L’Assemblée générale des Nations unies a adopté une résolution par 164 voix contre une. Elle concerne un texte qui encourage le remplacement de la projection de Mercator par des cartes plus fidèles aux superficies réelles des pays. La France a choisi la projection Eckert IV pour ses cartes officielles, et Google Maps ne prévoit aucun changement dans l’immédiat.

Pourquoi la nouvelle carte du monde adoptée par l'ONU ne va pas changer Google Maps tout de suite - ©Simonsaw125 / Shutterstock
Pourquoi la nouvelle carte du monde adoptée par l'ONU ne va pas changer Google Maps tout de suite - ©Simonsaw125 / Shutterstock

Conçue par Gerardus Mercator en 1569 pour les marins européens, la projection qui porte son nom garde les lignes de cap constantes et c’est un atout pour la navigation. Elle est aujourd’hui encore la carte la plus utilisée au monde, des salles de classe aux applications numériques. Sur cette carte, les surfaces sont de plus en plus grandes à mesure que la distance à l’équateur augmente, et l’Afrique prend une taille proche de celle du Groenland, alors que le continent est environ quatorze fois plus grand.

Le Togo a porté cette résolution à l’ONU au nom de l’Union africaine, dans le but de corriger cette distorsion. Les États-Unis ont voté contre, tandis que l’Estonie, la Géorgie, la Lituanie, la Moldavie, la Serbie et l’Ukraine se sont abstenues. La résolution n’a toutefois pas de force contraignante. Elle ne rend la projection de Mercator ni obligatoire ni interdite.

Pourquoi la carte du monde va changer

La résolution recommande l’usage d’Equal Earth, projection équivalente en surface, chaque fois que la taille des territoires importe, dans les écoles, les institutions internationales, les médias et les outils numériques. Elle ne supprime pas la projection de Mercator et n’oblige ni Google ni Apple à modifier leurs cartes.

Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, a annoncé que la France abandonnait la projection de Mercator au profit d’Eckert IV pour ses cartes officielles. « Une carte n'est jamais tout à fait neutre », a-t-il précisé, en présentant cette correction comme un exercice de vérité.

Eckert IV et Equal Earth sont différentes dans le détail, mais les deux projections conservent les surfaces au prix des angles, selon un principe partagé. Les créateurs d'Equal Earth ont d’ailleurs construit leur projection en 2018 à partir d’un mélange entre Eckert IV et une autre projection équivalente, Putnins P4’.

Robert Dussey, chef de la diplomatie togolaise, relie cette campagne aux efforts africains plus larges pour dépasser les héritages de l'ère coloniale, tout en récusant toute charge contre l'Europe - ©ONU
Robert Dussey, chef de la diplomatie togolaise, relie cette campagne aux efforts africains plus larges pour dépasser les héritages de l'ère coloniale, tout en récusant toute charge contre l'Europe - ©ONU

Google Maps ne change pas de projection pour l’instant

La résolution ne contraint personne, pas même Google Maps. Pour l’instant, l’application continue d’afficher le monde selon la projection de Mercator, alors qu’un enseignant peut remplacer l’affiche murale de sa salle de classe du jour au lendemain. Google découpe pourtant le monde en tuiles carrées pour Google Maps depuis 2005. Ce système suppose que chaque image garde une forme carrée à tous les niveaux de zoom, y compris près des pôles, et OpenStreetMap, Bing Maps, Mapbox et Esri utilisent aujourd’hui ce système de tuiles.

Or la projection de Mercator conserve les angles à toutes les échelles, et les projections équivalentes comme Eckert IV ou Equal Earth ne partagent pas cette propriété. Le Togo a d’ailleurs précisé que la résolution ne remettait pas en cause l’usage de Mercator pour la navigation maritime et aérienne.

Le texte invite cependant les entreprises qui développent des outils de cartographie et de géolocalisation à participer au mouvement, et le Togo prévoit d’échanger avec les sociétés qui exploitent des systèmes de cartographie et de GPS. Cette catégorie inclut des services comme Google Maps, et le Togo prévoit aussi de rencontrer les autres États membres de l’Union africaine dans les six prochains mois pour convenir des moyens d’élargir cette adoption. Robert Dussey, chef de la diplomatie togolaise, relie cette campagne aux efforts africains plus larges pour dépasser les héritages de l’ère coloniale, tout en récusant toute charge contre l'’Europe.

« Le monde change. L'Afrique aussi », a-t-il déclaré à Reuters.