes a servi à financer la location de deux Skoda, ce qui semble presque anodin dans la mesure ou le préjudice total, en cours d'évaluation, oscillerait entre 150 000 euros et un million d'euros.

Un « geek » atypique face à la justice. © fokusgood / Shutterstock
Un « geek » atypique face à la justice. © fokusgood / Shutterstock

Traqué grâce à la téléphonie, le suspect finit par craquer

Les enquêteurs de l'Office central de répression de la grande délinquance financière (OCRGDF) ont remonté la piste grâce aux lignes téléphoniques et aux comptes bancaires utilisés dans ces campagnes de phishing. Les policiers ont ainsi pu remonter jusqu'à Shimon B. Son nom apparaît aussi dans une autre arnaque, cette fois par SMS, où de faux conseillers bancaires poussent leurs victimes à rappeler un numéro frauduleux pour leur soutirer de l'argent.

Sur écoute, le jeune homme a évoqué des tensions avec Marco Mouly et Gilbert Chikli, des figures connues de l'arnaque à la taxe carbone, avec des propos qu'il qualifiera ensuite de « mensonges » devant le juge. Rentré d'un séjour à Netanya, en Israël, il est finalement interpellé chez sa mère, tentant vainement de se cacher au passage, d'abord sur un balcon, puis dans une penderie. Les policiers ont saisi 4 000 euros en espèces, trois téléphones portables et un ordinateur.

Les policiers ont eu droit à des aveux complets. L'individu a expliqué avoir suivi une formation en « génie informatique », puis avoir déniché une faille dans les serveurs de la police et de la justice, une faille exploitée, selon l'enquête, depuis près d'un an. Son avocat, maître Adrien Gabeaud, a mis en avant un profil de « geek » atypique et plaidé pour un contrôle judiciaire ou un bracelet électronique. Sans emploi, jeune père de famille au casier vierge, le suspect a néanmoins été placé en détention provisoire, le temps pour les enquêteurs d'identifier ses complices, dont certains seraient basés du côté d'Israël, dans un immeuble entièrement dédié à l'escroquerie.