L’avion expérimental X-59 de la NASA a bouclé son 25e vol d’essai à Mach 1,2, avant d’entrer dans la phase qui doit confirmer qu’un vol plus rapide que le son peut ne produire, au sol, qu'un grondement discret plutôt qu'un bang.

Le X-59 est le démonstrateur du programme Quesst, piloté par la NASA. Avec sa silhouette allongée et son moteur placé au-dessus du fuselage, l’onde de choc du X-59 se disperse en plusieurs vagues plus discrètes, plutôt qu’un unique bang.
Les ingénieurs appellent ce phénomène un « sonic thump », littéralement un choc sourd, et la NASA espère, avec les données de ses essais, convaincre les régulateurs américains qu'un vol supersonique civil peut survoler des zones habitées sans gêner les riverains. Depuis son premier franchissement du mur du son, en juin, l’appareil enchaîne les vols de mise au point avant d’aborder l’étape la plus attendue du programme.
Le X-59 boucle son 25e vol avant la phase acoustique
Le 21 août dernier, le X-59 a décollé du centre de recherches en vol Armstrong, à Edwards, accompagné d’un avion de chasse pour la surveillance du vol. Le vol a duré 72 minutes, à Mach 1,2 et environ 49 000 pieds d’altitude, soit près de 15 kilomètres. Cathy Bahm, responsable du projet X-59 à la NASA a déclaré que « chaque vol nous rapproche de la transition vers la phase suivante ».
Plus tôt dans la campagne d’essais, le X-59 avait déjà volé à Mach 1,4 et 55 000 pieds. Ce sont la vitesse et l’altitude de croisière recherchées pour de futurs vols commerciaux. Le 5 juin, l’appareil avait franchi le mur du son pour la première fois, à Mach 1,1. Lors des vols précédents, l’équipe avait surtout vérifié la sécurité et la stabilité de l’appareil, avant d’aborder les performances de vitesse et d'’altitude.
Après ce vingt-cinquième vol, l'équipe du programme Quesst doit ouvrir, dans les mois à venir, la phase de validation acoustique. Des instruments installés au sol et à bord d’autres appareils mesureront la signature sonore du X-59 lors de ses passages supersoniques, avant des survols de communautés américaines sélectionnées destinés à recueillir leurs impressions sur le bruit perçu. Selon Larry Cliatt, responsable de cette validation, « c'est la phase que nous attendions ».
Washington prépare la fin de l’interdiction de 1973
Deux ans avant cette interdiction, en 1971, les États-Unis avaient abandonné leur projet d’avion supersonique civil, le Boeing 2707, un concurrent direct du Concorde. En interdisant, dès 1973, la quasi-totalité des vols supersoniques civils au-dessus du territoire américain, la FAA avait cantonné le Concorde à quelques liaisons transatlantiques, entre Paris ou Londres et New York. ON vous avait annoncé que depuis le 2 juillet, la FAA propose de remplacer cette interdiction par un critère acoustique, et un avion civil pourrait franchir Mach 1 au-dessus des terres à condition que l’intensité de son bang, une fois au sol, ne dépasse pas un seuil gênant.
Ce changement concerne l’Overture, développé par Boom Supersonic, et le X-59 de la NASA. Le premier doit voler à Mach 1,7, avec 64 à 80 passagers à bord, et ses livraisons sont espérées d’ici la fin de la décennie.
Boom Supersonic a d’ailleurs déjà fait franchir le mur du son à son démonstrateur XB-1, le 28 janvier 2025, à trois reprises et sans bang audible au sol. L’entreprise explique ce résultat par un phénomène de réfraction atmosphérique, le Mach cutoff. Au-delà d’une certaine altitude, l’onde de choc est inaudible au sol. Les ingénieurs de la NASA ont façonné le X-59 pour disperser le choc en plusieurs ondes plus discrètes. Le XB-1 de Boom Supersonic dépend plutôt de l’altitude de vol et des conditions atmosphériques du moment. Selon Blake Scholl, fondateur de Boom Supersonic, un tel vol peut être « abordable, durable et agréable, pour ceux qui sont à bord comme pour ceux qui sont au sol ».
Le régulateur américain n’a pourtant précisé aucun délai pour l’entrée en vigueur de cette nouvelle règle.
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