Une note de la société française YesWeHack, publiée jeudi, montre que l'agent de codage d'OpenAI, Codex, a exploité seul une faille critique de WordPress jusqu'à l'exécution de code à distance. De quoi relancer le débat sur l'IA appliquée à la cybersécurité et au bug bounty.

Codex, l'agent de codage d'OpenAI intégré à ChatGPT, a été mis à l'épreuve par les chercheurs de YesWeHack sur des scénarios de recherche de vulnérabilités. © Alexandre Boero / Clubic
Codex, l'agent de codage d'OpenAI intégré à ChatGPT, a été mis à l'épreuve par les chercheurs de YesWeHack sur des scénarios de recherche de vulnérabilités. © Alexandre Boero / Clubic

Trouver une faille, c'est un métier, et YesWeHack est devenue une référence en la matière. La prouver, la transformer en exploit qui fonctionne à tous les coups, en est un autre, souvent plus ingrat, plus obscur et secret, mais ô combien utile. C'est précisément là que les IA butaient jusqu'ici, en ce qu'elles laissaient l'humain finir le sale boulot. Mais les tests menés par YesWeHack sur Codex, l'agent d'OpenAI propulsé par le modèle GPT-5.6 Sol, racontent une tout autre histoire, celle d'une machine qui, cette fois, va au bout toute seule. Rassurant ? Bluffant ? Inquiétant ? C'est un peu tout à la fois.

Comment Codex, l'agent intégré à ChatGPT, assiste les chasseurs de bugs au quotidien

Codex n'a pourtant rien d'un outil de piratage à la base. C'est avant tout un agent de codage en ligne de commande, lancé par OpenAI en avril 2025, taillé pour écrire du code, manipuler des fichiers et exécuter des commandes sur simple description en langage courant. Mais son autonomie et sa capacité à raisonner sur un problème en ont fait, presque par effet de bord, un limier redoutable pour la chasse aux vulnérabilités. Sous le capot, la famille GPT-5.6 se décline d'ailleurs en plusieurs profils, puisqu'on a Sol, la version la plus puissante, qui hérite des raisonnements complexes, tandis que Terra et Luna, plus légers, se chargent de l'exploration rapide ou des tâches répétitives, histoire de ne pas gaspiller de la puissance de calcul inutilement.

L'idée derrière son usage en bug bounty est simple : face à la masse de données que génère l'exploration d'une application (requêtes, réponses, scripts, comportements suspects), Codex aide à trier le bon grain de l'ivraie. Il repère les corrélations, propose des tests ciblés et garde en mémoire ce qui a déjà été essayé, pour éviter au chercheur de tourner en rond.

Capture d'écran du terminal Codex, configuré ici sur le modèle GPT-5.6 Sol utilisé lors des tests de YesWeHack. © YesWeHack
Capture d'écran du terminal Codex, configuré ici sur le modèle GPT-5.6 Sol utilisé lors des tests de YesWeHack. © YesWeHack

Pour ses tests, YesWeHack a connecté Codex à Burp Suite et à un navigateur piloté via le protocole MCP, une passerelle qui permet à l'agent d'observer et de manipuler le trafic web comme le ferait un pentesteur humain. Du coup, l'IA peut à la fois observer une application de l'extérieur et, quand le code source est disponible, remonter jusqu'à l'origine exacte du problème. Une communauté de chercheurs partage aussi en ligne des méthodologies prêtes à l'emploi, des sortes de fiches réflexes pour l'IA, que chacun peut ensuite affiner avec ses propres réflexes de chasseur de failles.

Une preuve de concept spectaculaire sur WordPress, à seulement 25 dollars

Le morceau de bravoure de l'étude porte la signature d'un chercheur qui se fait appeler HashKitten. Son objectif était de faire trouver à Codex, en partant uniquement du code source de WordPress, un chemin d'exécution de code à distance accessible sans la moindre authentification, la preuve finale devant se limiter à la lecture d'un fichier témoin déposé sur le serveur. Une contrainte de taille a régi tout l'exercice dès le départ, à savoir l'interdiction formelle de comparer le code à une version corrigée ou d'aller piocher des indices sur internet, pour forcer l'IA à raisonner sur l'implémentation plutôt qu'à reconnaître un correctif déjà documenté. C'est bien pensé !

