Tesla envisagerait de céder ou séparer ses activités chinoises pour préparer une fusion avec SpaceX, selon le Wall Street Journal. Une opération sensible qui inquiète Pékin, compte tenu des tensions géopolitiques croissantes entre la Chine et Taïwan.

Tesla pourrait séparer ses activités chinoises pour préparer une fusion avec SpaceX. © Press Connect / Shutterstock
Tesla pourrait séparer ses activités chinoises pour préparer une fusion avec SpaceX. © Press Connect / Shutterstock

Est-ce une coïncidence troublante ou un plan savamment orchestré depuis des années ? Elon Musk aurait construit Tesla comme deux entités presque indépendantes, séparées entre ses activités américaines et chinoises, pour parer à toute tension géopolitique future. Une architecture qui tomberait à point nommé si le milliardaire décidait finalement, après tant d'années, de fusionner son empire automobile à sa société spatiale, dans un contexte où la Chine reste un marché stratégique mais sensible pour le groupe.

Vente, spin-off ou fermeture, les options sur la table d'Elon Musk

Rien n'a été laissé au hasard. D'après le Wall Street Journal, Elon Musk aurait, depuis plusieurs années déjà, organisé Tesla comme deux entreprises presque étanches l'une de l'autre, avec une branche américaine et une branche chinoise, et le moins de liens possibles entre elles. Ceci afin d'éviter qu'une crise géopolitique majeure entre Washington et Pékin, en cas de conflit autour de Taïwan par exemple, ne mette en péril l'ensemble du groupe. Ainsi, même si la branche chinoise venait à être coupée du reste, l'activité américaine de Tesla pourrait continuer à tourner sans être directement affectée. Une précaution pensée bien avant que l'idée d'un rapprochement avec SpaceX ne s'invite dans les discussions internes.

Sur le terrain, plusieurs options seraient à l'étude. On parle de spin-off, de cession pure et simple, voire de fermeture. Les équipes dirigeantes discuteraient aussi de la création d'une structure de vente distincte, qui serait chargée de gérer les exportations depuis l'usine de Shanghai, avec des systèmes administratifs séparés pour limiter les accès directs des employés chinois au reste du groupe.

L'autre motif d'inquiétude pour Elon Musk, c'est peut-être la dépendance de Tesla aux batteries LFP made in China et aux puces du géant taïwanais TSMC, d'autant plus que tensions persistent entre Taïwan et Pékin. L'objectif serait d'être prêt dès 2026 ou 2027. Sous la première présidence Trump, Tesla avait déjà lancé le « Projet Carbon » pour délocaliser une partie de ses fournisseurs chinois vers le Mexique. La méfiance du milliardaire et de son board ne date pas d'hier.

Que doit faire Elon Musk avec Tesla et SpaceX ? © Erman Gunes / Shutterstock

Un possible mariage à haut risque diplomatique, mais le principal intéressé n'est pas de cet avis

Alors sur le papier, unir Tesla et SpaceX serait un casse-tête monumental. La société spatiale reste un contractant majeur de la défense américaine, engagée dans le lancement de satellites classifiés et la gestion de connexions internet en zones de conflit, notamment en Ukraine. En 2025, les contrats publics représentaient à eux seuls 20,9% de son chiffre d'affaires, un poids énorme, aux yeux de Pékin. Chez JPMorgan, on parle même d'un véritable « goulot d'étranglement pratique » concernant les autorisations réglementaires nécessaires, la Chine étant identifiée comme l'obstacle le plus sérieux.

Selon ce qu'avance le Wall Street Journal, les autorités chinoises redouteraient qu'un tel rapprochement ne place le savoir-faire industriel de Tesla, et les données de près de deux millions de propriétaires chinois, entre les mains d'une entreprise liée à l'appareil militaire américain. Pékin exigerait sans doute des garanties fermes pour empêcher toute fuite de matériaux sensibles, comme les terres rares, vers SpaceX.

Il y a de vrais enjeux pour la Chine, qui demeure le deuxième marché de Tesla, avec environ 18% des ventes au premier semestre 2026, et la Gigafactory de Shanghai, capable de produire plus de 950 000 véhicules par an, alimente les exportations vers l'Europe, le Canada et l'Asie-Pacifique. Mais malgré l'ampleur du sujet, les marchés semblaient plutôt sereins, puisque l'action Tesla grimpait d'environ 2% en pré-Bourse au moment des révélations. Sur X, Musk a toutde même balayé l'information d'un définitif « Cela n'a jamais même été évoqué en discussion », la qualifiant de « fake news absurde », un démenti qui ferme qui tranche avec les propos plus nuancés de Gwynne Shotwell, présidente de SpaceX, qui confiait en juin dernier sur CNBC qu'un tel rapprochement pourrait « faciliter la vie d'Elon ».