Autrefois mal vus par les amateurs de musique, les outils d'intelligence artificielle sont devenus un classique du monde musical. Outre les utilisateurs inconnus générant des musiques IA à la chaîne, de véritables artistes se mettent à les utiliser.

Les outils d’intelligence artificielle ne se cachent plus dans l’industrie musicale. Des artistes comme Tyga admettent désormais recourir à l’IA pour composer, tandis que des producteurs comme Timbaland misent sur des stars virtuelles.
Rap, pop, les américains y passent
Le rappeur américain Tyga a confirmé que les synthétiseurs rétro de son dernier album, $tarface, avaient été créés par IA. Il précise cependant avoir écrit les paroles et enregistré les voix lui-même. Interrogé sur cette méthode, il la compare à l’arrivée de l’Auto-Tune, une technologie d’abord critiquée avant de devenir monnaie courante. Tous les observateurs ne partagent pas cette comparaison qu’ils jugent hasardeuse.

Tyga n’est pas isolé. Le producteur Timbaland a lancé Stage Zero, un projet baptisé « A-Pop » (pour AI-Pop), et a signé TaTa, présentée comme une « artiste musicale autonome et apprenante, construite avec l’IA ».
Les artistes sous le feu des critiques
La réception de ces initiatives est contrastée. Le site Pitchfork a attribué la note de 0,0 à $tarface, une première en plusieurs années. Ce dernier souligne avec ironie que l’album semblait si peu travaillé que « les marges doivent être excellentes ». Doja Cat a publiquement critiqué Tyga pour cette sortie, et les réseaux sociaux ont largement relayé des réactions négatives. Pour ses défenseurs, l’IA reste un outil comme un autre. Pour ses détracteurs, elle représente une escroquerie artistique.
Au cœur des tensions se trouve la question des droits. Les modèles d’IA s’entraînent sur des catalogues de musique existants, souvent sans l’accord des artistes originaux. Une fuite de données du générateur Suno a révélé que des millions de morceaux avaient été aspirés sans autorisation. Cette problématique a déjà alimenté des grèves dans d’autres secteurs, comme celles des scénaristes et acteurs hollywoodiens. Elle divise l’industrie : certains y voient un gain de temps, d’autres un vol pur et simple.
Un cadre juridique en construction
Les recours juridiques commencent à se multiplier. Un tribunal allemand a récemment condamné Suno pour violation de droit d’auteur, une première en Europe. Aux États-Unis, des procédures similaires sont en cours. En l’absence de jurisprudence claire, des artistes comme Tyga testent en direct les limites de ce que le public et les tribunaux accepteront.
Autre enjeu : la transparence. Plusieurs groupes sur Spotify se sont révélés être des créations IA sans mention explicite. Certains artistes ont d’abord nié utiliser ces outils avant de le reconnaître. Aucune règle uniforme n’existe pour signaler une musique générée par machine, laissant les auditeurs dans l’incertitude.
Un lourd impact sur les musiciens
Au-delà des polémiques autour des stars, c’est l’économie de la musique qui pourrait être bouleversée. Les plateformes de streaming sont déjà submergées par des titres générés par IA, produits à un rythme qu’aucun catalogue humain ne peut égaler. Chaque morceau supplémentaire se dispute les mêmes parts d’écoute et les mêmes royalties, ce qui risque, à terme, de réduire la valeur du travail des musiciens traditionnels.
En deux ans à peine, la musique par IA est passée du statut de curiosité à celui de phénomène de masse. Maintenant, elle est même portée par des noms établis, mais toujours rejetée par une partie du public. La comparaison avec l’Auto-Tune pourrait se vérifier. Cette technologie, elle aussi controversée à ses débuts, s’est finalement imposée. Avec une différence majeure : l’Auto-Tune ne s’est pas construit en puisant dans des œuvres existantes sans consentement.
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