Les frères Vanderhook, propriétaires de MySpace via Viant Technology, confirment vouloir relancer le réseau social autour d'un flux sans algorithme. Un argument qui pourrait tomber à l'eau à mesure que l'Union européenne impose des règles similaires à Meta.

MySpace va revenir pour vous vendre une idée bientôt imposée par Bruxelles
MySpace va revenir pour vous vendre une idée bientôt imposée par Bruxelles

Tim et Chris Vanderhook ont dévoilé leurs intentions dans le documentaire Myspace, réalisé par Tommy Avalone et présenté au festival Hot Docs de Toronto, aux côtés du co-fondateur Chris DeWolfe. Propriétaires du réseau social depuis 2011, ils n'ont fixé aucune date de lancement et évoquent une précédente tentative de relance restée sans suite en 2013.

Un argument déjà fragilisé par la régulation et la concurrence

La plateforme veut reprendre les éléments qui ont fait sa notoriété dans les années 2000 : la liste des Top 8 amis, les chansons de profil et un flux organisé par ordre chronologique plutôt que par un système de recommandation. Contrairement à Facebook ou Instagram, dont le fil d'actualité est trié par un algorithme qui privilégie les contenus jugés les plus engageants, un flux chronologique se contente d'afficher les publications dans l'ordre où elles ont été publiées, sans tri automatisé. Cette tentative de modernisation, menée après le rachat de 2011, avait coûté environ 150 millions de dollars selon Chris Vanderhook. Il rappelle qu'à leur arrivée, la plateforme avait déjà changé quatre fois de direction, une lassitude qui touchait aussi les équipes en place.

Mais cet argument n'aura sans doute plus trop lieu d'être chez nous, à mesure que la régulation européenne avance. La Commission européenne a formulé des conclusions préliminaires dans le cadre d'une enquête sur des designs jugés addictifs pour les mineurs. Bruxelles a demandé à Meta de désactiver par défaut la lecture automatique des vidéos et le défilement infini sur Facebook et Instagram. Si ces conclusions sont confirmées, le tri chronologique et la réduction de l'optimisation de l'engagement deviendront une obligation réglementaire pour ces deux réseaux en Europe. Et, assez ironiquement, ils feront une fois de plus de l'ombre à Myspace. Rappelons au passage que Meta a par ailleurs déjà été jugée en infraction avec le droit européen pour ne pas avoir empêché l'accès de son réseau aux moins de 13 ans.

Aller à contre-courant avec un positionnement anti-algorithme, ce n'est bien sûr pas nouveau. Bluesky revendique 43 millions d'utilisateurs et a levé 100 millions de dollars en série B, en misant sur un fil chronologique par défaut. Le nombre de contributeurs actifs au quotidien a toutefois reculé sur la même période, passant de 1,4 million fin 2024 à environ 600 000 en juin, selon un ancien responsable technique de la plateforme.

D'autres tentatives ont connu un sort similaire comme Noplace qui a atteint la première place des téléchargements le jour de son lancement avant de disparaître des classements dès le lendemain. De son côté, le Français BeReal est passé de 20 à environ 16 millions d'utilisateurs mensuels depuis son pic de 2022.

Les anciens adeptes de MySpace ont aujourd'hui la trentaine ou la quarantaine, une tranche d'âge peu encline à adopter une plateforme supplémentaire. Pour son grand retour, la société devra donc viser les générations Z et Alpha, ciblées par les projets européens de restriction d'âge.

Source : CNBC