Lancée pour rapprocher les photos d'iPhone du rendu d'un reflex, l'application expérimentale d'Adobe embarque désormais des outils d'IA générative capables de réinventer une image plutôt que de simplement l'améliorer. Mais attention aux selfies…

Adobe Project Indigo

En juin 2025, Adobe présentait Project Indigo comme un moyen de rapprocher les photos d'iPhone de celles prises avec un appareil reflex. L'idée était de miser sur la fusion d'images plutôt que sur des filtres numériques. Un an plus tard, la version 1.1 de l'application change radicalement la donne. Celle-ci introduit des outils d'intelligence artificielle générative qui, à l'inverse, permettent de modifier une photo au-delà de ce que le capteur a réellement capté.

D'une technique de fusion d'images à la génération de contenu

Au lancement de l'application, Adobe nous présentait un fonctionnement basé sur la photographie computationnelle. Indigo capture jusqu'à 32 images en rafale, les aligne, puis les fusionne pour réduire le bruit et élargir la plage dynamique, sans recourir à un lissage numérique excessif. L'application proposait aussi des réglages manuels complets (vitesse d'obturation, ISO, mise au point, balance des blancs) et l'export en RAW vers Lightroom, le tout pour un rendu qualifié de naturel par Adobe elle-même.

Avec la version 1.1, cette logique de traitement du réel cède la place à de l'IA générative. L'AI Playground ajoute une section "Object Editing". Celle-ci permet d'effacer un objet ou une personne du fond d'une photo, pour générer ensuite la zone manquante plutôt que de la reconstituer à partir de données captées. La section "Styles" va plus loin en réinterprétant entièrement le cliché en dessin à l'encre ou en aquarelle. Oui, oui, vous avez bien lu, dans une application caméra… Un champ "Custom Edit" permet aussi à l'utilisateur de demander n'importe quelle modification par un simple texte. Le moteur de ces fonctions n'est d'ailleurs plus une technologie Adobe, mais Nano Banana, le modèle d'image de Google.

Adobe Indigo

Bref, Adobe, particulièrement prisée par les photographes professionnels pour son logiciel Lightroom, nous a finalement concocté une énième application photo générant davantage des visuels plutôt que des clichés. Et, attention aux surprises… L'entreprise admet qu'une retouche générative peut légèrement modifier les traits d'un visage, un phénomène qu'elle nomme "identity shift". Pour limiter les dérives, les images passées par l'AI Playground seront marquées par les métadonnées du Content Authenticity Initiative, et Nano Banana y ajoute de son côté un filigrane invisible. Deux mécanismes dont Adobe aurait pu se passer si l'application se contentait encore d'améliorer des photos réellement prises.

Adobe Indigo embarque aussi un outil de critique automatisée, et c'est sans doute le meilleur point. L'IA commente le cadrage, la lumière, les couleurs et l'impact émotionnel du cliché, puis propose des pistes pour reprendre la photo ou la retoucher. Contrairement au "camera coach" de Google sur les Pixel, dont les conseils restent assez généraux, l'outil d'Adobe formule des remarques plus précises. Adobe elle-même mesure encore la portée de ce changement radical. L'accès à AI Playground reste gratuit et sans inscription, mais réservé pour l'instant à une poignée d'utilisateurs pendant quelques semaines, avant une éventuelle version payante.