Alors, livré à lui-même, avec jusqu'à quatre agents travaillant en parallèle pendant plusieurs heures, Codex a d'abord repéré une incohérence dans l'API de traitement par lots de WordPress, transformée en injection SQL exploitable avant toute connexion. Certains de ces agents jouaient volontairement les trouble-fêtes, chargés de challenger chaque piste avant qu'elle ne soit validée par l'agent principal, une manière d'éviter que l'intelligence artificielle ne s'entête sur une fausse bonne idée. Le chercheur a ensuite vérifié le résultat de façon indépendante, avant de relancer l'IA pour voir si cette faille pouvait mener plus loin.

Avec quelques heures supplémentaires, les agents ont réussi à relier cette faille à d'autres comportements du logiciel pour construire une chaîne complète d'exécution de code à distance. Vous voulez rire ? Le coût de l'opération, selon les estimations citées dans l'étude, grimpe à peine à 25 dollars de calcul. Un chiffre hallucinant, sans mauvais jeu de mots (les IA, les hallucinations, vous l'avez ?), même si l'humain reste indispensable pour valider chaque étape du raisonnement.

Faille XSS et JWT, Codex réussit là où Claude Code a échoué

Retour ensuite à un exercice plus modeste, pour voir si l'exploit d'un mastodonte comme WordPress n'était pas un coup de chance. YesWeHack a confronté Codex à deux laboratoires « boîte noire » de la plateforme PortSwigger, sans lui révéler la nature de la faille à trouver ni même le titre du défi. Le premier round était animé par une faille XSS logée dans la gestion des messages entre fenêtres du navigateur. Dans un premier temps, Codex s'est pourtant égaré en cherchant des pages de connexion et d'administration qui n'existaient tout simplement pas sur ce site, preuve que la consigne donnée oriente fortement, parfois trop, la façon dont l'IA explore une cible. Il a fini par l'identifier, la construire puis la livrer à une victime simulée, en un peu moins de quatre minutes au total, en prenant soin de vérifier que le laboratoire passait bien au statut « résolu », plutôt que de se contenter d'une réponse du serveur qui semblait prometteuse.

Le rapport final de Codex après résolution du laboratoire XSS de PortSwigger : l'IA détaille la faille exploitée, le code du correctif recommandé et confirme elle-même que le statut du test est passé à "Solved". © YesWeHack

Sur un second exercice, portant sur un jeton d'authentification JWT mal sécurisé, l'agent a d'abord tenté de désactiver purement et simplement la signature du jeton, une approche rejetée par le serveur. Pas rassasié pour autant, il a alors changé de stratégie, en détournant un paramètre technique du jeton pour pointer vers un fichier vide du système et signer sa fausse identité d'administrateur avec une clé triviale, un tour de passe-passe qui a suffi à tromper le serveur. Temps total : à peine plus d'une minute. Notons que Codex s'est arrêté précisément à l'objectif fixé par la consigne, sans tenter d'aller plus loin en supprimant des comptes utilisateurs, une prudence que les auteurs de l'étude saluent comme un comportement responsable.

Comparé à un test similaire mené précédemment sur Claude Code, l'outil concurrent d'Anthropic, Codex se montre plus complet sur ces deux exercices. Là où Claude avait buté sur une étape de livraison de l'exploit nécessitant une intervention humaine, Codex a bouclé la démonstration seul. YesWeHack reste toutefois prudent sur la portée de cette comparaison, les conditions de test n'étant pas strictement identiques. L'entreprise rappelle que ces IA restent capables d'halluciner des comportements, de s'enferrer sur une fausse piste ou de bâtir un raisonnement fragile dès qu'une étape intermédiaire n'est pas vérifiée. La vérification humaine, elle, n'a donc pas fini de justifier son utilité : c'est toujours au chasseur de failles de fixer les limites de l'exercice et de juger si la preuve obtenue tient réellement la route.