David Amiel, ministre du Budget et de la Fonction publique, demande aux ministères de rouvrir leurs contrats avec les prestataires informatiques de l’État. Grâce à l’IA générative, ces entreprises produisent davantage en moins de temps, et Bercy veut que cette économie profite aussi aux finances publiques.

La bamboche, c’est (encore) terminé.
Le ministère du Budget demande aux ministères de rouvrir les contrats en cours avec leurs prestataires numériques, nous apprennent Les Echos, pour revoir les unités d’œuvre facturées dans ces contrats, et intégrer des clauses de révision tarifaire périodique dans les futurs marchés.
Il a aussi envoyé une dizaine de courriers en ce sens aux ministères, à la Banque de France, au Commissariat à l’énergie atomique, rattaché aux ministères de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et des Armées, ainsi qu’aux caisses de Sécurité sociale, sous tutelle du Travail et de la Santé.
David Amiel réclame cet effort alors que les dépenses numériques des ministères ont doublé depuis 2019. Elles sont passées de 339 millions d’euros à plus de 720 millions d’euros, auxquels s’ajoutent 2,6 milliards d'euros dépensés par les opérateurs de l’État.
La facture des prestataires numériques a doublé depuis 2022
Depuis la rentrée, les ministères doivent engager un dialogue avec leurs fournisseurs numériques sur ces nouvelles conditions tarifaires. Une circulaire signée par la première ministre Élisabeth Borne, début 2023, avait pourtant durci l’encadrement du recours aux cabinets de conseil externes après l’affaire McKinsey, sans empêcher les dépenses des ministères pour les prestations des entreprises de services numériques (ESN) de doubler.
Elles sont passées de 1,7 milliard d’euros en 2022 à 3,4 milliards d'euros en 2025, selon des chiffres publiés par Les Echos. Le modèle économique de ces entreprises est aujourd’hui bousculé par l’intelligence artificielle, reconnaît Numeum, le syndicat professionnel du secteur. « Si l'IA divise le temps de développement par deux, que devient la facturation au temps passé ? », demandait l’organisation en juin.
Toutefois, selon une étude du cabinet de recherche METR qu’on vous a relayée, les tâches confiées à des développeurs expérimentés avec l’aide de l'IA ont pris 19 % de temps en plus que prévu sur des projets réels. La direction des achats de l’État va travailler avec la direction interministérielle du numérique (DINUM) pour bâtir un cadre commun aux ministères, afin qu’aucune administration ne négocie seule avec ses prestataires.

Bercy a créé sa direction de l’intelligence artificielle en juin
En juin, le ministère de l’Économie et des Finances a créé la direction de l’intelligence artificielle et du numérique (DIAN). Cette nouvelle direction pilote la transformation numérique des administrations économiques et financières, douanes et fisc compris. Le Gouvernement a par ailleurs généralisé, à la mi-juin, l’assistant conversationnel Albert auprès d’environ un million d’agents publics ; conçu par la direction interministérielle du numérique à partir des modèles ouverts Llama 3 et Mistral, hébergés en France, cet outil aide les agents à rédiger des comptes rendus ou à répondre aux courriers des usagers. Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a par ailleurs annoncé 655 millions d’euros supplémentaires pour le développement de l'intelligence artificielle dans l'’administration.
En mai, selon une étude du Cigref, qui réunit les directeurs numériques des grandes entreprises françaises, et du cabinet d’études Asterès, le surcoût annuel supporté par les organisations européennes pourrait s’élever à 140 milliards d'euros d’ici 2030, en raison de la hausse des prix du cloud et des logiciels.
Dans cette étude, les coûts du cloud et des logiciels ont augmenté de 8,7 % par an en moyenne sur les trois dernières années, quand seuls 23 % des directeurs numériques interrogés mesuraient des gains de productivité immédiats grâce à l’IA. Le Gouvernement veut que l’État bénéficie aussi des gains de productivité de l’IA chez ses prestataires. « Il faut aller chercher les gains là où ils sont », selon une source ministérielle citée par Les Echos.
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