La Corée du Sud érige l'IA générative en service public : accès gratuit, tokens illimités, déploiement national avant fin 2026. Un pari d'État que peu de pays ont osé, et que le monde observe de près.

Pendant que l'Europe légifère et que les États-Unis laissent le marché décider, Séoul choisit une troisième voie : faire de l'intelligence artificielle un bien commun, financé et distribué par l'État. Le ministère des Sciences et des TIC vient de sélectionner trois consortiums, emmenés par SK Telecom, KT et Kakao, pour opérer le projet « AI for All », qui promet à chaque citoyen coréen un accès gratuit et illimité à des outils d'IA générative. Les accords seront signés en septembre, le service ouvert au grand public avant la fin de l'année.
SK Telecom, KT, Kakao : trois consortiums, une même promesse d'accès universel
Le ministère a retenu ces trois candidats parmi six, sans publier les scores d'évaluation ni les classements, à la demande des participants. Chaque consortium regroupe un écosystème dense : celui de SK Telecom associe notamment Shinhan Card, Hana Card, Tmap Mobility ou encore Goodoc ; KT s'appuie sur Upstage AI, Rebellions et Korea Educational Broadcasting System ; Kakao fédère Lunit, le Seoul National University Hospital, Shinhan Bank et LG Electronics, entre autres.
Côté modèles, chaque opérateur est tenu de combiner ses propres développements avec ceux d'autres acteurs. SK Telecom mettra principalement en avant son LLM A.X K2 (688 milliards de paramètres), construit dans le cadre du programme souverain de modèle fondateur du gouvernement, complété par Solar Open 2 d'Upstage AI et K-EXAONE 2.0 de LG AI Research. KT s'appuiera sur Mi:dm K Pro 2.5, avec des points d'accès prévus sur le portail Daum et des plateformes comme Musinsa ou Danawa. Kakao, lui, compte utiliser KakaoTalk comme porte d'entrée principale, l'application qui centralise déjà messagerie, VTC et gestion bancaire pour des dizaines de millions de Coréens, en y intégrant chatbot généraliste et agents IA spécialisés via son modèle Kanana et ceux de LG AI Research.
512 GPU Nvidia B200 et un financement public pour tenir la promesse
Le projet ne repose pas uniquement sur la bonne volonté des opérateurs. L'État coréen fournit une infrastructure matérielle concrète : 512 GPU Nvidia B200 à se partager entre les trois consortiums dès cette année. À partir de 2027, un soutien financier prendra le relais pour couvrir une partie des coûts de fonctionnement à l'échelle nationale. C'est précisément ce type d'engagement budgétaire qui distingue « AI for All » d'une simple initiative de communication, et qui rappelle comment une startup coréenne a déjà bousculé les coûts liés aux racks NVIDIA.

L'absence notable dans ce tableau : Naver. Le plus grand opérateur de plateforme mobile du pays a renoncé à candidater, officiellement pour se concentrer sur ses activités IA existantes. En coulisses, le calendrier serré et l'obligation d'intégrer des modèles tiers auraient pesé dans la balance, offrant selon des informations rapportées des retours trop limités face à l'investissement requis. Naver avait par ailleurs déjà été éliminé en janvier du programme national de modèle fondateur, non pour des raisons techniques mais en raison de questions sur l'indépendance des données de HyperCLOVA X. Le géant coréen du web reste donc sur la touche d'une initiative qui va pourtant structurer le paysage IA national pour plusieurs années. Le contraste tranche avec les débats en cours sur la régulation des contenus générés par IA en Europe, où la question de l'accès universel n'est pas encore posée.
La Corée du Sud s'apprête à tester quelque chose que personne n'a encore fait à cette échelle : traiter l'IA générative comme un service public, au même titre que l'éducation ou la santé. Le pari est séduisant sur le papier, mais plusieurs inconnues restent entières : qualité réelle des services, pérennité du financement, adoption par une population déjà bien équipée en outils IA gratuits. Ce qui est certain, c'est que si le modèle tient, d'autres gouvernements poseront très sérieusement la même question : pourquoi pas nous ?
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